Seul comme un sénateur FN

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Seul comme un sénateur FN
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VIS MA VIE DE - Un mois après son élection, Europe 1 a suivi David Rachline, l'un des deux élus du Front national à la chambre haute.

"Tout se passe très bien !" Les poings sur les hanches, assis sur l'un des canapés moelleux du Sénat, David Rachline semble se plaire au palais du Luxembourg. Il y a un mois, le FN a fait une entrée historique à la chambre haute grâce à son élection et celle de Stéphane Ravier, maire du 7e secteur de Marseille. Mais comment, lorsqu'on veut porter une ligne "anti-système", s'acclimate-t-on à la noble institution sénatoriale ?

David Rachline explique avoir désormais appréhendé le fonctionnement de l'assemblée. "J'ai compris les grandes lignes", affirme-t-il. Côté installation, celui qui, à 26 ans, est le plus jeune sénateur de France, a désormais son bureau, mais n'a pas encore bouclé le recrutement de ses assistants parlementaires.

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Son élection a évidemment bouleversé son emploi du temps, puisqu'il cumule son mandat de sénateur avec celui de maire de Fréjus, la ville du Var qu'il a conquise en mars. "En général, je suis à Paris mercredi et jeudi, à Fréjus le reste de la semaine", détaille-t-il. "Ça a demandé un peu d'organisation, mais je n'ai pas tellement délégué pour autant dans ma ville".

David Rachline Sénat Reuters 1280

© Reuters


"JE NE SUIS PAS LA POUR ME FAIRE DES AMIS"

Quel accueil a-t-il reçu de la part de ses nouveaux collègues ? Lors de l'élection du président du Sénat, plusieurs d'entre eux ont refusé de serrer la main au benjamin David Rachline, chargé de recueillir leurs bulletins. "Je ne suis pas là pour me faire des amis", rétorque-t-il. "Quand leur attitude est agréable, tant mieux. Mais quand elle ne l'est pas, je m'en fous éperdument". Pour autant, David Rachline assure n'avoir pas eu de problème d'intégration. "Je m'entends bien avec des gens de gauche comme de droite", affirme-t-il, même s'il n'a "pas de nom à donner".

De fait, quelques minutes auparavant, le sénateur UMP des Yvelines Alain Gournac est venu le saluer. "Vous avez été élu comme les autres, que je sache, vous n'avez pas fait la révolution !", lui lance-t-il. "Ils ont été élus, ils sont légitimes, je n'ai aucun problème à leur serrer la main", nous expliquera-t-il plus tard. "Mais après, il est évident que leur présence n'a aucun poids sur le travail parlementaire".

"ON NE LES VOIT PAS"

En effet, à entendre leurs collègues, les sénateurs FN n'existent pas vraiment. "C'est la première fois que je le vois", lâche Jean-Vincent Placé à propos de David Rachline. Le patron des sénateurs écologistes n'a jamais parlé à ses collègues du FN. "Après, si je le croise dans l'ascenseur, je ne vais pas lui cracher dessus. Mais leur problème, c'est qu'on ne les voit pas. Vous savez, ici, quand on est non-inscrit, on ne peut pas faire grand-chose".

Le règlement du Sénat est formel : il faut au moins dix parlementaires pour former un groupe politique, sésame indispensable pour obtenir des postes influents et un temps de parole significatif. Ce qui limite considérablement la marge de manœuvre des sénateurs FN. "Ils sont marginalisés d'office par le fait de n'être que deux dans une assemblée de 348", confirme l'UMP Roger Karoutchi.

Larcher Rachline Senat 1280 Reuters

© Reuters


Qu'en pense le président (UMP) du Sénat, Gérard Larcher ? "En tant que gaulliste social, il a toujours combattu les idées du Front national", insiste son entourage. "Mais comme il l'a affirmé, il est le président de tous les sénateurs, y compris des sénateurs FN, qui ont été élus légitimement". Le président du Sénat n'a pour l'instant pas rencontré David Rachline et Stéphane Ravier, mais devrait le faire prochainement, ajoute-t-on.

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PLUS SPECTATEURS QU'ACTEURS

En attendant, les deux nouveaux sénateurs FN n'ont pas débordé d'activité depuis leur élection. Selon le site Nos sénateurs, qui scrute le travail des parlementaires, David Rachline ne compte aucune intervention à son actif ce dernier mois. Quant à Stéphane Ravier - qui n'a pas répondu aux sollicitations d'Europe 1 -, il a simplement pris part à un débat sur le bilan du CICE.

Illustration ce mercredi 29 octobre, alors que le Sénat examine en deuxième lecture la réforme territoriale. Les orateurs défilent à la tribune. Sur son siège, seul au fond de la salle dans un hémicycle clairsemé, David Rachline regarde la séance se dérouler. Comme certains de ses collègues, il pianote souvent sur son smartphone. Son camarade Stéphane Ravier le rejoint pendant une demi-heure. Ils papotent, condamnés à être plus spectateurs qu'acteurs de la discussion en cours.

Sénat octobre 2014 1280 Reuters

© Reuters


Dans ce contexte, pas facile de "peser en provocant le débat", comme le voulait David Rachline au moment de son élection. Pour autant, "il n'y a aucune frustration", assure-t-il aujourd'hui. D'autant que le jeune sénateur voit un autre avantage à sa présence au Sénat : "on a bénéficié d'un écho médiatique incontestable".

"ICI, ON N'EST PAS A L’ASSEMBLÉE NATIONALE"

De fait, l'entrée du FN à la chambre haute a fait les gros titres il y a un mois. "Nous ne sommes que deux en raison d'un mode de scrutin inique. Mais par conséquent, la parole d'un sénateur FN a peut-être plus de poids que celle d'un sénateur lambda", théorise David Rachline, affirmant être plus sollicité par les médias depuis son élection.

"Etre sénateur, ça donne un côté un peu installé, notamment auprès des élus locaux", relève Roger Karoutchi. "Et ça leur permet sûrement d'être plus visible médiatiquement. Mais ils vont vite se rendre compte qu'ici, on n'est pas à l'Assemblée nationale : il n'y a pas des micros et des caméras tous les jours !"

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