Séguin, mort d'un gaulliste convaincu

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Séguin, mort d'un gaulliste convaincu
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L’ancien ministre et actuel président de la Cour des comptes a succombé à une crise cardiaque dans la nuit de mercredi à jeudi.

Philippe Séguin, 66 ans, est mort dans la nuit de mercredi à jeudi, a appris Europe 1. L’ancien ministre, actuel président de la Cour des comptes, a succombé à une crise cardiaque alors qu’il se trouvait à son domicile.

Né à Tunis en 1943, Philippe Séguin a consacré sa vie à la politique. Encarté au RPR, cet énarque devient en 1973 chargé de mission au secrétariat général de Georges Pompidou à la présidence de la République. Elu en avril 1978, député des Vosges, il devient aussi maire d'Epinal en 1983. Il le restera pendant 25 ans.

Fervent opposant à la peine de mort, il prononce un discours pour l’abolir en 1981 à l’Assemblée nationale. Il est l’un des seuls de son groupe à soutenir la démarche de François Mitterrand.

Arrivent 1986 et la première cohabitation, Philippe Séguin accède au poste de ministredes Affaires sociales et de l'Emploidans le gouvernement du premier ministre Jacques Chirac sous la présidence de François Mitterrand.

A contre-courant de sa famille politique, il l’est également en 1992au moment du traité de Maastricht. La carrière politique de Philippe Séguin prend un tournant. Il anime le mouvement du "non" au traité, alors que tout le RPR soutient le texte. Le lendemain du référendum, il est face à Bruno Masure et Arlette Chabot sur le plateau de France 2.


Ce gaulliste convaincu ne se reconnaît pas dans ses pairs. Philippe Séguin invente son propre style politique. En 1993, il devient président de l’Assemblée nationale et joue la provocation. Il invite, toujours en 1993, le roi du Maroc Hassan II à s’exprimer au perchoir. Les élus de gauche, qui reprochent au roi de bafouer les droits de l’Homme, quittent l’hémicycle. Philippe Séguin lui déclare que le Maroc remonte "le chemin vers la démocratie".

Orateur de talent, Philippe Séguin usait de paroles à l’écho retentissant. En 1993, engagé dans la campagne présidentielle de Jacques Chirac, s’adressant à Edouard Balladur alors premier ministre de François Mitterrand, il qualifie la politique française à l'égard du chômage de "Munich social".

En 1994, il quitte le perchoir de l’Assemblée nationale pour prendre la présidence du RPR. Mais l’expérience tournera court. Il démissionne en 1999, à la veille des élections européennes, sous le prétexte que l’Élysée se mêle trop de ses affaires, et juge la cohabitation " émolliente".


Son engagement auprès de Jacques Chirac ne sera pas aussi payant qu’il espérait. Alors qu’il s’imagine à Matignon, Jacques Chirac nomme Alain Juppé premier ministre en 1995. Candidat malheureux à la mairie de Paris, il se retire de la vie politique en 2002, en refusant d’intégrer l’UMP. Puis il devient en 2004, premier président de la Cour des comptes.

Ecoutez le portrait personnel de Philippe Séguin dressé par Catherine Nay sur Europe 1 :

La dernière venue de Philippe Séguin sur Europe 1, en octobre dernier, avait été l’occasion d’un nouveau "coup de gueule" contre les gaspillages des deniers publics. Ses critiques concernaient cette fois la présidence française de l’Union européenne et notamment l’organisation du sommet de Paris de l'Union pour la Méditerranée en juillet 2008.

Ses obsèques auront lieu lundi à 15 heures en l'église Saint-Louis-des-Invalides à Paris, en présence du président Nicolas Sarkozy qui prendra la parole lors de la cérémonie. Le corps de Philippe Séguin a été transporté jeudi au funérarium du cimetière des Batignolles (Paris XVIIe). Par ailleurs, un hommage doit également être organisé mardi après-midi à l'Assemblée nationale, en séance publique. Philippe Séguin sera inhumé dans le caveau familial de Bagnols-en-Forêt, dans le Var.

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