PS : Aubry cachée derrière Ayrault ?

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PS : Aubry cachée derrière Ayrault ?
Le Conseil national du PS se réunit mercredi pour enregistrer les "contributions" des différents courants, avant le prochain congrès d'automne qui validera les "motions", dessinant les rapports de force au sein du parti.@ MAXPPP
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En vue du congrès du PS, la première secrétaire dépose une contribution avec le Premier ministre.

Alors que doit se tenir un Conseil national pour enregistrer les "contributions" des différents courants, avant le prochain congrès d'automne qui validera les "motions", le Parti socialiste semble avoir l'horizon dégagé devant lui. Régionales, cantonales, présidentielle, législatives : la vague rose a emporté toutes les élections. Et il semble loin le temps de la guerre des éléphants, qui déchirait le parti jusqu'au congrès de Reims de 2008 et l'arrivée de Martine Aubry à sa tête, après une guerre fratricide contre Ségolène Royal. Mais...

Car rien n'est simple rue de Solférino. Martine Aubry laisse planer le doute sur ses intentions, Benoît Hamon va à l'encontre de son patron Premier ministre, les Hollandais se sentent isolés… Europe1.fr défriche les enjeux de l'acte I du Congrès socialiste.   

À quoi sert le Conseil de mercredi ? Les socialistes vont enregistrer les "contributions". Pour comprendre de quoi il relève, un petit point de vocabulaire s’impose. En langage socialiste, "une contribution" est un texte d’intention qui constitue la première phase de la préparation du congrès. Les différentes sensibilités du parti ont jusqu'au 18 juillet, date du conseil national du parti, pour déposer la leur. S'il est possible de signer plusieurs contributions, ce ne sera ensuite pas le cas pour les motions, la seconde étape. Ces dernières, représentant en général des courants, seront débattues en congrès.

Les motions du congrès définiront le partage des postes au sein de la prochaine direction, ainsi que la ligne politique du PS et son rôle de parti majoritaire. 

Quels enjeux pour Martine Aubry ? Ce conseil intervient en plein période d'interrogations sur l'avenir de la Première secrétaire. Rempilera, rempilera pas… La maire de Lille sait maintenir le suspens. "Elle veut partir. Elle l'a dit devant le bureau national de mardi dernier", affirme d'un côté le secrétaire national aux élections, Christophe Borgel.

"Je pense qu'elle n'a pas décidé car elle est obsédée par la mise en place d'une bonne équipe de relève. Comme celle-ci ne se dessine pas, elle ne veut pas laisser le témoin à terre", expliquait de l'autre côté, la semaine dernière, un proche de la Première secrétaire.

"Elle est poussée par ses proches à rester. Et elle restera si on lui impose François Rebsamen", avance encore un autre cadre du parti.  


Le nom d'Olivier Faure, proche de François Hollande, a un temps été pressenti comme premier signataire de la future motion Aubry-Ayrault. Mais dans un communiqué, le principal intéressé a "formellement" démenti ce qu'il qualifie de "rumeur". "Cette candidature n’a jamais été évoquée par les intéressés, ni aucune autre d’ailleurs", assure-t-il. 

» Lire sur ce sujet : Qui veut la place de Martine Aubry ?

Quelle position adopte la Première secrétaire mercredi ? Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry ont voulu serrer les rangs socialistes avec une contribution commune. Une manière pour la Première secrétaire de repousser la précision de ses intentions en se cachant derrière un soutien au gouvernement?

"La perspective du congrès ne doit pas empêcher que la cohérence s'exprime. L'action du gouvernement doit s'inscrire dans la durée", a simplement expliqué le vice-président du groupe PS à l'Assemblée, Philippe Martin. "Après le Premier ministre, Martine Aubry a répété la nécessité d'un groupe et d'un parti qui ne soient pas muets, sans avoir des désaccords surjoués", a encore résumé le député du Gers. "Au Parti socialiste, il n'y a jamais véritablement de verrouillage. Il y a un sentiment de responsabilité et je ne doute pas qu'il sera majoritaire au PS", a poursuivi Philippe Martin, qui compte parmi les proches de la première secrétaire.

L'automne nous dira si la maire de Lille se décidera finalement à déposer une "motion" et à briguer la tête du parti. 

» Lire sur le sujet : "Aubry et Ayrault jouent l’unité, mais…"

La contribution Ayrault-Aubry sera-t-elle majoritaire ? Sauf immense coup de théâtre, oui. Car les principaux courants se rangent derrière elle. Mais elle est loin de faire l'unanimité. Ministre délégué à l'Economie solidaire, et chef de file de l'aile gauche du PS, Benoît Hamon va passer outre, en signant le texte de ses amis du courant "Un monde d'avance" (UMA), a affirmé l'un d'eux, le député Régis Juanico.

Contrairement au congrès de Reims en 2008, Benoît Hamon ne sera toutefois pas candidat au poste de premier secrétaire lors du congrès de Toulouse, a ajouté Régis Juanico. Son courant décidera ou non de défendre une motion à l'automne.

La contribution générale du courant UMA s'intitule, non sans ironie, "Le changement c'est maintenant", reprenant le slogan de campagne de François Hollande. Sur le fond, ce texte traduit l'opposition de cette aile gauche du PS à l'actuel traité européen de discipline budgétaire, qualifié de "verrou libéral-conservateur". La France doit encore ratifier ce traité, et le Premier ministre a avancé la date de fin septembre pour le débat au Parlement.

» Lire : "la zone euro se dote d'un pacte de croissance"

Plusieurs autres contributions sont attendues avant le conseil national mercredi: des textes personnels (le sénateur Gaëtan Gorce, candidat au poste de Premier secrétaire, Gérard Filoche), ou issus de mouvements minoritaires (Pôle Ecolo et Utopia), ainsi qu'un texte intitulé "de la rénovation à l'innovation" paraphé par des proches d'Arnaud Montebourg.

L'ex-député socialiste Julien Dray a innové en déposant une contribution au débat sur l'avenir du PS sous la forme d'une pièce de théâtre en deux actes, mettant en scène plusieurs militants dénonçant le faible coût de pouce au Smic décidé par le gouvernement ou le surendettement du pays.

» Lire sur le JDD.fr : "PS, la contribution qui dérange"

Quid des soutiens de François Hollande ? Selon le Nouvel Observateur, les soutiens historiques du président de la République voient d’un très mauvais œil la contribution unique signée par Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault, qui verrouillerait selon eux le parti. "Il faut rééquilibrer le bureau national. Nous avons été ignorés après le congrès de Reims. Il faut trouver un équilibre entre les soutiens de François Hollande et les autres", lâche Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture.

Toujours selon l'hebdomadaire, voilà plusieurs jours que les réunions se multiplient, rassemblant des historiques comme Faouzi Lamdaoui (conseiller du président) ou Kader Arif (ministre délégué aux anciens combattants), ou encore une vingtaine de "jeunes nouveaux membres".

» Lire : "ils sont les intimes de François Hollande" 

La garde du président signera mercredi la contribution Ayrault-Aubry, assure Stéphane Le Foll. Mais qu'en sera-t-il en septembre ?