Pro ou anti-Macron, le nouveau clivage

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Pro ou anti-Macron, le nouveau clivage
@ DOMINIQUE FAGET / AFP
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Alors qu’il ambitionne de transcender le clivage droite-gauche, le ministre de l’Economie, qui a lancé son mouvement mercredi soir, suscite lui-même des avis franchement tranchés. 

On l’aime ou on le déteste, mais une chose est sûre, Emmanuel Macron ne laisse personne indifférent. Depuis qu’il a lancé son mouvement politique, "En marche !", mercredi à Amiens, le ministre de l’Economie est au cœur des discussions au sein de la classe politique. Et comme souvent avec l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée, les réactions sont tranchées, en bien ou en mal. Si bien que celui qui souhaite dépasser le traditionnel clivage gauche-droite, qui régit la vie politique française depuis plus de deux siècles, devient à lui seul l’objet d’un autre clivage entre les pro et les anti-Macron.

  • Les Anti

Le ni de droite ni de gauche "absurde" pour Valls. Et les plus nombreux, dans la seconde catégorie, se trouvent à gauche, où Emmanuel Macron, souvent, agace, voire énerve carrément. En particulier quand il refuse de se proclamer de gauche. "La seule erreur que j'ai vue dans ce lancement, (c'est) de vouloir faire cette indifférenciation entre la droite et la gauche. Alors je lui dis : assume d'être à gauche, Emmanuel !’", a lancé Bruno Le Roux, chef de file des députés PS à l’Assemblée, vendredi matin sur LCP. Même tonalité chez Manuel Valls, qui prend depuis de nombreuses semaines ombrage de la surexposition médiatique et de la popularité de son ministre. "Il y a forcément des forces politiques. Il y a même une gauche et même une droite. C'est ainsi que fonctionne notre démocratie. Il serait absurde de vouloir effacer ces différences", a déclaré le Premier ministre jeudi soir, en marge d’un déplacement à Metz.

Moi je suis résolument de gauche, donc je n'entre pas dans le champ de recrutement possible de ce mouvement gratuit

Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS et pas franchement fan du ministre de l’Economie, s’est montré encore plus grinçant. "Ce n'est pas le premier (à se déclarer) ni de droite, ni de gauche. Moi je suis résolument de gauche, donc je n'entre pas dans le champ de recrutement possible de ce mouvement gratuit", a taclé le député de Paris jeudi lors du Talk Le Figaro. "Vous savez, dans ma vie politique, des modernes qui ont terminé pas aussi bien qu'ils le pensaient, j'en ai vu des légions", a-t-il aussi prévenu.

"L’imposture de la modernité". Et comme d’habitude, la gauche de la gauche a la main lourde, à l’image de David Cormand, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Vets. "Ce qu'il raconte, c'est la grande coalition, c'est la même chose depuis Balladur", a-t-il à quelques journalistes. "C'est l'imposture de la modernité dans une course à l'échalote à qui sera le plus moderne mais sur le fond c'est une vision archaïque, ringarde de la société et des solutions pour s'en sortir", a insisté le responsable écologiste.

Emmanuel Macron "est quelqu'un qui pense que la précarisation du salariat est l'avenir de nos sociétés, je ne le crois pas. Le ni-droite ni gauche, c'est une mode qu'il enfourche et qui est toujours en fait le masque de ceux qui finiront à droite et qui mènent des politiques de droite", a jugé de son côté le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent. "Les gens qui ont mis en panne tout le système et l'économie du pays et qui font un truc qui s'appelle ‘En Marche’, ça me fait rire", a renchéri Jean-Luc Mélenchon.

La droite n’est pas en reste. Alain Juppé, que beaucoup pensent proche, idéologiquement, d’Emmanuel Macron, s’est lui aussi montré sévère. "Un de nos principaux ministres, celui qui est chargé de l'économie, au lieu de s'intéresser à son métier de ministre, vient de créer un nouveau parti pour préparer sa future trajectoire politique", a taclé l’ancien Premier ministre depuis la Martinique, selon des propos rapportés par Europe 1. "Vous pensez que c’est à ça qu’un ministre doit consacrer son temps aujourd’hui ? Créer un nouveau parti plutôt que de faire son boulot de ministre ?"


Pour Juppé, Macron ferait mieux "de faire son...par Europe1fr

Henri Guaino s’est montré beaucoup plus virulent à l’égard d’Emmanuel Macron. "Il est connecté sur sa réalité à lui. C'est la politique des dîners en ville", a asséné l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy sur France 2. "J'ai horreur de la politique qui fait des discours de droite, se dit de gauche, et cherche à faire de la politique centriste dans la pire version du centrisme. Je déteste une politique qui se dit sociale-libérale et qui n'est en réalité que libérale et absolument pas sociale, je déteste une politique qui cherche à dresser les Français les uns contre les autres tous les jours", a-t-il insisté. C’est dit.

  • Les pro

A chaque fois qu'il dit quelque chose d'intéressant, son gouvernement lui dit de la fermer

La droite et Gattaz applaudissent. Pourtant, à droite, nombreux sont ceux qui disent ouvertement apprécier le ministre de l’Economie, et ça encore été le cas après le lancement d’"En marche !". "Il n'y a pas d'incompatibilité entre les sensibilités, les deux tempéraments, les deux cultures, je trouve. Qu'il y ait, dans l'avenir, des partenariats, je ne sais sous quelle forme, ça ne me paraît pas impossible", a réagi Jean-Pierre Raffarin sur France 2. Même proximité pour Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI. "Emmanuel Macron me semble parfaitement compatible avec l'UDI", a déclaré le député centriste.  Mais il se trouve coincé dans un paradoxe : à chaque fois qu'il dit quelque chose d'intéressant, son gouvernement lui dit de la fermer", a-t-il fait mine de regretter ensuite.

Même blanc-seing du côté de Pierre Gattaz, le président du Medef. "J'aime bien l'initiative d'Emmanuel Macron. Je trouve que c'est rafraichissant, que ça permet de sortir de la politique politicienne", a assuré le patron des patrons. "Lorsqu'il dit que l'économie de marché n'est ni à droite ni à gauche, c'est ce que j'essaie de répéter depuis des années, donc je suis tout à fait en phase avec ça".

Des soutiens, quand même, au gouvernement. Taclé par Manuel Valls, le ministre de l’Economie a tout de même quelques soutiens au gouvernement. "Notre pays a besoin d'une gauche qui se dépasse et d'une gauche qui assume ses responsabilités. De ce point de vue Emmanuel Macron participe à cela, tant mieux. Et l'essentiel c'est de participer à un dispositif global pour faire gagner la gauche l'année prochaine", a affirmé Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement. "Emmanuel Macron est un atout pour ce gouvernement", a abondé la ministre du Travail, Myriam El-Khomri sur RTL. "Emmanuel Macron a beaucoup de créativité et je crois qu'à un moment où il y a une sorte de désaffiliation des partis politiques, une désaffection de ces partis, tout ce qui peut concourir à rapprocher les citoyens de la politique, est pour moi quelque chose qui est assez vivifiant, important", a-t-elle conclu.