Une ancienne ministre agressée il y a 37 ans : "j'étais incapable de bouger"

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Monique Pelletier, ancienne ministre déléguée à la Condition féminine entre 1978 et 1981 raconte sur Europe 1 avoir été agressée par un sénateur en 1979.

INTERVIEW

Les langues se délient, au lendemain des révélations concernant Denis Baupin. Le député écologiste est accusé par huit femmes d’actes de harcèlement et d’agressions sexuelles. Monique Pelletier, ancienne ministre chargée de la Famille et de la Condition féminine entre 1978 et 1981 et ex-membre du Conseil constitutionnel, est elle aussi sortie du silence, en s'exprimant d'abord sur Twitter. "D.Baupin...les victimes parlent..enfin..bravo ! ministre des Femmes en 1979, j'ai été agressée par un sénateur..honte à moi de mon silence !", a-t-elle écrit sur le réseau social.



"C’était en décembre 1979", détaille-t-elle sur Europe 1. "J’étais chargée de défendre le caractère définitif de la loi qui avait été votée avec Simone Veil pour l’avortement. Je vais voir celui qui devait présider la séance. Nous parlons. J’étais debout, adossée à la cheminée de son bureau. Il se lève, se précipite sur moi et me fait un baiser avec la langue. Vraiment, j’étais incapable de bouger. Cela s’est terminé. Après, il était tout rouge, il s’est excusé, m’a dit que ça faisait longtemps qu’il en avait envie etc. Je suis partie sans lui parler et puis c’est tout", continue Monique Pelletier, qui ne souhaite pas donner le nom de ce sénateur, aujourd'hui décédé.

Entendu sur Europe 1
Il se lève, se précipite sur moi et me fait un baiser avec la langue.

"Très bien que les femmes parlent". Jusqu'à maintenant, soit 37 ans après, l'ancienne ministre ne s'était jamais exprimée sur ces agissements. "Ce n’est pas héroïque de ma part", concède-t-elle. "Je pense que c’est très bien que les femmes parlent. Je suis heureuse de les voir enfin parler et parler de plus en plus, mais il faut savoir que rien n’est terminé, car seulement 10% des femmes violées portent plainte". Mettre fin à "l'omerta" et à la "loi du silence", notamment dans le milieu politique, c'est aussi le souhait de plus de 500 militant(e)s et élu(e)s qui signent mardi une tribune intitulée "Harcèlement et politique : 'Pour que l’impunité cesse'", et publiée dans Libération.