19/12/2017 - 21h55

Le vol Tokyo-Paris d'Edouard Philippe et sa délégation à 350.000 euros fait polémique

© CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / POOL / AFP

Matignon a affrété pour 350.000 euros un avion d'un loueur privé afin de permettre à Edouard Philippe de rentrer plus vite de sa visite en Nouvelle-Calédonie et d'éviter de terminer le voyage dans un avion de l'Etat jugé trop inconfortable, selon une source proche du dossier. Venu en Nouvelle-Calédonie en vol commercial, le Premier ministre débute son voyage retour le 5 décembre dans l'A340 de l'armée de l'air mobilisé pour l'occasion, qui avait emmené une partie de sa délégation à l'aller.

Deux heures de trajet en moins. Mais lors de l'escale technique à Tokyo, Edouard Philippe descend de l'appareil avec sa délégation, dont plusieurs ministres, pour embarquer dans un autre gros porteur, un A340 de luxe avec 100 sièges de type première classe, loué à l'entreprise spécialisée Aero Vision. Au final, cet avion de location, qui s'est posé le 6 décembre à 7h30 à Orly, aura permis au Premier ministre, dans de meilleures conditions de confort, de gagner deux heures : celui de l'armée s'est posé à 9h30 à Roissy, quasiment à vide. Matignon a confirmé que "la délégation du Premier ministre, composée de 60 personnes, a fait le vol Tokyo-Paris sur un vol loué pour la somme de 350.000 euros, soit 6.000 euros par personne".

"Faire des économies". Pourquoi le Premier ministre n'a-t-il pas terminé son vol sur l'A340 de l'armée, qui a redécollé de Tokyo pour Paris après une escale de deux heures ? D'après Matignon, cet avion, assez ancien et sans siège business, "ne sert pas en temps normal à transporter ni des autorités militaires ni des membres du gouvernement en long courrier et de nuit". En l'absence de l'A330 présidentiel, il a été utilisé "exceptionnellement" par le Premier ministre entre Nouméa et Tokyo "justement pour faire des économies", plaide-t-on à Matignon.

Autre justification : les deux heures ont permis au Premier ministre de revenir "dans les temps impartis", alors qu'Emmanuel Macron s'apprêtait à décoller pour l'Algérie et qu'un Conseil de Défense était prévu à l'Elysée à 8 heures. Même si la règle souffre de nombreuses exceptions, en l'absence du chef de l'Etat, le Premier ministre doit se trouver en métropole, rappelle Matignon. 

Edouard Philippe "assume complètement". Mercredi matin, Edouard Philippe s'est expliqué, au lendemain de la publication de l'information. Il "assume complètement" le recours au vol privé, reconnaissant qu'il est "compliqué" et "cher" de déplacer un Premier ministre. "Je comprends parfaitement à la fois la surprise et les interrogations que se posent les Français", a-t-il déclaré sur RTL.

Le député LREM de la Vienne Sacha Houlié, vice-président de l'Assemblée, a également commenté ce voyage sur Europe 1, mercredi matin, rappelant la règle qui veut que le président ou le Premier ministre doit être présent sur le sol français en permanence, justifiant en partie le recours à cet avion privé qui lui a fait gagner deux heures et permis, selon Matignon, d'être à l'heure pour le conseil de Défense prévu à 8h. "Nous tâchons de respecter les règles. J'espère que ce sera compris par les Français", a-t-il expliqué, disant comprendre que "le prix du voyage est important" aux yeux des Français.

Le voyage de Manuel Valls en 2016. "Au total, le coût des vols pour ce déplacement ministériel a coûté 30 % moins cher pour l’État que le dernier voyage similaire en Nouvelle-Calédonie", a souligné Matignon auprès de l'AFP. En l'occurrence, un voyage de six jours effectué par Manuel Valls d'avril à mai 2016. Outre la Nouvelle-Calédonie, l'ancien Premier ministre de François Hollande s'était également rendu au cours du même déplacement en Nouvelle-Zélande et en Australie. L'intéressé, qui a depuis rallié la nouvelle majorité, a tenu à désamorcer toute nouvelle polémique dans un tweet, estimant qu'"un déplacement de ce type est toujours très coûteux".