Régionales 2015, "l’élection locale la plus nationalisée de la 5e"

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Régionales 2015, "l’élection locale la plus nationalisée de la 5e"
@ ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
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La campagne des régionales débute officiellement lundi. Mais après les attentats du 13 novembre, les compétences des régions ne seront assurément pas au cœur des débats. 

"Jamais, dans l’histoire de la 5e République, une élection locale n’aura été autant nationalisée". Pascal Perrineau, le directeur du Cevipof, est on ne peut plus clair au moment d’évoquer le nouveau visage des régionales. Car si à chaque élection locale, les enjeux nationaux prennent le pas sur les enjeux départementaux, municipaux ou régionaux, ce sera encore plus vrai cette fois. Alors que la campagne officielle pour les élections des 6 et 13 décembre prochains débute lundi, le souvenir des attentats du 13 novembre reste évidemment dans tous les esprits. Et pèse sur la teneur des débats.

"Les événements nationalisent massivement les thèmes de la campagne". La campagne des élections régionales sera donc nationale. "En fait, ça continue et ça amplifie un mouvement déjà engagé. Comme toutes les élections intermédiaires, la campagne des régionales de 2015 faisait déjà l’objet d’un fort mouvement de nationalisation", précise le politologue. "Mais la dimension tragique des événements nationalise massivement les thèmes de la campagne."

Difficile en effet désormais pour les candidats de parler transports et éducation quand les électeurs s’enquièrent de la sécurité ou de la lutte contre le terrorisme. Et ce alors même que les conseils régionaux auront des compétences plus que limitées en la matière. "La région, seule, ne peut rien faire", confirme Jean-Luc Bœuf, spécialiste des collectivités locales. "La nationalisation va donner lieu à un scrutin étrange, puisque la campagne n’aura rien à voir avec le fond même de l’élection", conclut Pascal Perrineau.

"La gauche pourra sauver les meubles". Du coup, sur le terrain, "la tâche n’est pas facile pour les candidats", confie le directeur du Cevipof. Charge aux partis désormais de trouver le bon équilibre. "C’est un contexte que nous n’avons jamais connu, et la campagne ne peut pas reprendre comme avant les attentats", confirme Christophe Borgel, le "Monsieur élection" du Parti socialiste. "On parle désormais d’abord de compétences régaliennes de l’Etat. Mais il faut prendre cette élection au sérieux". Alors le PS s’est adapté et a opté pour une campagne moins offensive, plus discrète, faite de lettres envoyées aux électeurs et de rencontres avec les citoyens. "Nous voulons d’abord insister sur l’importance de cette élection pour répondre aux terroristes. D’abord, il faut aller voter", explique Christophe Borgel. "Mais faut aussi diffuser les programmes."

Quant à miser sur le rebond de la popularité de François Hollande - +7% selon un sondage Ifop pour le JDD -  qui infuserait positivement sur le résultat des candidats socialistes, on s’y refuse officiellement rue de Solférino. "Je ne me pose pas la question", assure ainsi Christophe Borgel. Pourtant, cela pourrait bel et bien jouer, même à la marge. "Cela permettra de sauver les meubles", estime Pascal Perrineau. "Mais cela n’inversera pas vraiment la tendance, n’invalidera pas l’échec de la gauche.  La droite va tout de même l’emporter et gagner une majorité de régions." Le politologue s’appuie notamment sur un sondage Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions, réalisé après les attentats, et selon lequel Christophe Castaner, le candidat PS en Paca, ne recueillerait que 16% des suffrages au premier tour.

Le FN se frotte les mains. Dans la même étude, c’est le FN et sa candidate Marion Maréchal-Le Pen qui sont donnés gagnants, au premier comme au deuxième tour. Car voilà bien le gagnant de la nationalisation de la campagne. Le parti de Marine Le Pen voit là la situation coller à ses thèmes de prédilection, et conforter par le virage sécuritaire décidé par François Hollande. Et s’en frotte les mains. "C’est avec un certain plaisir que je vois que à la fois l’UMP et le PS reprennent les arguments qui sont ceux du Front national depuis des dizaines d’années", souriait David Rachline vendredi soir sur Europe 1. "On voit bien que les solutions et les propositions du Front national étaient les bonnes", a-t-il insisté, résumant ainsi la posture du parti d’extrême droite désormais.

(A partir de 3'30''):


Le club de la presse Edition Spéciale (partie 2)par Europe1fr

Et cela pourrait payer. "La dynamique du Front national se prolonge. Dans l’esprit des électeurs, ce parti est lié depuis plusieurs décennies aux thématiques de la sécurité et de l’immigration", confirme Pascal Perrineau. "Avec en plus le fait que un ou plusieurs terroristes soient venus avec les migrants, cela encourage une fusion et une confusion des enjeux." Du coup, la perspective de voir le FN emporter deux régions, voire plus, est passée du possible au probable. Et d’autres partis, à la droite de la droite, comptent en profiter. Ce n’est "pas seulement" le FN qui en profitera, a pronostiqué Nicolas Dupont-Aignan sur Public Sénat. En pensant bien sûr à Debout la France, sa formation.

Stratégies divergentes à droite. Et c’est la droite qui se retrouve dans l’étau, entre un PS en regain de forme et un FN conforté. La nationalisation des débats, stratégie évidente pour le principal parti d’opposition, est finalement devenue gênante. Du coup, les Républicains se déchirent sur l’unité nationale, la respecter ou non. Et sur le terrain, les stratégies divergent. Xavier Bertrand, menacé par Marine Le Pen dans le Grand Nord, joue ainsi l’apaisement. A l’inverse, Christian Estrosi, en Paca, n’a plus de mots assez durs contre le FN. Enfin en Ile-de-France, Valérie Pécresse a décidé de miser sur la sécurité dans les transports. En témoigne sa dernière sortie, très commentée, sur la fraude dans le métro.

Un rebond de la participation ? Les attentats du 13 novembre ont donc profondément bouleversé la physionomie de la campagne des régionales. Ils pourraient aussi avoir un autre effet : celui de ramener les Français vers les urnes. Car en la matière, tous se retrouvent : "Voter, c’est résister". Pour exemple, Dominique Reynié, candidat LR en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et Carole Delga, son adversaire socialiste dans la même région, en ont fait leur credo le week-end dernier, l’un dans une réunion, l’autre dans une lettre. "L’élection va avoir lieu, et c’est très important qu’elle ait lieu, ça montre que la démocratie se défend", abonde Pascal Perrineau. "On s’achemine vers un sursaut de la participation. Les électeurs se disent ‘on nous consulte, il faut y aller’". 

>Retrouvez les résultats des élections régionales 2015