Sarkozy "pas choqué" par des fuites avant 20h

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Sarkozy "pas choqué" par des fuites avant 20h
Pour le président-candidat, "le monde est devenu un village".
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Pas hostile à une publication des résultats dès 18h30, il prend de court les "gardiens de la loi".

Alors que de plus en plus de médias français et étrangers préviennent qu'ils pourraient publier les résultats du premier tour de dimanche soir avant 20h, Nicolas Sarkozy a réagi sans s'offusquer jeudi sur Europe 1. "Non franchement, ça ne me choque pas", a-t-il confié.

Sarkozy prêt à changer les règles

Pour le président-candidat, "le monde est devenu un village". "Ne recréons pas une ligne Maginot", a-t-il expliqué, estimant que la France a, en la matière, "des règles qui sont parfois un peu datées. Tout le monde le sait. C'est une forme d'hypocrisie".

"On ne va quand même pas faire une frontière numérique entre la France et tous les autres pays du monde pour interdire les autres de communiquer avec la France", a conclu le président sortant, qui a dit "s'inscrire résolument dans le XXIe siècle".

Alors que certains observateurs évoquent un risque sur le cours du vote, Nicolas Sarkozy rappelle : "ça existe déjà pour nos compatriotes d'Outre-mer qui sont encore en train de voter alors qu'ils ont annoncé les résultats ici" (*Depuis la présidentielle de 2007, le vote a lieu, pour le premier tour, le samedi en Guadeloupe, Guyane, Martinique, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre et Miquelon, Polynésie française ainsi qu'aux bureaux de vote ouverts par les ambassades et les postes consulaires situés sur le continent américain, nldr).

Contactée par Europe1.fr, son équipe de campagne indique que Nicolas Sarkozy serait prêt à changer les règles. "Il faut penser à une évolution législative en la matière pour prendre en compte l'émergence des nouveaux médias". "Tous les partis politiques pourraient se réunir pour en parler". D'ailleurs, au ministère de l'Intérieur, on souligne que la loi actuelle est "de plus en plus difficile à appliquer", notamment avec l'émergence des réseaux sociaux.
 
Le président-candidat ne serait pas contre une publication officielle des résultats, dès 18h30, selon son équipe de campagne.

"Les bras m'en tombent"

Avec ses déclarations sur Europe1, Nicolas Sarkozy semble avoir pris de court les "gardiens de la loi". La Commission des sondages, jointe par Europe1.fr, "ne souhaite pas réagir à une déclaration d'un candidat", mais en coulisses, une voix finit par confier : "les bras m'en tombent".

La Commission des sondages menace de poursuites pénales toute personne ou média, y compris étranger, qui diffuserait dimanche avant 20 heures des estimations des résultats du premier tour de l'élection présidentielle en France. Elle précisera vendredi, à 15 heures, un dispositif "unique" pour lutter contre une publication anticipée des résultats, qu'elle redoute particulièrement cette année.

De son côté, dans un communiqué publié jeudi, la Commission nationale de campagne "rappelle" l'interdiction de publication de tout résultat, même partiel avant 20 heures dimanche. Le parquet de Paris a, quant à lui, menacé d'engager des poursuites judiciaires en cas de diffusion d'estimation de résultats ou de sondages à la sortie des urnes avant 20 heures les jours du premier et second tour.

L'embargo de 20 heures 

L'article L52-2 du code électoral interdit, sous peine de sanctions pouvant aller jusqu'à 75.000 euros, la diffusion de tout résultat d'élection, "partiel ou définitif, par tout moyen de communication au public par voie électronique".

Jusqu'à présent, aux précédents scrutins, les médias français ont tous respecté la loi qui, sous peine d'amende, interdit de faire mention avant 20 heures, quand les derniers bureaux ferment, de tout sondage sortie des urnes ou des estimations compilées après la fermeture des premiers bureaux à 18 heures.

Mais l'arrivée des réseaux sociaux, avec les millions de comptes Twitter et Facebook, a bouleversé la donne et, pour la première fois, un journal français, Libération, a clairement annoncé qu'il n'hésiterait pas à violer cet embargo "de plus en plus archaïque".