Réforme de l’ISF : le coup de pression de l'opposition

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Réforme de l’ISF : le coup de pression de l'opposition
@ CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
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120 élus, issus principalement de la gauche, réclament une estimation exacte de l’impact de cette réforme. 

Après les cafouillages de l’exécutif sur la baisse des APL, les emplois aidés, les efforts demandés aux collectivités territoriales ou encore les écarts de langage du président de la République ("ceux qui ne sont rien", "fainéants", "ceux qui veulent foutre le bordel"), les députés de l'opposition veulent concentrer ses efforts sur la réforme de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), actuellement débattue à l'Assemblée nationale. 

Un appel dans Libération. La suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), remanié en impôt sur la fortune immobilière (IFI), n’est pas suffisamment claire pour l’opposition. Dans les colonnes de Libération, ce mercredi, 120 élus, issus principalement des rangs de la gauche – députés de La France insoumise, de la Nouvelle Gauche, du PC, sénateurs socialistes, PC et Jean-Christophe Lagarde (UDI) - signent un appel intitulé "Impôts des riches : dîtes-nous la vérité !".  

Ces élus veulent connaître les chiffres réels des avantages accordés aux plus fortunés. Ils "appellent le gouvernement à publier l'étude d'impact précise des mesures fiscales d'Emmanuel Macron, largement favorables aux contribuables les plus riches, afin d'éclairer le débat budgétaire qui s'ouvre à l'Assemblée nationale". Interpellé par la socialiste Valérie Rabault dans l'hémicycle, mercredi après-midi, le ministre des Finances Bruno Le Maire a immédiatement rétorqué que "tous ceux qui voudront des chiffres les auraient", sans violer pour autant "le principe du secret fiscal".

La première mesure qui fait tousser les élus (y compris certains LREM). Après une mobilisation autour des ordonnances pour la réforme du code du travail qui n’a eu l'ampleur espérée par ses initiateurs, l’opposition veut trouver un point d’ancrage. L’ISF arrive à point nommé. Olivier Faure, le président du groupe Nouvelle Gauche au Palais Bourbon, sent bien qu’un cas de conscience peut se poser chez certains députés La République en marche (LREM) issus du PS. "Nombre d’entre vous, qui avez combattu avec vigueur le 'bouclier fiscal' de Nicolas Sarkozy, ne pouvez assumer d’être les auteurs d’une véritable 'armure fiscale", écrit-il dans une lettre ouverte.

Encore un peu court ? Reste l’opinion publique que vise l’opposition. Et les faits penchent plus en faveur du gouvernement. Selon un sondage Odoxa publié le 18 septembre dernier dans Les Echos, plus d’un Français sur deux (54%) se dit favorable à la transformation de l’ISF. "Le pays reste, pour le moment, dans une position attentiste", estime Stéphane Rozès, ancien directeur de l’institut CSA et actuel président de CAP (Conseils, analyses et perspectives). "Tant que la logique macroniste de dépassement du clivage droite-gauche survit, l’opposition aura du mal à exister". Mais de rester méfiant sur la pérennité de la confiance dans l’action gouvernementale : "si Emmanuel Macron se perd dans une politique de rabot, comme c’est le cas en ce moment, il perdra ce qui a fait sa force, la profondeur de champ". A ce moment, peut-être, l’opposition sera plus audible.