Un renouvellement en trompe-l'oeil : les hommes gardent le pouvoir

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Un renouvellement en trompe-l'oeil : les hommes gardent le pouvoir
François de Rugy a été élu mardi à la présidence de l'Assemblée nationale.@ CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
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En dépit des promesses de campagne, les postes clefs de la Cinquième République restent aux mains des hommes, comme l'atteste l'élection de François de Rugy au Perchoir.

L'ÉDITO POLITIQUE

Il faut saluer le choix lucide de Jean-Pierre Raffarin, un homme politique qui se retire avant la fin de son mandat, quand d’autres, à l’image du doyen de l’Assemblée nationale, Bernard Brochand, de dix ans son aîné, entame son cinquième mandat.  Autre sacrifiée involontaire de la "grande lessive" Macron, Nathalie Kosciusko-Morizet, jeune quadra mise à la retraite de la politique, et contrainte de prendre du recul. Manuel Valls s’accroche lui, mais de Premier ministre il est retombé dans la piétaille, simple député en perdition rejeté par le PS, réfugié politique qui a trouvé asile dans le groupe de La République en marche!.

Le changement se poursuit. Raffarin, NKM, Valls : trois visages et trois symboles du renouvellement déclenché par l’élection d’Emmanuel Macron, tous annonciateurs de nouvelle secousses telluriques à venir. On n’est qu’au début du renouvellement du pouvoir ou plutôt des pouvoirs. Les directions des grandes administrations, le Sénat à l’automne, puis les collectivités locales seront secoués à leur tour. Changement des critères politiques, changement des pratiques et changement des hommes et des femmes.

Un homme au Perchoir. Néanmoins, l’ère du changement s’est fracassé mardi sur le perchoir de l’Assemblée nationale où l'on pouvait espérait une femme et c’est un homme qui a été élu, François de Rugy. Changer les mentalités, abattre les vieux réflexes prendra plus d’une législature. François de Rugy a mis en avant son expérience - c’est son troisième mandat - pour s’imposer face à deux femmes. François de Rugy a un parcours roublard, à l’ancienne, passé par la primaire de la gauche avant de trahir son serment pour rejoindre Emmanuel Macron au lieu de soutenir Benoît Hamon qui l’avait battu à la loyale. Pas terrible comme symbole…

Une parité de façade. Et puis, qu’est-ce que c’est que cette parité en trompe-l’œil ? Emmanuel Macron avait souhaité pendant la campagne nommer une femme à Matignon, le Premier ministre est un homme. Emmanuel Macron voulait promouvoir un profil transgressif au Perchoir : une femme, pas forcément députée sortante, allait surprendre, promettaient ses proches, et c’est un homme qui préside l’Assemblée. Si l'on y ajoute le président du Sénat, encore un homme, les quatre premiers personnages de l’État sont donc des hommes. C'est ça la révolution En Marche! ? Oui, l’Assemblée nationale est quasi paritaire, le gouvernement aussi. Mais pour chef, pas une femme. Alors encore un petit effort monsieur le président !