Sarkozy, Juppé et les autres emportés par la vague Fillon

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Sarkozy, Juppé et les autres emportés par la vague Fillon
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L’ancien Premier ministre a écrasé le premier tour avec une ampleur inimaginable. Juppé se maintient mais aura du mal. Pour Sarkozy, c’est la claque. Et sans doute la retraite. 

C’est un coup de tonnerre comme la vie politique française sait en produire. Dimanche soir, les résultats du premier tour de la primaire de la droite sont tombés, et elles ont accouché d’un résultat inimaginable il y a encore quelques jours, à plus d’un titre. D’abord, la première place de François Fillon, très largement devant Alain Juppé. Les deux anciens Premiers ministres se disputeront donc la victoire finale. Ensuite, et surtout, l’élimination de Nicolas Sarkozy, qui précipite sans doute sa retraite politique. Derrière, les autres candidats ramassent les miettes.

Fillon, la vaguelette devenue tsunami. Pour un peu, il aurait été élu dès le premier tour. François Fillon a terminé en tête, et dans les grandes largeurs, dimanche soir. Et ça, personne ne l’avait vu venir. Ces derniers jours, il avait certes connu un rebond dans les intentions de vote, au point de devenir un candidat crédible au second tour. Mais aucun institut de sondage n’avait prévu ce raz-de-marée. La surprise est donc énorme, et elle a frappé ses concurrents de plein fouet. Voilà le député de Paris grandissime favori du second tour. Il faudrait une surprise au moins aussi énorme pour le voir trébucher dimanche prochain.

Juppé qualifié mais grand perdant. Pour Alain Juppé, c’est tout l’inverse de François Fillon. Il était le grand favori du scrutin, le voilà désormais challenger. Avec 28,4% des voix, le maire de Bordeaux part de très loin pour le deuxième tour. Lui qui s’est posé comme l’exact contraire de Nicolas Sarkozy n’a pas, comme tous les autres, senti venir François Fillon. Il devra désormais s’attacher à montrer que son programme, moins radical que celui de son adversaire, est le meilleur pour les Français. Il dispose pour cela d’une semaine et d’une confrontation télévisée, programmée le 24 novembre. C’est peu. Trop, sans doute.

Sarkozy, la retraite anticipée. Le voilà, le véritable coup de tonnerre de la soirée ! Nicolas Sarkozy qui, par ses sorties fracassantes et ses propos polémiques, s’est placé au cœur de cette campagne du premier tour, est éliminé. Ni lui ni ses soutiens ne s’y attendaient, et le choc est rude, forcément. Cette défaite sanctionne une stratégie trop clivante, qui misait sur une mobilisation du seul électorat de droite.

Cette deuxième défaite est ô combien plus cruelle que la première face à François Hollande en 2012, car cette fois, c’est sa famille politique qui le rejette. Au point de le pousser, sans aucun doute - et définitivement cette fois - vers la retraite politique, à 61 ans. Lui-même l’a laissé entendre lors de son discours de défaite, au passage particulièrement réussi. "Il est temps maintenant pour moi d'aborder une vie avec plus de passions privées et moins de passions publiques", a-t-il lâché, un sourire mélancolique aux lèvres.

Des miettes pour les autres. Evidemment, lors de leurs discours, face à leurs soutiens, ils ont fait bonne figure. Mais pour les quatre autres candidats, la soirée a tourné à l’humiliation. C’est surtout vrai pour Bruno Le Maire, qui ambitionnait d’être au second tour, et qui termine à une piteuse cinquième place, avec environ 2,4% des voix. Ce sera très dur pour lui de s’en relever. Il est devancé par Nathalie Kosciusko-Morizet qui, pour le coup, se contentera de sa quatrième place, malgré un très faible score (2,6%). Jean-Frédéric Poisson est à son niveau attendu, mais Jean-François Copé ne pensait sans doute pas recevoir une telle claque : 0,3% des voix, un camouflet terrible.

Les ralliements : 2-1 pour Fillon. Sur les cinq candidats battus, trois ont d’ores et déjà pris leur décision pour le second tour. Le ralliement de Nicolas Sarkozy était le plus attendu, puisque l’ancien président de la République pèse plus de 20% des voix. Il a choisi François Fillon, qui voit son statut de favori renforcé. Moins décisif sans doute est le ralliement de Bruno Le Maire. Qui, au passage, a proposé ses services. "Je veux plus que jamais être un acteur du rassemblement de notre famille politique", a-t-il lancé. Le message est passé. Reste à savoir s’il aura été entendu.

Nathalie Kosciusko-Morizet, elle, a fort logiquement choisi de soutenir Alain Juppé, dont les positions sont plus proches des siennes. Quant aux deux bons derniers du scrutin, Jean-Frédéric Poisson et Jean-François Copé, ils ont réservé leur choix pour plus tard. Mais personne ne guette leur décision avec fébrilité.

Plus de quatre millions de votants ? Il y a cinq ans, la primaire de la gauche avait mobilisé au premier tour 2,66 millions de personnes, et cela avait été salué comme un énorme succès. Là, ce seront au final plus de 4 millions de personnes qui se sont déplacées. Un succès colossal, qui donne d’ores et déjà au futur vainqueur une dynamique précieuse en vue de la présidentielle.

vote-PS

  • Les cinq déclarations fortes

Fillon : "La défaite ne doit humilier personne, je remercie ceux qui m'ont apporté leur soutien. J’ai une pensée particulière pour Nicolas Sarkozy, ancien président de la France" 

Sarkozy : "Les électeurs qui m'ont fait confiance sont naturellement libres de leur décision. Je leur demanderai cependant de ne jamais emprunter la voie des extrêmes. La France mérite tellement mieux que le choix du pire"

Juppé : "J’ai décidé de continuer le combat"

NKM : "Je n'ai jamais couru après les places, ni après les postes. Au deuxième tour, je soutiendrai Alain Juppé pour défendre mes idées"

Le Maire : "Nous avons fait le pari du renouveau. Une majorité de Française et de Français ont fait un autre choix"