Un service national universel moins ambitieux que prévu

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Un service national universel moins ambitieux que prévu
Emmanuel Macron a revu les ambitions de son service national universel à la baisse.@ Michel Euler / POOL / AFP
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Le projet, présenté en conseil des ministres mercredi, a pris du plomb dans l'aile depuis les promesses de campagne d'Emmanuel Macron. Et reste conditionné au résultat d'une consultation.

C'était une mesure symbolique, qui a fini par perdre de sa superbe. Le service national universel (SNU) vendu par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, puis promis pendant la première année du quinquennat, a été présenté en conseil des ministres mercredi. Et apparaît finalement nettement moins ambitieux que prévu. En cause : des coûts financiers et logistiques énormes, et une opposition franche des jeunes générations qui commence à poindre.

Un dispositif d'ampleur… Au départ, pourtant, Emmanuel Macron promettait un dispositif d'ampleur. Pendant la campagne, le candidat En Marche avait parlé d'un service militaire obligatoire d'un mois pour toutes les filles et les garçons âgés de 18 ans. Puis, dans une allocution à la presse en février dernier, le chef de l'État avait préféré évoquer un "service national universel obligatoire" d'une durée encore non déterminée mais "autour du trimestre" voire "trois à six mois". Ouvert à tous, ce service peut être civique ou militaire, expliquait alors Emmanuel Macron.

…réduit a minima. Quatre mois plus tard, la donne a (de nouveau) changé. Le SNU présenté par le gouvernement mercredi sera organisé sur deux périodes de 12 jours seulement, pour toutes les filles et tous les garçons ayant entre 16 et 18 ans. Les 12 premières journées, permettant de faire un bilan de santé et d'illettrisme, mais aussi de se former aux premiers secours, seront calées sur des vacances scolaires. La deuxième période, elle aussi, devra se prendre sur les congés et servira à faire un stage dans l'aide à la personne, l'environnement et le développement durable, la défense et la sécurité ou la culture et le numérique.


Des coûts exorbitants. Si les ambitions de départ ont été revues à la baisse, c'est d'abord pour une raison de coût. Celui estimé de la première version proposée par le candidat Macron, avec un service militaire d'un mois, était de 2 à 3 milliards d'euros. Une augmentation de la durée de trois à six mois laissait présager des dépenses plus importantes encore. Sans compter toute une logistique à mettre en œuvre derrière : héberger et nourrir les jeunes en SNU suppose de remettre en service ou réquisitionner des bâtiments comme des colonies de vacances ou des casernes. Ce qui a aussi un coût.

Enorme machine logistique. La version finale du SNU ne règle d'ailleurs pas toutes ces questions. Dans le projet du gouvernement que s'est procuré Europe 1, le coût de fonctionnement est évalué à 1,5 milliard d'euros par an. Mais c'est surtout le manque de personnel pour encadrer les activités qui risque de se faire sentir : l'exécutif compte drainer une écrasante majorité de "stagiaires" (14.100 sur 18.300 personnes au total) pour s'occuper des jeunes. Des stagiaires qui viendraient d'écoles d'État civiles et militaires, comme les écoles de police ou de gendarmerie, ou de grandes écoles privées (type écoles de commerce) sur la base du volontariat, ou encore des licences STAPS, lesquels doivent être eux-mêmes formés avant de pouvoir encadrer. Dans tous les cas, c'est donc une énorme machine logistique à mettre en branle.

La jeunesse s'oppose… Enfin, la deuxième raison qui a poussé le gouvernement à réduire la voilure du SNU reste l'opposition ouvertement exprimée d'une partie de la jeunesse. "Les jeunes s'engagent, volontairement, dans des associations, des structures, des ONG, mais de manière volontaire pour des organisations qu'ils veulent défendre. Nous, on ne veut pas avoir un engagement imposé, d'une durée d'un mois, pour des valeurs qu'on a du mal à comprendre", a ainsi expliqué la présidente de l'Unef, Lilâ Le Bas, au micro de RTL mercredi matin. "C'est en totale déconnexion avec les aspirations et les besoins des jeunes aujourd'hui." Au début du mois, une quinzaine d'organisations de jeunesse avaient signé une tribune contre le SNU dans le JDD. Syndicats de lycéens et d'étudiants, mais aussi mutuelle des étudiants et mouvements politiques de jeunes dénonçaient des politiques "paternalistes", à la logique "démagogique". Interrogés par Europe 1, des collégiens ont eu des réactions tout aussi méfiantes. 

…et sera consultée. Conscient que le projet suscite déjà des oppositions, le gouvernement compte demander son avis à la jeunesse. "Il y aura une consultation qui s'ouvrira à partir de l'automne pour voir avec les organisations de jeunesse, les jeunes eux-mêmes, comment on peut construire les choses qui soient le moyen de recréer ce creuset républicain, ce moment autour de la nation", a prévenu le porte-parole de l'exécutif, Benjamin Griveaux, mardi sur RTL. Exactement ce qu'avait conseillé le groupe de travail mandaté pour plancher sur le SNU. Mais qu'adviendra-t-il si l'opposition au projet se confirme ? Une source proche du dossier le confirme à l'AFP : le dispositif "est fortement conditionné par les résultats de la consultation nationale. On n'a pas de plan B".