Sarkozy-Royal, un débat entre courtoisie et virulence

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A trois jours du second tour de l'élection présidentielle, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont croisé le fer lors du traditionnel débat télévisé. La courtoisie affichée au départ a été lézardée d'éclairs de virulence à l'initiative d'une candidate socialiste très pugnace. On retiendra un vif échange sur le handicap. Les deux finalistes se sont aussi affrontés vivement sur les 35 heures. Le débat a été suivi par 20 millions de Français.

Le grand débat tant attendu a enfin eu lieu entre les deux candidats à la présidentielle. Par instants d'un aplomb bravache face à un Nicolas Sarkozy quelque peu décontenancé, Ségolène Royal, qui accuse quatre à cinq points de retard sur son adversaire dans les sondages, a joué son va-tout pour la victoire durant plus de deux heures. Jusqu'à provoquer le président de l'UMP. Le président de l'UMP, arrivé en tête au premier tour avec 31,18% des voix, s'est efforcé de lui opposer pondération, sang-froid et "pragmatisme", en contrepoint de l'image de "brutalité" que veulent lui accoler certains. Vêtue d'un strict tailleur noir et d'un chemisier blanc, Ségolène Royal, le regard déterminé, a opté d'emblée pour l'offensive et attaqué Nicolas Sarkozy sur le bilan du gouvernement sortant, filant le registre de "l'homme du passif" éprouvé en 1981 par François Mitterrand face à Valéry Giscard d'Estaing. "La morale politique demande que les responsables politiques rendent des comptes", a-t-elle répété. "Je souhaite sortir la France de la situation dans laquelle elle se trouve", a-t-elle souligné, citant notamment le fardeau de la dette publique, "les 2,5 millions de travailleurs pauvres", le chômage, la modicité des retraites, la hausse "de 30% de violences physiques contre les personnes depuis 2002". "Sur les défaillances de la République, gauche et droite confondues, nous avons chacun notre part", lui a répondu Nicolas Sarkozy, costume bleu marine, chemise bleu clair et cravate club marine et argent. Avocat de la rupture, il a dit assumer "une partie du bilan du gouvernement" tout en opposant une baisse statistique de 10% de la délinquance depuis 2002, contre une augmentation de 18% sous le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002). "C'est suffisant pour que je ne parte pas en courant lorsqu'on évoque le mot bilan", a-t-il répliqué. "J'ai trouvé une situation qui était catastrophique : si en 2002 les Français n'ont même pas qualifié votre Premier ministre, c'est bien pour quelque chose". "Nous sommes en 2007, nous ne sommes pas en 2002", a répliqué Ségolène Royal, évoquant le viol récent de deux policières à Bobigny (Seine-Saint-Denis). "S'il y avait davantage de fonctionnaires (...) elles auraient été raccompagnées". Réaffirmant son projet d'un redéploiement des effectifs de la fonction publique, elle a expliqué vouloir contrebalancer des diminutions de postes dans certains secteurs par des recrutements dans ceux qui le nécessitent. Impossible, corrige le candidat de l'UMP, "ce ne sont pas les mêmes budgets". "Si vous ne pouvez pas le faire, pourquoi voulez-vous accéder aux responsabilités?" a lancé Ségolène Royal, très pugnace et n'hésitant pas à couper parfois son interlocuteur. "Est-ce que vous souffrez que je puisse faire une phrase?", lui a demandé d'un ton acerbe le président de l'UMP, qui a semblé parfois prisonnier d'un discours maintes fois entendu durant la campagne. Les deux finalistes se sont affrontés vivement sur les 35 heures, "une catastrophe généralisée pour l'économie française", "qui ont mis à bas l'hôpital public", selon Nicolas Sarkozy. "Si vous pensez que les 35 heures ont fait tant de dégâts, pourquoi vous ne les avez pas supprimées?", interroge quelques joutes plus tard la candidate socialiste. Soucieux de garder son calme sous les piques de son adversaire, Nicolas Sarkozy a tenté de pousser la candidate socialiste dans ses retranchements à l'aune de la compétence sur l'ensemble des dossiers économiques abordés durant le débat : temps de travail, retraites, fiscalité... "Qu'est-ce que vous changez sur les 35 heures, on n'y comprend rien", lance-t-il. "Vous avez une capacité à surfer d'un sujet à l'autre avec quelques généralités", insiste-t-il. "C'est d'une précision bouleversante", ironise-t-il à propos des régimes de retraite. Ségolène Royal a dit vouloir consacrer "tout ce qui sera au-dessus de 2,5% de croissance" au désendettement et s'est engagée à réformer les régimes spéciaux de retraite. La candidate socialiste s'est employée à jouer sur les nerfs de Nicolas Sarkozy, le poussant parfois au lapsus, comme lors d'une confrontation sur le nucléaire. Le candidat de l'UMP a parlé de réacteur de "quatrième génération" pour l'EPR, au lieu de "troisième génération", et s'est trompé sur la part du nucléaire dans la production de l'électricité - tout comme son adversaire. "Vous venez de dire une série d'erreurs, cela peut arriver, mais il faudra que vous révisiez un peu votre sujet", lui a-t-elle lancé. "Vous n'avez pas besoin d'être méprisante pour être brillante", répliquera Nicolas Sarkozy plus tard. Mais le point d'orgue de la confrontation a eu lieu en fin de débat sur le problème des enfants handicapés. Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy d'"immoralité" et de "mensonge". Le candidat de l'UMP a renvoyé l'accusation à sa rivale, lui demandant de "se calmer" lors du vif échange sur le handicap. "Pour être président de la République, il faut être calme", lui a-t-il dit. "Vous sortez de vos gonds avec beaucoup de facilité". "Je ne m'énerve pas, je me révolte", lui a répondu la candidate socialiste. "Qu'est-ce que ça doit être quand vous êtes énervée!", raille-t-il alors. "Pichenette", relativise l'intéressée.