Rigueur, austérité: ces mots qui font peur

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Rigueur, austérité: ces mots qui font peur
@ CAPTURE D'ECRAN
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VIDEO - Fillon s’en défend: "on est loin de la rigueur". Et pour cause, le mot est tabou depuis 83.

Certains mots, juste évoqués, peuvent glacer le sang. Alors en 1983, quand Pierre Mauroy annonce à la France, qu'elle doit se mettre au régime sec, il cherche un subterfuge pour ne surtout pas employer le mot "austérité", connoté négativement depuis les années 1970 et Raymond Barre .

La rigueur de Mauroy

Le Premier ministre de François Mitterrand opte alors le mot "rigueur".





L'austérité de Barre

La "rigueur", c'est une autre manière de parler "d'austérité", sans le dire et d'éloigner le spectre des impopulaires plans Barre des années 1970. Et pour cause, le 22 septembre 1976, quand Raymond Barre annonce le premier plan, il a une tête des mauvais jours :







Si la "rigueur" paraît moins effroyable que "l’austérité"… Elle devient vite après 1983-86, synonyme de chômage pour les Français.

Rigueur, austérité : des mots tabous

"Il est vrai qu'il est un peu étonnant de voir à quel point le mot de "rigueur" est devenu insultant", explique Philippe Martin, professeur d'économie à Sciences Po.

Cela vient de l'expérience traumatisante de la politique de "rigueur" menée après la politique socialiste de relance de 1981, le "tournant de la rigueur", symbole du renoncement, d'un retour en arrière, de promesses non tenues. C'est un traumatisme qu'on comprendrait à gauche, puisque c'est elle qui avait pris ce tournant, mais c'est vrai aussi à droite. "Rigueur" est devenu un mot tabou", ajoute-t-il.

Depuis donc les hommes politiques font leur possible pour ne pas employer ce mot tabou, même quand ils sont empêtrés dedans.

Exercice de style, ici avec Jacques Chirac en 1995 :







Jeudi, François Fillon s’est, lui aussi, bien gardé de prononcer le mot "rigueur" ou "austérité". Il est même revenu à la charge, vendredi, se défendant d'un tel plan. Mais, l'opposition et les éditorialistes, eux, ironisent : "A défaut du nom, cela en a la couleur"…