Réforme de l'université : gouvernement 1 contestation 0

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Réforme de l'université : gouvernement 1 contestation 0
L'Unef n'a pas réussi à mobiliser contre la loi de réforme de l'université avant les vacances de Noël, mais compte bien reprendre le combat à la rentrée.@ AFP
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Voté à l'Assemblée nationale, le projet de loi "sur l'orientation et la réussite des étudiants" n'a pas (encore) suscité de mécontentement populaire. Mais ses opposants ne désarment pas.

Elle est passée presque discrètement, sans remous ni concerts de casseroles. La loi sur "l'orientation et la réussite des étudiants", qui introduit une sélection à l'entrée de certaines filières universitaires, a été votée largement mardi après-midi à l'Assemblée nationale. Une telle mesure, si sensible et si décriée, laissait présager un tollé de l'opposition de gauche comme des syndicats étudiants, facs bloquées et manifestations à l'appui. À l'arrivée, rien de tout cela. Mais les opposants promettent une deuxième manche plus compliquée pour l'exécutif.

"Mettre le paquet à la rentrée". "Pour l'instant, on n'a pas réussi à mobiliser comme on l'aurait souhaité", reconnaît le député France Insoumise Eric Coquerel. "Même si des facultés se mobilisent isolément sur des sujets comme le manque de moyens, qui ne sont pas sans lien avec une réforme qui tente d'adapter le nombre d'étudiants aux universités au lieu de faire l'inverse." Mais l'élu de Seine-Saint-Denis rappelle aussi que le vote de jeudi n'est que celui de la première lecture du texte. Le projet de loi doit désormais partir au Sénat puis, s'il est amendé, revenir en seconde lecture à l'Assemblée nationale. "On va mettre le paquet à la rentrée pour défendre nos idées, c'est notre devoir", prévient Eric Coquerel.

Invité du Grand Rendez-Vous Europe 1, C News et Les Echos dimanche matin, Jean-Luc Mélenchon avait déjà appelé la jeunesse à se remobiliser après les fêtes. "Rendez-vous le 15 janvier, reprise de la session parlementaire", avait déclaré le député des Bouches-du-Rhône. "Le 15 janvier, les jeunes gens dans les lycées vont apprendre à quelle sauce ils vont être mangés à la fin de l'année et je pense qu'à partir de là, je l'espère, la jeunesse se mobilise pour défendre son droit à choisir ta vie."

Pour l'instant, on n'a pas réussi à mobiliser comme on l'aurait souhaité. On va mettre le paquet à la rentrée.
Eric Coquerel, député LFI

Des jeunes échaudés. Du côté de l'Unef, on ne se dit pas surpris de ce retard à l'allumage. "On a appelé à se mobiliser en ayant conscience que ça allait être difficile", assure Abdoulaye Diarra, le vice-président du syndicat étudiant. "D'abord parce que les jeunes restent marqués par une longue période de mobilisation 'non victorieuse'." Les différentes réformes du code du Travail, la loi El Khomri puis les ordonnances, ont en effet mis des milliers de personnes dans la rue, sans faire reculer pour autant les gouvernements successifs.

Pour Eric Coquerel, la faible mobilisation s'explique aussi par "la pression sociale qui existe sur les salariés pour les dissuader de faire grève, et qui pèse aussi sur les étudiants". "Aujourd'hui, la moitié d'entre eux travaillent pour payer leurs études", note le député. "Vous ratez moins facilement une journée de fac qu'il y a trente ans."

Bataille de communication. Surtout, la France Insoumise comme l'Unef reconnaissent que l'exécutif a, pour l'instant, gagné la bataille de la communication. "Le gouvernement fait passer cette loi comme un simple ajustement technique par rapport à un système de tirage au sort que tout le montre trouve scandaleux", regrette Eric Coquerel. "Evidemment, c'est bien plus que cela, mais cette communication, sans jamais utiliser le mot sélection, a nui à la visibilité de la loi." "Pour l'instant, cette réforme paraît lointaine et technique. Les jeunes ne mesurent pas ses effets concrets", abonde Abdoulaye Diarra.

À nous de montrer que le débat n'est pas entre le tirage au sort et la sélection, mais bien sur la sélection.
Abdoulaye Diarra, vice-président de l'Unef

Imposer les termes du débat. Tout l'enjeu pour l'opposition sera donc d'informer les premiers concernés et d'imposer ses propres termes pour discuter de la réforme. Le vice-président de l'Unef rappelle que "le gouvernement pose tout le débat avec le prisme de l'année dernière et ce tirage au sort que personne ne veut défendre. À nous de montrer que le débat n'est pas entre le tirage au sort et la sélection, mais bien sur la sélection". Le syndicat étudiant a élaboré sa stratégie : parler de la sélection à l'université dans chacune de ses campagnes, à commencer par celle SOS Examens, qui permet tous les ans d'informer les jeunes sur leurs droits pendant et après les épreuves. "Il nous faut par exemple montrer que le texte aura des effets sur les compensations comme les rattrapages", explique Abdoulaye Diarra.

Réseaux sociaux. L'Unef discutera également avec les autres syndicats étudiants pour mettre en place des actions communes. Qui peuvent, dans un premier temps, n'être pas forcément des appels à manifester. "On ne se prive d'aucun outil", souligne Abdoulaye Diarra. "Il est possible d'imaginer des actions sur les réseaux sociaux avant une manifestation traditionnelle." Après tout, la formule avait plutôt bien fonctionné sur la loi El Khomri, d'abord dénoncée par la militante Caroline de Haas dans une pétition qui avait dépassé le million de signatures. Le vice-président de l'Unef se dit "convaincu" que la partie va, une nouvelle fois, se corser pour l'exécutif. "C'est une réforme avec des effets très concrets, c'est toujours mobilisateur. Une génération entière contre une loi pareille, je suis persuadé que cela peut faire bouger le gouvernement."



Un vote très large

Les députés ont adopté la réforme de l'université mardi après-midi par 361 voix pour et 129 contre. Les groupes La République en marche!, MoDem et Constructifs se sont prononcés en faveur du texte. Les groupes La France insoumise et communistes, qui voient dans les nouvelles règles une tentative de "sélection déguisée", ont voté contre, comme le groupe Nouvelle gauche (ex-PS), malgré l'approbation d'un de ses amendements qui fixe un pourcentage minimal de boursiers dans les filières sélectives et notamment dans les classes préparatoires aux grandes écoles. Enfin, le groupe LR s'est également opposé au texte, qualifié d'"inachevé" et "inabouti".