Quand le Stif délocalise, le PS s'agite

  • A
  • A
Quand le Stif délocalise, le PS s'agite
Autant dire que lorsque la région qu'il préside délocalise, Jean-Paul Huchon donne le tournis aux socialistes et du grain à moudre à la droite.@ MAXPPP/REUTERS
Partagez sur :

L'Ile-de-France, présidée par la gauche, a choisi un call center au Maroc, suscitant moult réactions.

Le "timing" ne pouvait pas tomber plus mal. Jean-Paul Huchon, le président socialiste de la région Ile-de-France, a décidé d'attribuer un marché à un prestataire dont la plateforme téléphonique se trouve au Maroc. La société Webhelp, qui travaillait depuis 2006 pour le Stif (l'autorité organisatrice des transports en Ile-de-France présidée par Jean-Paul Huchon)  et qui a été écartée assure que 80 emplois seraient menacés en France.

Il n'en fallait pas tant pour embarrasser le gouvernement qui, au même moment, essaie de rapatrier les centres d'appel des opérateurs télécoms en France. Pour éviter les suppressions d'emplois dans le secteur et relancer l'investissement, l'exécutif doit présenter à la rentrée des mesures de soutien. Autant dire que lorsque la région qu'il préside délocalise, Jean-Paul Huchon donne le tournis aux socialistes et du grain à moudre à la droite.

Acte I : Montebourg presse Huchon

Invité sur Europe 1 vendredi matin, le ministre du Redressement productif enjoint Jean-Paul Huchon de revoir la décision "en remettant l'appel d'offres sur le métier de manière à ce que les services publics eux-mêmes ne soient pas prisonniers de règles qui contribuent à délocaliser les emplois".

"Nous nous battons pour les relocaliser, ce n'est pas pour accepter qu'on les délocalise", ajoute Arnaud Montebourg, qui s'est récemment distinguer par son bras de fer avec la famille Peugeot dans le dossier PSA.

Acte II : Huchon justifie la décision

Jean-Paul Huchon

© ©Jonathan Rebboah/Wostok Press

Dans la matinée, la réaction de Jean-Paul Huchon ne tarde pas. Dans une lettre au ministre du Redressement productif, le socialiste s'explique. Selon lui, le Stif "n'a eu d'autre choix" que d'attribuer ce marché à un call center au Maroc en raison du code des marchés publics. Jean-Paul Huchon juge notamment "nécessaire" de prendre en compte la "concurrence en provenance d'Etats où les règles de droit social et de droit du travail sont peu exigeantes". Le socialiste propose "d'introduire une clause de préférence communautaire dans les cahiers des charges des marchés publics".

Une source gouvernementale, citée par l'AFP, fait toutefois valoir que le Stif aurait pu à l'origine faire en sorte d'étayer son appel d'offres afin que l'emploi soit préservé en France, et non pas retenir que le seul critère du "moins-disant".

Acte III : L'UMP francilienne monte au créneau

valérie pécresse

© REUTERS

L'ancienne ministre et chef de file de l'opposition au conseil régional se délecte d'un tel pataquès. Pour Valérie Pécresse, la gauche est prise "en flagrant délit de contradiction". La gauche était "unanime" lorsqu'une "délibération" visant à une telle délocalisation a été prise en juillet lors du conseil d'administration du Stif, observe Valérie Pécresse. La rivale de Jean-Paul Huchon dans la course à la présidence de la région en 2010 ne manque pas non plus de souligner que l'UMP, en revanche, "a voté contre ce marché qui menace directement 80 emplois en France".

Pour Geoffroy Didier, conseiller régional d'Ile-de-France et secrétaire national de l'UMP, la décision de Jean-Paul Huchon est "choquante et même indécente au regard des nécessités de l'emploi en France". Le député radical de la Seine-et-Marne Yves Jégo estime, lui, que Jean-Paul Huchon doit "garantir aux Franciliens qui financent le Stif à travers leurs impôts et leur Pass navigo que les emplois concernés seront maintenus en France".

Acte IV : Hollande temporise

Hollande Montebourg Valeo

© Reuters

En marge d'un déplacement dans les Yvelines, le chef de l'Etat tente de calmer le jeu. Rejetant la "surenchère protectionniste", François Hollande souligne que le Stif a respecté les règles en matière de marchés publics en l'espèce. Le président de la République demande, au passage, à tous les responsables publics d'être très attentifs, chaque fois qu'il est possible, en fonction des règles (...) qu'il y ait un choix qui puisse être favorable au travail en France".

Acte V : Huchon promet de plancher

Jean-Paul Huchon ne semble pas être resté sourd à l'appel du chef de l'Etat. Le président de la région Ile-de-France promet d'"étudier toutes les voies légales possibles" pour faire face à cette situation. Soulignant une nouvelle fois que "le Stif a scrupuleusement respecté le code des marchés", le socialiste indique qu'il "évoquera les suites à y donner avec l'ensemble des élus du Stif" et qu'il "associera l'ensemble des collectivités à ses démarches".

Acte VI : Webhelp contre-attaque

La société Webhelp, retoquée par la région Ile-de-France, compte bien surfer sur la polémique. Celle-ci décide d'attaquer ce marché en référé, annonce son président, Frédéric Jousset, faisant état de plusieurs vices de procédure.

Ironie de l'histoire, il s'agit d'un centre d'appels destiné à informer chômeurs et titulaires des minima sociaux sur leurs droits aux transports.

Acte VII : l'UMP va demander un audit

Sur Europe 1 vendredi soir, Valérie Pécresse promet de ne pas en rester là. "Aujourd'hui nous voulons aller beaucoup plus loin parce que ce qui s'est passé sur cette société en Ile-de-France, ce n'est pas la première fois", explique l'élue francilienne. "Nous avions (déjà) dénoncé les marchés d'appel public des voitures de l'Ile-de-France. Sur ces 58 voitures, il n'y en a qu'une qui est fabriquée en France. Les régions socialistes doivent être aujourd'hui exemplaires", ajoute Valérie Pécresse. L'ex-ministre annonce la couleur : "nous allons demander un audit de tous les marchés publics de la région Ile-de-France au regard du critère de l'emploi en France".

Selon elle, le Code des marchés publics "donne les moyens de faire prévaloir l'emploi". Valérie Pécresse estime que la région aurait dû  "déclarer ce marché infructueux pour motif d’intérêt général" (ce qu'il est d'après elle toujours possible de faire, le marché n'ayant pas encore été notifié) et "elle l'aurait relancé en mettant en avant non pas comme premier critère le prix (...) mais celui de la qualité de service et en mettant dans la qualité de service le fait que l'emploi des personnes non qualifiées était privilégié".