Sarkozy ou la "rupture" perpétuelle

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Sarkozy ou la "rupture" perpétuelle
@ REUTERS
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Comme en 2007, Nicolas Sarkozy entend bien incarner en 2012 "quelque chose de très différent".

"Qu'est-ce que je peux vous promettre ? Quelque chose de très différent de 2007, une histoire que vous aurez envie de raconter, où tout semble perdu et où tout renaît". Le 21 janvier dernier, en Guyane, devant une vingtaine de journalistes, Nicolas Sarkozy s’apprête à se lancer dans la course à la présidentielle et refait le storytelling de son ascension au pouvoir. Cette "conquête" de 2007 qui a déjà l’objet d’un film et d’une myriade de livres.

Nicolas Sarkozy est, d’ailleurs, - de tous les présidents de la Ve République - celui sur lequel le plus de ouvrages ont été publiés sur ses rapports avec les femmes, l'argent, la politique et la presse. Avant le scrutin de mai prochain, Europe1.fr a donc décidé de rassembler ici ce que l’on sait du président-sortant.

SON PREMIER FAIT D’ARMES

Fils d'un immigré hongrois, Nicolas Sarkozy est marqué tout jeune par la séparation de ses parents et sera élevé par sa mère et son grand-père maternel, un Grec de Salonique qu'il évoque toujours avec beaucoup d'affection. Ses frères - Guillaume le chef d'entreprise et François le médecin - et ses amis se souviennent d'un adolescent complexé par sa petite taille, à la scolarité mouvementée, coléreux et bagarreur.        

Une hargne mise au service d'une passion politique précoce, qui lui fera brûler les étapes au sein du parti gaulliste - UDR puis RPR - et arracher, à 28 ans, la mairie de Neuilly-sur-Seine à la barbe de son mentor Charles Pasqua.

La photo ci-dessous témoigne de ce 29 avril 1983 où Nicolas Sarkozy devient l'un des plus jeunes maires de France en succédant à Achille Peretti. Patrick Balkany, son ami, vient le féliciter :

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SON MENTOR

L'entrée en politique de Nicolas Sarkozy avait commencé huit ans plus tôt, en 1975, quand un certain Jacques Chirac lui avait donné sa première chance. Le premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing avait rencontré Nicolas Sarkozy, alors âgé de 20 ans, aux assises de l'UDR à Nice, en juin de cette année là.

"C'est toi Sarkozy ? Tu as cinq minutes !", lui avait alors lancé Chirac. Devant des milliers de militants, Sarkozy était alors monté sur scène et n’avait semblé plus vouloir en descendre. Le président restera reconnaissant à Jacques Chirac de lui avoir offert son "premier discours". Il a d'ailleurs publié, sur sa page Facebook, une photo de cette journée là. 

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© PAGE FACEBOOK SARKOZY

En 1981, une nouvelle fois, Jacques Chirac mettra pied à l'étrier de Nicolas Sarkozy en lui proposant le comité de soutien des jeunes à sa candidature. Il acceptera évidemment et entamera ainsi son ascension dans la chiraquie.

Entre les deux hommes, la "rupture" sera toutefois consommée en 1995, quand Nicolas Sarkozy appelle à soutenir Edouard Balladur contre Jacques Chirac lors de la présidentielle.

Jacques Chirac, vainqueur de ce duel fratricide, et ses fidèles mettront une décennie à lui pardonner cette "trahison". Sans parvenir à l'empêcher de faire du ministère de l'Intérieur, où il passe quatre ans entre 2002 et 2007, et de l'UMP, dont il s'empare en 2004, les instruments de sa conquête de l'Elysée.

SON HEURE DE GLOIRE

"Trente ans pour ça", confie, songeur, Nicolas Sarkozy, le 21 mai 2007. Il est alors face aux jardins baignés de soleil du Palais de l'Elysée, cinq jours après son entrée en fonction. Son élection à la tête de l'Etat dès le premier essai, avec 53% des voix face à la candidate socialiste Ségolène Royal, a un goût de revanche pour cet avocat dont la boulimie de pouvoir a suscité des haines tenaces dans son propre camp.   

Accédant à l'Elysée, Sarkozy a déjoué les pronostics qui prédisaient la défaite de son camp après douze ans à l'Elysée, revitalisant un projet de la droite qui paraissait à bout de souffle après Jacques Chirac.







Elu, Nicolas Sarkozy, cassera, d'emblée, les codes d'un ordre républicain solennel, voire compassé, pratique une ouverture qui déroute son propre camp, mais suscitera aussitôt la polémique, notamment en célébrant sa victoire au Fouquet's, un restaurant des Champs Elysées, puis en posant sur le yacht de son ami milliardaire Vincent Bolloré.

Plus tard, des écarts de langage choqueront également, comme le fameux 'casse-toi, pauv'con" lancé à un homme qui l'avait insulté.

SON PIRE MOMENT

La saga de son divorce avec Cécilia, puis de son remariage avec la chanteuse et ancien mannequin d'origine italienne Carla Bruni, ont également terni son image. Cette médiatisation de sa vie privée, son goût pour les montres et bijoux clinquants et les artistes de deuxième zone, lui valant le sobriquet de "président bling-bling".











"Ce qui lui a été fatal", estime Frédéric Dabi, directeur du département opinion de l'Ifop, "c'est le décalage de cette surexposition avec le vécu et les difficultés des Français, en l'absence de résultats économiques". 

"J'étais enthousiaste face au candidat de 2007 mais le président m'a tellement déçu", résumait récemment l'ex-avocat général Philippe Bilger dans Le Journal du Dimanche. "Aujourd'hui, à cause de sa pratique de l'Etat et d'une gestion sans vision ni cohérence, il a paradoxalement rendu supportable une sensibilité de gauche par des gens qui, comme moi, en étaient très éloignés", ajoutait ce haut magistrat. Bref, à quelques encablures de la présidentielle, Nicolas Sarkozy doit faire face au "désenchantement". Et son pire moment est peut-être là, quand il regarde les sondages : selon une enquête TNS Sofres, 54 % des Français se disent certains de ne pas voter pour lui au premier tour de l'élection présidentielle.

SON GIMMICK

En cinq ans, les Français se sont habitués à la démarche heurtée de cet amateur de jogging et de vélo élevé dans les quartiers chics de Neuilly, à ses tics et surtout à sa manie du portable - n'a-t-il pas été surpris consultant ses SMS lors d'une audience avec le pape ou d'un dîner avec un chef d'Etat arabe ?  

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SON CHEVAL DE BATAILLE

Son plan pour 2012 ? La rupture encore et toujours.

En 2007, Nicolas Sarkozy avait fait de la "rupture" avec la politique et les méthodes de son prédécesseur un argument électoral. Et paradoxalement, après cinq ans à l'Elysée, "la rupture" pourrait encore être son leitmotiv. N'a-t-il pas présenté récemment François Hollande comme le candidat du système ?