Santé : les nouveaux remèdes du candidat Fillon

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Santé : les nouveaux remèdes du candidat Fillon
Le François Fillon radical de la campagne de la primaire a laissé la place à un François Fillon plus consensuel sur les questions de santé. @ GUILLAUME SOUVANT / AFP
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Le candidat de la droite, qui présente sa nouvelle mouture mardi, a largement revu sa copie sur ce sujet sensible, histoire de ne pas perdre trop d’électeurs en route.

Il avait juré, la main sur le cœur, droit dans ses bottes, que le programme qu’il avait défendu lors de la primaire de la droite serait celui de sa campagne présidentielle. Mais François Fillon s’est dédit sur au moins un sujet, celui de la santé. Attaqué avec virulence jusque dans son propre camp sur l’épineuse question de l’Assurance maladie, l’ancien Premier ministre, en outre empêtré dans le Penelope Gate, présente mardi une nouvelle mouture de son programme en matière de santé. Exit les déremboursements brutaux et la plus grande place accordée aux mutuelles privées et place à un projet "rebâti, enrichi, amélioré". Et désormais, l’homme de la radicalité assumée se place en consensuel. Démonstration.

Les "gros risques" et "petits risques" à la trappe
 Cela pourrait n’être qu’une question de sémantique, mais en réalité, c’est beaucoup plus que cela. En supprimant la notion de gros risques, qui seraient pris en charge par l’Assurance maladie, et les petits risques, remboursés par les seules mutuelles, François Fillon change tout bonnement la philosophie même de sa réforme. Pendant la primaire, sur son site de campagne, l’ex-Premier ministre était on ne peut plus clair : "Focaliser l'assurance publique universelle sur des affections graves ou de longue durée, et l’assurance privée sur le reste". Dès décembre 2016, il avait retiré de son projet en ligne ce pan polémique.

Il confirme aujourd’hui dans Le Parisien cet enterrement de première classe. "Je n'ai jamais voulu mettre en place une santé à plusieurs vitesses. J'ai juste posé une question légitime",  assure-t-il, dénonçant une "polémique absurde". Pourtant, il n’avait pas vraiment usé de la formule interrogative lors du débat d’entre-deux-tours face à Alain Juppé. "Oui, je propose que la Sécurité sociale se concentre sur les risques principaux, affections graves et de longue durée. (…) Et je souhaite que pour ce qu’on appelle le petit risque on aille vers les assurances complémentaires", avait-il fermement affirmé. Désormais, son "projet consolide le caractère obligatoire et universel de l'Assurance maladie dont le niveau de prise en charge des dépenses de santé ne diminuera pas". Dont acte.

De nouveaux droits pour les assurés
Le changement est tel que François Fillon propose de nouveaux remboursements. Ainsi, les lunettes pour enfants seront remboursées intégralement dès 2017 si François Fillon est élu président. Comme le note Le Monde, cette proposition est particulièrement concernante, et elle a le mérite de coûter peu cher, environ 60 millions d’euros par an, selon son équipe de campagne.  

Ce n’est pas le cas des autres propositions du candidat. François Fillon ambitionne en effet qu’à la fin de son éventuel quinquennat, il aboutisse à "un reste à charge 0 pour les audioprothèses, l'optique, les prothèses dentaires et les dépassements d'honoraires", ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Le tout avec une "hausse des cotisations (…) maîtrisée". Même s’il prévoit 20 milliards d’économies, sans en détailler les modalités, ce nouvel objectif passera forcément par une participation des complémentaires santé.

Pas de jackpot pour les mutuelles privées
Avec une très large place accordée aux mutuelles privées dans son programme initial, François Fillon s’était attiré les foudres de ses adversaires, qui l’accusait de vouloir faire gagner des millions à ces organismes. Et sa proximité avec Henri de Castries, ancien président de l’assureur AXA, n’avait rien arrangé. "On est dans le délire total, il n'a pas participé à mon programme santé", s’agace le député de Paris dans Le Parisien. Mais là encore, il change de philosophie. "Peut-être faudra-t-il que les complémentaires santé mettent aussi la main à la poche", prévient-il. Une nouvelle Agence de garantie de la couverture solidaire des dépenses de santé, sera chargée de veiller à ce que les cotisations n’explosent pas pour les Français. On est décidément bien loin de l’esprit ultralibéral de l’automne 2016.