RSA : colère de droite à gauche

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RSA : colère de droite à gauche
@ Reuters
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L’idée de l’UMP de faire travailler des bénéficiaires du RSA déclenche, à nouveau, la polémique.

La question du RSA déchaîne les passions. Le parti majoritaire entend proposer un contrat unique d'insertion (CUI), qui prévoirait 5 heures de travaux d'utilité sociale par semaine, rémunérées sur la base du Smic horaire. Un dispositif contraignant, puisqu'en cas de refus, les bénéficiaires éligibles verraient le versement de leur RSA diminuer progressivement.

"Ne pas se laisser faire par les entourloupes"

Martin Hirsch, le "père" du RSA, a jugé mercredi cette proposition contreproductive. "Il ne faut pas se laisser faire par les entourloupes", a averti l'ancien Haut commissaire aux solidarités actives. "Il y a plein de gens qui demandent un contrat aidé à 25 heures par semaine, j'espère qu'on ne va pas leur offrir cinq heures à la place de 25 heures", a-t-il dit, jugeant qu'on risquait de "travailler moins pour coûter plus à l'Etat et aux départements".

Dès mardi, la proposition de l'UMP suscitait la polémique au sein même de la majorité. Le député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca s'est dit "dubitatif (à) l'idée de vouloir à tout prix faire travailler" les bénéficiaires du RSA. "Les gens, quand ils essaient de retrouver du travail, ça les occupe pas mal", argue le membre du collectif de La Droite populaire. Avant d'ajouter : "Et ayons l'honnêteté de dire qu'ils travaillent par ailleurs, parce que si quelqu'un peut vivre avec le RSA, vous me ferez signe..."

"La ficelle est un peu grosse"

Colère aussi de Dominique de Villepin. Sur son blog, le leader de République Solidaire a dénoncé mardi les propositions du parti présidentiel dans un billet intitulé Salauds de pauvres. "L'UMP ressemble de plus en plus à ce parti dont on pouvait dire qu'il pose les bonnes questions mais qu'il apporte les fausses solutions", écrit-il, reprenant ainsi une ancienne formule de Laurent Fabius sur le FN.

"La ficelle est un peu grosse quand on s'évertue à monter les petits contre plus petits qu'eux pour éviter les embrasements", ajoute-t-il. "Le travail forcé est-il une solution? Non, parce que la réalité de la plupart des allocataires, ce n'est pas l'oisiveté volontaire", plaide aussi l’ancien Premier ministre.

"On culpabilise des gens"

Une opposition qui se fait aussi ressentir dans les rangs socialistes. "Je trouve qu'il y a une forme d'indécence", a fustigé mardi sur Europe 1 Jean-Marc Ayrault. "Bien sûr qu'il faut tout faire pour accompagner ces personnes vers le retour à l'emploi", a-t-il affirmé. "Mais là, on culpabilise des gens qui sont dans la difficulté", a pointé le chef des files des socialistes à l’Assemblée nationale.

"En somme, le retour du Service du Travail Obligatoire de sinistre mémoire. Décidément du RSA au STO, on n'arrête pas le progrès à l'UMP!", a même ironisé le Parti communiste. S'attirant les foudres de Jean-François Copé pour cette comparaison historique.

L'œil rivé sur le centre et la droite de son parti, le patron de l'UMP réunit mercredi à Paris une convention sur la "justice sociale", avec pour invités-vedettes le père du RSA, Martin Hirsch, et le leader de la "droite sociale", Laurent Wauquiez.

Au départ, l'UMP voulait corriger le tir après la polémique suscitée par ce dernier sur le RSA, en modulant son idée de travaux obligatoires et non rémunérés pour certains bénéficiaires. Mais la nouvelle proposition n’a pas échappé à la controverse.