Valls, adepte de la méthode Sarkozy ?

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Valls, adepte de la méthode Sarkozy ?
Manuel Valls à Marseille pour son premier déplacement en province@ REUTERS
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Le nouveau ministre de l’Intérieur a déjà à son compteur sept déplacements en cinq jours.

Un jour, un déplacement. Depuis sa prise de fonction jeudi, Manuel Valls est partout. Lundi à Marseille pour "affirmer sa détermination à lutter contre toutes formes de délinquance et de criminalité". Dimanche à Auxerre, pour évaluer le dispositif de sécurité du match Auxerre-Montpellier. Samedi à Munich pour évoquer la lutte anti-terroriste avec le G6... Et la liste est encore longue. En quelques jours, le nouveau locataire de la place Beauvau a enchaîné sept déplacements sur les grands thèmes de son ministère, balayant large, du "malaise des policiers" à "l’immigration".

Trois jours pour imposer son tempo

Dès les premières heures de sa prise de fonction jeudi, Manuel Valls a en effet voulu imposer sa marque. Son ton. Ainsi, une fois le premier conseil des ministres achevé, il s’est rendu, l’après-midi même, à la gendarmerie de Mormant, en Seine-et-Marne, pour "adresser un message de confiance aux gendarmes, à la sécurité civile et la police nationale". Puis, après une courte visite aux pompiers de Pontault-Combault, le ministre de l'Intérieur a achevé son déplacement en banlieue par un passage au  commissariat de Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis.

Pas de répit, le lendemain le nouveau ministre s’envolait pour le G6 de Munich d’où il décochait "un message clair à l'ETA", tandis que le samedi enfin, il se rendait au centre de rétention du Mesnil-Amelot, près de l'aéroport de Roissy, pour parler immigration.

Si Manuel Valls court si vite, c’est que tout se joue - ou presque - "dans les deux ou trois premiers jours", explique à Europe1.fr Arnaud Mercier, spécialiste de la communication politique et professeur à l'université de Metz.

"En marketing politique, on appelle cela ‘l’étiquetage’. C’est l’idée qu’un schéma d’évaluation d’un homme politique se crée très très vite dans la tête des citoyens. Et que ce premier jugement sera difficile à déloger. Pour preuve, Nicolas Sarkozy a dû porter l’épisode du Fouquet’s pendant cinq ans !", insiste le politologue. Pour se poser en homme d’action, Manuel Valls avait donc tout intérêt à créer des coups d’éclat dès les premiers jours de son ministère.

S’adapter au temps médiatique

Il faut bien voir aussi que "les médias en continu - des chaînes d’info au web - ont renouvelé la temporalité médiatique. Et dans ce bruit permanant, c’est le silence que l’on finit par remarquer. L’absence de commentaire d’un ministre sur un événement tragique est devenue presque incompréhensible. Comme les autres, Manuel Valls n’échappe pas à cette règle, il doit se montrer présent et parfois prendre les devants". En bon ex-communiquant, il "s’adapte à ces mises en scène médiatiques", explique encore le politologue.

Mais Manuel Valls "n’est pas le seul à entrer dans ce jeu", tempère toutefois Arnaud Mercier. Pour preuve : la nouvelle ministre des Sports, Valérie Fourneyron, elle aussi, a réagi très vite après un accident meurtrier, ce week-end, aux abords d’un rallye dans le Var. Immédiatement, elle a promis un "travail de fond" sur la sécurité des épreuves automobiles. Elle a donc pris soin de répondre à un évènement exceptionnel. Valls, lui, devance l'action.

L’Intérieur comme marche-pied

 

L’hyper-réactivité du nouveau ministre de l’Intérieur n’est d’ailleurs pas sans rappeler le style d’un autre locataire de Beauvau : celui de Nicolas Sarkozy. 

Retour en 2002, à l’époque, le ministre de Jacques Chirac impose un style "musclé", réalise un déplacement par jour ou presque et voit sa cote de popularité prendre 15 points en an. "Manuel Valls a beau s’en défendre, il reprend ce même modèle implicite", analyse Arnaud Mercier avant d’ajouter : "comme Sarkozy à l’époque, Manuel Valls pense son action comme ministre de l’intérieur comme un marche pied pour viser plus loin : une place de Premier ministre, des habits de présidentiable, etc.".

A ce jeu là, Manuel Valls, ne peut toutefois pas aller trop loin. Au risque de se faire taxer d’hyperactivisme, le reproche que la gauche a adressé pendant des années à Nicolas Sarkozy.