Unité nationale : comment Hollande a voulu convaincre tout le monde

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Unité nationale : comment Hollande a voulu convaincre tout le monde
@ STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
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Le chef de l'Etat, lors de son discours devant le Congrès, a repris à son compte plusieurs idées de l'opposition.

L'unité nationale qui avait prévalu après les attentats de Charlie Hebdo, au début de l'année, n'a cette fois duré que quelques heures. Tout au long du week-end qui a suivi les fusillades de vendredi dernier, Nicolas Sarkozy a émis critiques et réserves, comme ses camarades des Républicains. Et on ne parle même pas de Marine Le Pen et du FN. Alors quand il a pris la parole devant l'ensemble des parlementaires réunis en Congrès, lundi après-midi, François Hollande a envoyé des messages à chaque ténor de la classe politique.

• La garde nationale, une idée de François Bayrou

Ce qu'a dit Hollande : A Versailles, le chef de l'Etat a plaidé pour la création d'une "garde nationale" formée de "réservistes" de la Défense pour  "mieux tirer parti des possibilités des réserves de défense, encore insuffisamment exploitées dans notre pays". Une idée difficile à mettre en application, et qui ne vient pas de lui.

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Le 30 avril 2015, en pleine polémique sur des soldats français en Centrafrique accusés de viols, François Bayrou propose en effet sur France Info la création d'une "garde nationale". "Ce serait une meilleure utilisation de la ressource humaine et des capacités de nos armées, et aussi évidemment ce serait moins cher", expliquait alors le leader du MoDem. Reçu en début de semaine par le président, le maire de Pau lui a répété sa demande.
 
 Tout comme Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI : "Nous n'avons pas les moyens de surveiller et de sécuriser l'ensemble du territoire national. Nous lui avons suggéré qu'on puisse créer une garde nationale qui permette aux citoyens de venir relayer les forces de l'ordre, équipée, entraînée, formée, encadrée", a-t-il raconté à la sortie de son entrevue avec le chef de l'Etat. Les deux leaders centristes ont exprimé la même idée. François Hollande les a entendus. S'en souviendront-ils ?

• La déchéance de nationalité pour Marine Le Pen

Ce qu'a dit Hollande : Dans sa (nouvelle) logique sécuritaire, le président a annoncé sa volonté que la déchéance de nationalité puisse être possible pour les binationaux en cas de terrorisme. "Nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, même s'il est né Français, dès lors qu'il bénéficie d'une autre nationalité", a-t-il dit.

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Reçue par le chef de l'Etat, dimanche dernier, comme tous les autres présidents de partis, Marine Le Pen a répété pour "au moins pour la deuxième fois, les solutions que [le FN pense] immédiatement devoir être mises en œuvre." Parmi ses solutions, "la déchéance de la nationalité pour les binationaux coupables de djihadisme". Mais, à l'époque, elle regrettait qu'"aucune de ses propositions n'a été choisie par le gouvernement". C'est désormais chose faite.

• Un rapprochement avec Poutine (et un peu Assad) pour Fillon

Ce qu'a dit Hollande : Le président a toujours été clair, et il l'a répété à de nombreuses reprises : la priorité est de déloger Bachar al-Assad de la présidence syrienne. Son discours a évolué. "En Syrie, nous cherchons inlassablement une solution politique dans laquelle Bachar al-Assad ne peut constituer l'issue, mais notre ennemi en Syrie, c'est Daech". Un glissement sémantique d'importance. Tout comme l'annonce d'une entrevue prochaine avec Vladimir Poutine, dont il ne voulait pas entendre parler il y a encore quelques mois

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Depuis des mois, François Fillon plaide pour des liens plus forts avec Vladimir Poutine, comme nombre de ses collègues de droite, pour qui le président russe doit être un allié. Sur Europe 1, l'ancien premier ministre avait même estimé qu'il fallait aussi reprendre le dialogue avec le régime syrien. "Si j'avais la responsabilité du gouvernement français, j'inviterai le régime syrien", assurait-il. Si François Hollande n'ira pas jusqu'à inviter Bachar al-Assad à manger à l'Elysée - comme l'avait fait Nicolas Sarkozy -, il ne le considère plus comme son ennemi prioritaire.

• Une révision de la Constitution pour Sarkozy

Ce qu'a dit Hollande : En 2007, Edouard Balladur s'était penché sur les institutions. Nicolas Sarkozy, alors chef de l'Etat, n'avait pas retenu sa proposition de révision constitutionnelle. François Hollande, lui, l'a validé ! Il faut"faire évoluer (la) Constitution pour permettre aux pouvoirs publics d'agir, conformément à l'état de droit, contre le terrorisme de guerre", a-t-il lancé.

Au lendemain de cette proposition du chef de l'Etat,- et alors que certains à droite ont déjà fait savoir qu'il n'était pas emballé – Nicolas Sarkozy, lui, a dû reconnaître le bienfondé de cette proposition, qui sort du cerveau de son mentor en politique. Tout en prenant quelques pincettes, histoire de ne pas accorder un blanc-seing à son meilleur ennemi : "La réforme constitutionnelle est totalement périphérique par rapport à la sécurité, elle n'est qu'un moyen, nous la jugerons en fonction des propositions. Si c'est juste pour modifier la loi de 1955, c'est secondaire. Si ça peut nous permettre de passer nos mesures, pourquoi pas",

• Sécurité > pacte de stabilité, pour Mélenchon

Ce qu'a dit Hollande : Toutes les mesures annoncées par François Hollande (renforcement des effectifs de policiers, dans le renseignement ou les douanes) ont un coût. Alors qu'il n'a et de cesse, depuis le début de son quinquennat, de placer la réduction de la dette en priorité absolue, le président assume cette fois de sortir le portefeuille : "Ces décisions budgétaires seront prises dans le cadre de la loi de finances pour 2016. Elles se traduiront par un surcroît de dépenses que j'assume. Car dans ces circonstances, je considère que le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité".

Mélenchon

Depuis que François Hollande s'est installé à l'Elysée, aucun de ses actes ne trouve grâce aux yeux de Jean-Luc Mélenchon. Hollande est "pire" que Sarkozy "dans un certain nombre de domaines", a-t-il même un jour lâché. Dans son viseur : la politique économique du gouvernement, centré sur la réduction des déficits plutôt que sur la relance du pouvoir d'achat ou la redistribution des richesses. Mais cette fois, enfin, le chef de l'Etat a obtenu un "bravo" de son ancien camarade socialiste :