Une primaire pour une gauche en ruines

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Un Premier ministre qui a poignardé le président, un Hamon idéaliste et un Peillon sorti de nulle part... Pour un ancien dirigeant de la gauche, le spectacle donné par son camp à l'approche de la primaire est "pathétique". 

L'ÉDITO POLITIQUE

"Pathétique", le mot est lancé. C'est la critique froide, désabusée, d'un ancien dirigeant de la gauche, un sage qui n'a plus ni poste ni rôle à jouer mais se désole tout de même du spectacle donné par son camp à l'approche de la primaire. La comparaison avec le scrutin organisé par la droite, qui a mobilisé près de 4,5 millions d'électeurs et finalement couronné un candidat qui rassemble, est cruelle. 

Trahisons, résurrections. De l'autre côté de l'échiquier politique, en effet, un Premier ministre a donné un coup de poignard final au président, "ce qui n'a échappé à aucun spectateur de la gauche", souligne l'ancien dirigeant. Manuel Valls le sait et se débat avec un début de campagne très délicat. Les Français qui le croisent le critiquent parfois vertement. En une semaine, il est passé de favori à challenger. "Pathétique", aussi, le candidat sorti du chapeau, Vincent Peillon, poursuit le sage critique. Sans programme et sans projet, l'ancien ministre de l'Éducation nationale a débarqué sur le plateau d'un Journal de 20 heures après une disparition de deux ans et demi. 

Une gauche pas convaincante. Benoît Hamon ? Avec ses propositions sur la semaine de 32 heures et le revenu universel, il incarne, selon l'ancien dirigeant, une gauche idéaliste d'un autre temps. Arnaud Montebourg, lui, promet seulement d'aller casser la vaisselle à Bruxelles et ne se montre guère plus convaincant. Conclusion de cet observateur triste : il est de gauche mais ne sait pas pour qui voter.

Une gauche éclatée. La gauche est-elle morte ? Peut-être pas, mais elle est en ruines. En 1971, au Congrès d'Epinay, François Mitterrand avait réussi le tour de force de rassembler les gauches réformistes, contestataires et idéalistes dans le but de conquérir le pouvoir. Aujourd'hui, ce pacte est en train d'éclater. Si ce scénario se confirme, si la primaire consacre son émiettement, cela promet de renvoyer la gauche de gouvernement dans l'opposition pour un, voire deux quinquennats. À l'image de ce que vit la gauche social-démocrate en crise dans toute l'Europe, de la Grande-Bretagne à l'Espagne en passant par l'Allemagne. Et cet éclatement se fait, bien souvent, au profit des partis populistes.