27/11/2017 - 11h54

Questure : le cas Solère crispe l'Assemblée

© Martin BUREAU / AFP

Le week-end a été riche en recomposition politique. La création du parti "Agir" par des élus Constructifs d'un côté, et le ralliement à La République en marche! de plusieurs ex-LR de l'autre, ont acté la clarification de la droite. Mais aussi engendré une polémique sur la gestion financière de l'Assemblée.

Le cas Solère. En cause : le poste de questeur occupé par le député Thierry Solère. Au nombre de trois, les questeurs du Palais Bourbon sont chargés "des services financiers et administratifs", explique le Règlement de l'Assemblée nationale. "Aucune dépense nouvelle ne peut être engagée sans leur avis préalable." Les questeurs ont donc un rôle crucial, en plus d'avantages en nature importants. Majorité et opposition sont supposées se partager les trois postes disponibles. Traditionnellement, deux sont en effet réservés à la première, le troisième à la seconde.

Or, Thierry Solère, élu sous l'étiquette LR, a ensuite cofondé le groupe des Constructifs. À l'époque déjà, son élection à la questure aux côtés de deux députés LREM avait ulcéré ses anciens camarades Républicains. Ces derniers considéraient que les Constructifs n'étaient pas vraiment dans l'opposition au vu de leur bienveillance envers la majorité. Maintenant que Thierry Solère a adhéré à LREM, la question ne se pose même plus : le parti majoritaire dispose bel et bien des trois postes de questeurs.

"Pas acceptable". Et la droite s'étrangle de nouveau. "Que les trois questeurs de l'Assemblée nationale appartiennent au même parti, ce qui n'est jamais arrivé dans la 5ème République, ce n'est pas acceptable", a tempêté Laurent Wauquiez, dimanche, au micro d'Europe 1. "Il faut qu'il y ait plus de diversité dans la parole républicaine." Sur Twitter, les députés LR n'ont pas mâché leurs mots. "La décence impose la démission [de Thierry Solère] afin de respecter les droits de l'opposition !", a lâché le député du Pas-de-Calais, Pierre-Henri Dumont. "Pas question d'avoir les trois questeurs chez En Marche, c'est une question de respect de la démocratie", a renchéri Daniel Fasquelle.







Le Règlement de l'Assemblée modifié. Thierry Solère, lui, n'est pas de cet avis. "Je n'ai aucune raison de démissionner", a expliqué le néo-marcheur sur BFM TV dimanche. "Le poste de questeur n'appartient pas aux partis politiques. Je suis élu pour un an. En octobre prochain, il y aura une nouvelle élection, je dirai le moment venu si je suis à nouveau candidat à une fonction de questeur ou à une autre au sein du Parlement. Et ce sont les 577 députés qui décideront, à bulletin secret."

L'élu des Hauts-de-Seine appuie son argumentaire sur le Règlement de l'Assemblée nationale, qui dispose dans son article 10 que "l'élection des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires a lieu en s'efforçant de reproduire au sein du Bureau la configuration politique de l’Assemblée". "En s'efforçant", donc, mais sans obligation de résultat…du moins jusqu'à il y a quelques semaines, lorsque le Règlement a été modifié pour s'assurer que les droits de l'opposition seraient bien respectés. Mais Thierry Solère ayant été élu avant ce changement, il compte bien passer outre. "Pas brillant…voire minable", a commenté le député LR Julien Aubert sur Twitter.


À gauche, le règlement de l'Assemblée nationale avant modification. À droite, les changements introduits à l'automne, notamment un système de points qui garantit une représentation de l'opposition à la questure.

 

"Savoir rendre un poste à l'opposition". Le problème, c'est que plusieurs élus de la majorité ne semblent pas très à l'aise avec cette situation inédite et peu démocratique. François-Michel Lambert, élu LREM des Bouches-du-Rhône a, le premier, exprimé ses doutes sur Twitter. "À nous de savoir rendre un des postes à l'opposition. Je suis pour la démission de [Thierry Solère] du poste de questeur", a-t-il écrit. La porte-parole du groupe majoritaire à l'Assemblée, Aurore Bergé, lui a emboîté le pas lundi matin sur RFI. "Je pense qu'en effet il faut que l'opposition puisse être représentée. Il faut qu'on ait ce débat en interne." Une idée également partagée par l'élu du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin, qui souhaiterait même élargir un peu le sujet du débat. "Il serait sage de supprimer les avantages liés aux trois postes de questeurs", a-t-il déclaré.



Le président de l'Assemblée nationale lui-même, François de Rugy, semble sur la même longueur d'onde. Dans un communiqué publié à la mi-journée lundi, il a estimé qu'il lui revenait, "face à la situation nouvelle", "de rechercher, avec les groupes politiques, les solutions qui permettront à l'Assemblée de continuer à fonctionner en respectant les principes d'équilibre et de juste représentation de toutes ses composantes politiques".