Valls, ce ministre qui crispe la gauche

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Valls, ce ministre qui crispe la gauche
@ Reuters
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RETOUR SUR - Le positionnement du ministre de l’Intérieur, et son hyperactivité, créent des remous dans la majorité.

"On n’en peut plus", se plaignait un ministre auprès d’Europe1, mi-juillet. "Il faut qu'on lève un peu le pied…", abondait Jean-Marc Ayrault au coeur de l'été. Manuel Valls, lui, pète le feu. Cet été, c’est bien simple, il est partout. Profitant du repos que se sont accordé ses collègues, le ministre de l’Intérieur a enchaîné les visites de terrain, multiplié les interventions médiatiques et les prises de parole. Son clash avec Christiane Taubira a renforcé encore un peu plus le sentiment de son omniprésence. Une stratégie offensive qui agace, à droite comme à gauche.

Il joue "perso".Manuel Valls a de l’ambition, et l’assume. Matignon - puis l’Elysée -, oui, ça l’intéresse. Trop, aux yeux de certains de ses camarades, qui l’accusent de "jouer perso". Certains pensent même que c’est lui qui a fait fuiter dans Le Monde la note envoyée à Hollande et qui a mis le feu au poudre avec Taubira. "Cela fait partie de son plan com' de l’été", a taclé un député PS, jeudi dans Le Parisien. Machiavélique, Manuel Valls ? "Il a profité des vacances de Jean-Marc Ayrault pour montrer que lui était resté présent", a attaqué un autre ténor du PS, toujours dans Le Parisien. Son "suractivisme" ainsi que ses prises de position jugées trop "droitières" - sur les Roms ou le port du voile à l’université, notamment - mettent nombre de ses camarades mal à l’aise.

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"Valls est le socialiste chouchou de la droite". Au Parti de gauche, on ne se cache pas derrière l’anonymat pour dire tout le mal qu’on pense du ministre de l’Intérieur. François Delapierre (photo), secrétaire national du mouvement et bras armé de Jean-Luc Mélenchon - Moscovici est un "salopard", c’est lui -, n’a ainsi pas mâché ses mots, vendredi matin, sur Europe 1 : "Manuel Valls se comporte en gardien vigilant de l’héritage Sarkozy. Il a clairement l’intention de maintenir l’essentiel de ce qu’était la politique de Sarkozy. C’est ce qu’il fait dans son ministère. Sur l’essentiel, rien ne change, et les résultats, malheureusement, seront aussi lamentables qu’ils ne l’étaient sous Sarkozy", a fustigé l'élu du conseil régional d'Ile-de-France.

François Delapierre prend également fait et cause pour la ministre de la Justice dans sa bataille idéologique avec le ministre de l’Intérieur. Si deux lignes politiques existent bien sur la réforme pénale en préparation, lui a choisi. "Valls voudrait en plus que sa collègue Taubira ne puisse pas elle-même revenir sur l’héritage désastreux du pouvoir précédent", a-t-il regretté. Et de conclure, dans une formule toute faite pour les médias : "c’est une sensibilité qui malheureusement existe au sein du PS, c’est l’extrême-droite du mouvement socialiste. Valls est simplement le socialiste chouchou de la droite."

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"Camarade Delapierre, ressaisis-toi !" La gauche de la gauche tire à boulets rouges sur le ministre favori des Français, et l’aile gauche du PS est gênée aux entournures, au mieux silencieuse. François Hollande, lui, reste mutique, mais s’agace en privé de l’ambition exacerbée de son ancien adversaire à la primaire socialiste, en 2011. C’est donc du côté des proches de Manuel Valls, dont fait partie Luc Carvounas, qu’il faut chercher ses défenseurs. Le sénateur du Val-de-Marne a ainsi fustigé, vendredi matin sur Europe 1, "des propos outranciers et pathétiques. Je peux comprendre que François Delapierre, qui est un socialiste défroqué, ait aujourd’hui une haine du PS, mais pour qui se prend-il ? Il se croit en capacité de donner des bons points à ceux qui sont de bons ou de mauvais socialistes ? De tancer celui qui, aux yeux de l’opinion publique, est un des ministres les plus reconnus dans son action et un pilier du gouvernement de Jean-Marc Ayrault ?"

Celui qui est aussi l’un des parrains de "la Génération 6 Mai", jeune club de réflexion socio-démocrate aux faux airs de courant "vallsien", répond sur le même terrain : "le Parti de gauche emploie un vocabulaire très similaire de celui que l’on a coutume d’entendre dans la bouche de représentants du Front national."

>> LIRE NOTRE ENQUÊTE : Qu'est-ce que "la Génération 6 Mai" ?

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La défense de Thierry Marchal-Beck est moins aisée. Invité vendredi matin d’Europe 1, le président du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), peu soupçonnable de proximité idéologique avec Manuel Valls - c’est un euphémisme -, a réussi le tour de force de défendre le positionnement de Christiane Taubira, tout en taclant François Delapierre, accusé de "faire le lit de l’extrême-droit. Cela brouille les lignes. Or la gauche et la droite, ce n’est pas pareil. Camarade Delapierre ressaisis-toi !"."Camarade Valls, calmes-toi !", pourrait rétorquer une bonne partie de la majorité.