Régionales : face au FN, la galère des socialistes inconnus

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Régionales : face au FN, la galère des socialistes inconnus
Pierre de Saintignon, tête de liste PS dans le Nord, et Christophe Castaner, tête de liste en Paca.@ PHILIPPE HUGUEN / BORIS HORVAT / AFP / MONTAGE EUROPE 1
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Aucun poids lourd de la gauche n'est candidat dans les régions où le Front national est en position de force.

D'abord, un petit test : connaissez-vous Pierre de Saintignon ? Non ? Pas de chance… Alors Christophe Castaner ? Non plus ? Mince… Et Carole Delga ? Pas mieux ? Fichtre ! Ces personnes sont pourtant têtes de liste du Parti socialiste aux élections régionales, respectivement en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, en Paca et en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Des régions où le Front national fait la course en tête dans les sondages et où la droite mise sur des poids lourds.

La contradiction est flagrante : François Hollande et Manuel Valls affichent leur volonté de combattre le FN pied à pied dans cette campagne. Et pourtant, sur le terrain, les ténors de la gauche ne se bousculent pas au portillon. Certes, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, vient d'officialiser sa candidature comme tête de liste en Bretagne et le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, s'est lancé en Ile-de-France. Mais dans les régions les plus exposées à la menace frontiste, c'est la désertion, et la campagne se résume bien souvent à un duel entre la droite et le FN.

Paca : le duel des "papillons médiatiques". En Paca, un sondage Odoxa publié dimanche donne Marion Maréchal-Le Pen gagnante avec 37% des voix au second tour, devant Christian Estrosi (34%). Relégué à la troisième place (29%), Christophe Castaner essaie tant bien que mal de se faire une place dans le paysage. "Je n'ai pas la notoriété de mes adversaires", admet bien volontiers le député des Alpes-de-Haute-Provence, contacté par Europe 1. "L'un et l'autre sont des papillons médiatiques installés dans un discours national. Mais moi, je parle de la région". Et Christophe Castaner a son contre-exemple tout trouvé : un certain Philippe Kemel, député PS du Pas-de-Calais, élu aux législatives de 2012 face à... Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. "A un moment donné, le vote de l'électeur ne correspond pas forcément à ce que les médias ont installé", veut-il croire.

Nord : le CSA saisi. Mais c'est surtout autour du cas Pierre de Saintignon que se concentrent les inquiétudes socialistes. Ces dernières semaines, la polémique a enflé en interne sur le manque de notoriété du candidat socialiste dans le Nord. Il faut dire que cet historique du PS lillois a été privé de page Wikipédia à son nom en raison de "critères de notoriété" insuffisants… Martine Aubry, qui apparaissait comme la candidate naturelle, a refusé d'aller au combat. Or, les adversaires de son poulain s'appellent Marine Le Pen (FN), que les sondages donnent en tête, et Xavier Bertrand (LR), qui distance la liste PS dans les enquêtes.

Pierre de Saintignon ne compte toutefois pas se laisser faire. Il a saisi vendredi dernier le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) pour se plaindre d'un déficit de temps de parole dans les médias. Et lorsqu'il trouve - malgré tout - un micro, lui aussi ne manque pas de se présenter comme un "élu du terrain" et d'affirmer que ses adversaires ne s'intéressent pas aux enjeux locaux. "Je suis le seul à parler de la région. D'ailleurs, je pense que je serai le seul à vouloir y rester, eux voudront en partir le plus vite possible", a-t-il asséné lundi sur BFMTV.

"Le vrai sujet, c'est la division de la gauche". Au PS, on estime cependant que l'étiquette "vu à la TV" ne change pas grand-chose à l'affaire. "La notoriété ne vous fait pas gagner dix points", dédramatise le député Christophe Borgel, le "M. Elections" du parti. Pour lui, "le vrai sujet, c'est la division de la gauche". Partout, les écologistes et le Front de gauche ont refusé de faire alliance avec le PS. Le "référendum pour l'unité" organisé ce week-end par Jean-Christophe Cambadélis n'y aura rien changé. "Pour l'union au premier tour, c'est foutu", lâche un cadre, qui réfléchit à voix haute : "si on avait envoyé Najat Vallaud-Belkacem en Auvergne-Rhône-Alpes, Aubry dans le Nord ou même Macron en Paca, est-ce que ça aurait créé une dynamique ? Honnêtement, je n'ai pas la réponse".

Alors, sans trop y croire, les socialistes espèrent limiter les dégâts. En Paca, "on n'est pas encore entrés dans la campagne", assure Christophe Castaner, qui débattra pour la première fois avec ses rivaux, mercredi à 18h30 sur Europe 1. La tête de liste en Paca compte sur "la régionalisation de la campagne" pour avancer ses pions. Et tenter de contrer les rouleaux compresseurs médiatiques qui menacent de l'écraser.