Sarkozy devait-il briser l'unité nationale ?

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Sarkozy devait-il briser l'unité nationale ?
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ANALYSE - Critique des mesures anti-terroristes, de l'utilisation du mot "apartheid"… Le président de l'UMP a rouvert les portes de l'arène politique.

"L'unité nationale, ça commence à me courir", aurait récemment déclaré Nicolas Sarkozy, selon le Canard enchaîné. Il l'a également fait comprendre mercredi soir, lors du 20h de France2. Critique des mesures anti-terroristes du gouvernement, de l'emploi du mot "apartheid" par Manuel Valls dont il se dit "consterné"… Deux semaines après les attentats de Paris, le président de l'UMP remonte en selle et relance les joutes. Mais est-ce la bonne stratégie ? Décryptage en trois questions avec le politologue Thomas Guénolé.

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Briser l'unité nationale : que peut y gagner Nicolas Sarkozy ? "La ligne de communication de Nicolas Sarkozy, depuis 15 ans, c'est la conflictualité. Les travailleurs contre les assistés, le centre ville contre la périphérie, le mouvement contre l'immobilisme… Il a une communication clivante. Je ne suis pas sûr qu'il sache faire autre chose. Or, ce type de communication ne colle pas avec l'unité nationale. Il lui fallait rompre avec l'unité nationale pour reprendre sa stratégie de communication", explique Thomas Guénolé, maître de conférences à Sciences Po.

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Ne risque-t-il pas de se mettre à dos l'opinion publique ? "Nicolas Sarkozy ne s'intéresse pas à l'opinion publique, en tout cas pour les deux tiers. Il ne songe qu'à maximiser son socle, à droite, pour les primaires UMP. Or, à droite, certains commençaient à en avoir marre de l'unité nationale, de devoir se ranger derrière un exécutif socialiste. Dans la tête de Nicolas Sarkozy, il n'y a que la primaire UMP qui compte. S'il gagne la primaire, il sera le candidat de l'UMP pour 2017. Et il pense que le candidat UMP est assuré de se retrouver au deuxième tour de la présidentielle face à Marine le Pen. Et qu'il est sûr de l'emporter".

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Le "pacte national" droite-gauche sur les réponses à apporter au terrorisme, souhaité par François Hollande, Manuel Valls, ou encore Jean-Pierre Raffari à l'UMP, verra-t-il le jour ? "Vous ne verrez jamais Nicolas Sarkozy, président de l'UMP, signer une réforme commune avec Manuel Valls ou François Hollande, fusse-t-elle sur un thème qui fait consensus. En revanche, l'exécutif peut se rapprocher de certaines personnalités à l'UMP, comme Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé. Et si ça se fait vraiment, Nicolas Sarkozy aura un vrai problème. Car s'il critique ce pacte, il passera vraiment, auprès de tout le monde, pour le briseur d'unité et de réformes.