Réseaux sociaux : Mahjoubi veut le même traitement "pour la haine que pour les tétons"

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Le secrétaire d’État chargé du numérique appelle les hébergeurs et les réseaux sociaux à faire preuve de la même promptitude dans la gestion des messages à caractère haineux que dans celles des contenus à caractère pornographique, supprimés en quelques minutes.

INTERVIEW

La justice est de plus en plus désarmée face au harcèlement en ligne et à la diffusion de messages haineux. Un phénomène en pleine expansion, et dont a notamment été victime notre journaliste Nadia Daam, menacée de mort et de viol par des utilisateurs du forum Blabla 18-25 sur jeuxvideo.com. "La haine est répandue dans la société et particulièrement sur les réseaux sociaux, à cause de la taille - il y beaucoup de monde, c'est facile de la répandre -, et de l'anonymat. Sur les réseaux sociaux, il est facile de se croire protéger et d'exprimer sa haine la plus profonde", explique lundi au micro de Patrick Cohen dans Europe Matin, Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État chargé du numérique. 

La responsabilité des hébergeurs. "Quand vous regardez ce qu'il s'est passé lorqu'une journaliste [Nadia Daam, ndlr] s'est faite massivement attaquée, on parlait de plusieurs dizaines de milliers de messages. Ce volume, c'est celui qui nous oblige à nous interroger sur les moyens de ré-attaquer. Quand une personne harcèle, on est capable de porter plainte, d’aller enquêter, mais quand il y en a dix mille, on fait comment ? Il faut se dire les choses, on ne pourra pas les amener devant la justice, parce que l'on ne pourra pas tous les identifier", explique le responsable gouvernemental qui, en conséquence, demande aux hébergeurs de prendre leur responsabilité. "Si on ne peut pas  judiciariser les dix mille personnes, on peut demander à l'hébergeur d'avoir une responsabilité face à ces contenus".

Davantage de réactivité sur les contenus. "Quand on accueille plus de deux millions d'utilisateurs, on a une responsabilité qui n'est pas comme les autres. On devient une place ou l'écho a une forte propagation", pointe-il. Mounir Mahjoubi réclame un traitement de ces contenus aussi rapide que pour la diffusion d'images à caractère pornographique. "On leur dit : vous qui êtes capables de vous mobiliser en quelques minutes pour un téton, mobilisez-vous pour un message de haine." Le secrétaire d'Etat cite notamment en exemple l'Allemagne, dont une loi récemment votée au Bundestag reconnait une responsabilité de la plateforme et des réseaux sociaux quant aux contenus diffusés. Ci ceux-ci ne sont pas correctement et rapidement modérés, l’hébergeur risque désormais une très importante amende.

Vers une nouvelle législation ? Pour Mounir Mahjoubi, la loi de 2004 pour la confiance dans l'économie numérique, et qui oblige les hébergeurs à gérer un contenu considéré comme illicite après signalement, est désormais dépassée par l'évolution de l'Internet. "Quand la loi a été créée, on n'imaginait pas ce type de structure que sont les méga-réseaux sociaux. On n'imaginait pas qu'il y aurait trois sites sur lesquels navigueraient quasiment 80% des Français. […] Il y a des sites qui ne sont pas comme les autres, qui ont une plus grande responsabilité parce qu'ils ont une plus grande surface dans nos vies : Google, Twitter et Facebook – pour citer ces trois-là -, sont tous les jours dans nos vies", pointe-t-il. Pour lui, ces sites doivent être contraints à s'auto-responsabiliser, avant qu'un tiers ne soit obligé de déposer un signalement face à un contenu illicite. "Peut-être que ça n'est pas possible avec ce que l'on a déjà et que, dans ce cas-là, il faut une nouvelle loi. C'est ce sur quoi nous travaillons avec la ministre de la Justice, le Premier ministre et Marlène Schiappa [la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, ndlr]. C'est un vrai sujet de travail en ce moment dans nos administrations", conclut-il.

>>> retrouvez ci-dessous l'intégralité de l'interview de Mounir Mahjoubi par Patrick Cohen :