Révision constitutionnelle : la ligne Sarkozy de plus en plus minoritaire

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Révision constitutionnelle : la ligne Sarkozy de plus en plus minoritaire
@ AFP
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La position du patron des Républicains sur la révision constitutionnelle est remise en cause par une partie de son camp.

Le projet de réforme constitutionnelle divise à gauche mais aussi à droite. Alors que les parlementaires Les Républicains sont de plus en plus nombreux à dire ouvertement qu’ils voteront contre, les ténors du parti marchent, eux aussi, sur des œufs. Et l’un d'eux a décidé de sortir du bois dimanche dans les colonnes du JDD. François Fillon a en effet annoncé qu’il dirait finalement non au texte constitutionnel et invite les parlementaires à le suivre.

Un véritable camouflet pour Nicolas Sarkozy qui a appelé à approuver le texte et qui avait fait voter le bureau politique dans ce sens-là. Aujourd'hui, face aux revirements du gouvernement, le patron des Républicains explique qu'il lui ait "difficile d’avoir une position définitive". La réunion de groupe mardi des Républicains avant le vote solennel mercredi à l’Assemblée nationale s’annonce compliquée.

Acte 1 : une vingtaine de parlementaires appellent à voter contre

Le 21 janvier, premier pavé dans la mare à droite : une vingtaine de parlementaires dont Nathalie Kosciusko-Morizet, Hervé Mariton ou Patrick Devedjian signent une tribune dans Le Figaro intitulée "Nous ne voterons pas la révision constitutionnelle". Pour ces derniers, "cette révision est d’abord inutile" car "tout peut se faire dans la loi". "Ensemble, nous combattons ce projet inutile et dangereux", affirment encore les signataires avant de cibler directement leur propre camp : "Nous regrettons enfin l’effacement du débat à droite sur notre position de vote". Depuis, le nombre de députés hostiles à la révision constitutionnelle n’aurait cessé de grimper. "Entre 80 et 100 députés LR sont aujourd’hui sur le non", assure au JDD, Philippe Gosselin, lui-même signataire du texte.

Acte 2 : Juppé et Le Maire hésitants, leurs soutiens circonspects voire opposés

Le grand rival de Nicolas Sarkozy à la primaire Alain Juppé appelle à voter pour, mais du bout des lèvres. Le maire de Bordeaux n’y va pas par quatre chemins sur la déchéance de nationalité, une "réforme" qualifiée d’inutile : "son efficacité sera faible, voire nulle. Elle ne permettra pas de prévenir de nouveaux actes terroristes, elle ne dissuadera aucun djihadiste de se faire sauter”, déclare-t-il au JDD. Ses proches vont encore plus loin, certains s’opposant carrément à la révision constitutionnelle. C’est le cas du député de Seine-Maritime Edouard Philippe qui a signé la tribune des parlementaires dans le Figaro. Contacté par Europe 1, il fustige les conditions dans lesquelles s’est déroulé le bureau politique des Républicains le 6 janvier. Le maire du Havre raconte que Nicolas Sarkozy a réuni un bureau politique "sans que l’ordre du jour ne soit connu, sans que le texte constitutionnel ne le soit et sans que les groupes à l’Assemblée et au Sénat n’aient été informés".

De ce bureau politique sort une position commune : Les Républicains voteront pour même s’ils ont des conditions. Mais, rapporte Edouard Philippe, au fil des jours, "le non prospère". Ce dernier ne sait pas d'ailleurs quelle position sortira de la réunion de groupe mardi. Autre très proche d’Alain Juppé, Benoist Apparu. "A l’origine, 95% de la droite était pour la révision constitutionnelle", explique-t-il à Europe 1. "Mais au fur et à mesure, ça s’effiloche", ajoute-t-il, évoquant "un ras-le-bol" de "l’amateurisme complet du gouvernement". Celui qui était plutôt pour est maintenant "comme tout le monde, hésitant" : "je ne sais pas encore ce que je vais voter", confie-t-il à titre personnel. 

Une autre voix compte à droite, c’est celle de Bruno Le Maire. Lors de la réunion de groupe la semaine dernière, le chantre du "renouveau", bien que "favorable à la déchéance de nationalité", a également pris ses distances, mettant en garde contre un "bricolage constitutionnel". Une semaine plus tard, le glissement semble être encore plus prononcé. L’un de ses soutiens, le député des Hauts-de-Seine Thierry Solère explique à Europe 1 que la ligne sur laquelle lui et Bruno Le Maire étaient, reste celle du discours du Congrès avec une déchéance de nationalité pour les binationaux nés français. Mais avec les revirements du gouvernement, Thierry Solère prévient : "après le mariage pour tous et les impôts pour tous, on a la déchéance pour tous. Moi, je ne voterai pas l’apatridie dans la Constitution". Que va faire Bruno Le Maire ? "Je ne serai pas étonné qu’il ne vote pas l’article 2 de la révision constitutionnelle" (qui porte sur la déchéance de nationalité, ndlr.), répond Thierry Solère.

Acte 3 : Fillon s’oppose à la réforme

Dimanche, c'est un autre ténor des Républicains, François Fillon, qui enfonce le clou dans une tribune dans le JDD. Depuis le début, l’ancien Premier ministre considère qu’une révision de la Constitution n’est pas utile. "Depuis le 16 novembre, François Fillon ne cache pas son scepticisme concernant une refonte de la Constitution sur la déchéance de la nationalité", confie à Europe 1 l’un de ses bras droits Jérôme Chartier. Dans l’hebdomadaire, l’ancien chef de gouvernement va plus loin et "invite les parlementaires à dire 'non'". "S'il faut encore renforcer notre arsenal pour dissuader et sanctionner les terroristes, faisons-le par la loi, sans triturer notre Constitution", écrit-il.

Pour Jérôme Chartier, "il n’y a pas de coup politique à voir dans cette tribune". "Le bureau politique a exprimé son choix", mais in fine, explique le député du Val d’Oise, c’est bien les groupes parlementaires qui auront le dernier mot. Et avance-t-il, "beaucoup de parlementaires ne voient plus l’utilité d’une révision constitutionnelle".