Tout ce qui coince pour la primaire à droite

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Tout ce qui coince pour la primaire à droite
@ JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
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Le bureau politique des Républicains, réuni mardi, devrait trancher l'épineuse question du vote des Français de l'étranger. Mais ce n'est pas la seule qui pose problème dans l'organisation du scrutin interne.

À six mois de la tenue du scrutin, certains points de la primaire de la droite et du centre font toujours débat au sein des Républicains. Questions logistiques, contraintes pour pouvoir se présenter…nombreux ont été les grains de sable à se glisser dans l'engrenage.

  • Le vote des Français de l'étranger

Alors que la Commission d'organisation de la primaire préconisait de mettre en place le vote par voie électronique pour les Français de l'étranger, Nicolas Sarkozy ne l'a pas entendu de la même oreille. Mardi 3 mai, le président des Républicains a fait voter le principe d'un vote papier classique par le bureau politique du parti. Une décision "obscurantiste, inadaptée et injuste", selon les mots de Frédéric Lefebvre, également candidat à l'investiture à droite pour 2017 et député des Français de l'étranger. Bruno Le Maire, Alain Juppé, François Fillon et Hervé Mariton ont joint leur voix à ce concert de protestations.

Car selon les candidats déclarés à la primaire, ce changement soudain de mode de scrutin n'a pour but que de réduire le corps électoral des Français de l'étranger, qui représentent environ 1,2 million d'électeurs potentiels. Nicolas Sarkozy, de son côté, estime qu'il s'agit là d'un moyen de mettre tous les électeurs sur un pied d'égalité.

Pour sortir de l'impasse, un nouveau bureau politique se réunit donc mardi. Nicolas Sarkozy espère trouver un compromis à mi-chemin de ses exigences et de celles des candidats officiellement déclarés. Les Français de l'étranger dans les grandes villes, comme Londres, New York ou Madrid, devraient se rendre dans un bureau de vote, tandis que les autres auraient le droit de voter par Internet. Reste qu'installer des bureaux de vote à l'étranger nécessite l'accord du pays concerné, mais aussi de trouver une salle. À six mois du scrutin, ces questions logistiques peuvent devenir un vrai casse-tête.

  • Le "projet d'alternance" commun

Dès le mois de septembre dernier, Nicolas Sarkozy avait prévenu : "Il y aura, avant la primaire, un projet d'alternance qui engagera tous ceux qui seront candidats." Ce socle commun devait permettre de souligner que les ressemblances des personnalités de la droite étaient "plus fortes que [leurs] divergences". Mais cela ressemblait également à une mise en garde lancée aux candidats, tous engagés dans la bataille des idées. Ces derniers ont d'ailleurs immédiatement répliqué qu'ils n'entendaient pas se limiter à un périmètre bien défini par le parti.  

La crispation était telle que Nicolas Sarkozy avait dû rassurer Alain Juppé quelques jours après son annonce. Le président des Républicains avait alors assuré que ce "projet d'alternance" n'engagerait pas les candidats. Il faudra néanmoins attendre le vote de ce projet, lors d'un conseil national début juillet, pour en avoir le cœur net.

  • Le nombre et la répartition des bureaux de vote

En octobre dernier, Nicolas Sarkozy avait jeté un nouveau pavé dans la mare, estimant qu'il fallait revoir le nombre de bureaux de vote déployés pour la primaire. De 10.000 prévus au départ, le président des Républicains voulait passer à 8.000. Officiellement, pour des raisons purement pratiques : il allait être compliqué, selon lui, de réunir suffisamment de volontaires pour tenir les bureaux. Mais ses adversaires y avaient vu, encore une fois, la preuve d'une volonté de décourager certains électeurs potentiels de faire le déplacement. Finalement, c'est bien 10.337 bureaux de votes qui seront installés.

La répartition des bureaux de vote dans les différentes circonscriptions a également fait débat au sein des Républicains. Le nombre de bureaux par circonscription est en effet calculé en fonction du pourcentage des voix obtenues par les candidats de la droite et du centre au premier tour de l'élection présidentielle de 2012. Mais le camp de Nicolas Sarkozy préférait se baser plutôt sur le résultat obtenu par l'ancien président au second tour, ce qui permettait de prendre en compte les votes Front national qui se sont reportés sur le candidat de droite. Finalement, il n'a pas obtenu gain de cause.

  • Les contraintes des parrainages

Dernier point de friction de la primaire : le système des parrainages des candidats LR. Pour pouvoir concourir officiellement, ces derniers doivent être soutenus par 20 parlementaires, 250 élus et 2.500 adhérents. Lors d'un bureau politique fin mars, les pontes du parti ont précisé les règles, estimant que les élus qui décidaient d'apporter leur parrainage devraient obligatoirement signer une charte les engageant à respecter "les valeurs républicaines de la droite et du centre". Autrement dit, il sera impossible pour un candidat d'être parrainé par un élu d'un autre bord politique, ou même par un non-inscrit qui ne souhaiterait pas déclarer son appartenance. "À tripatouiller les règles, on éloigne les électeurs", a protesté Nathalie Kosciusko-Morizet, dénonçant une "modification des règles de la primaire en cours du jeu".

Le seuil même du nombre de parrainages pose problème à certains candidats. L'un d'eux, Geoffroy Didier, a ainsi fustigé un système "verrouillé". "Le ticket d'entrée est anormalement élevé avec cette barrière des 20 parlementaires. En l'état, il est plus simple de se présenter directement à la présidentielle", a-t-il déclaré dans un entretien au Parisien paru le mois dernier. Et le conseiller régional d'Île-de-France de réclamer un compromis : "une fois la barrière des 20 parlementaires franchie, on n'accepte plus les parrainages superflus." L'appel est resté vain, puisque Bruno Le Maire a d'ores et déjà déposé 32 soutiens parlementaires.