Présidentielle : où sont passées les stars du show-business ?

Franck de Lapersonne 1280 JEFF PACHOUD / AFP
Franck de Lapersonne est l'un des rares comédiens à s'afficher ouvertement pour un candidat. © JEFF PACHOUD / AFP
  • Copié
Virginie Salmen, édité par A.H.
Rien à y gagner pour les candidats, tout à y perdre pour les artistes : contrairement aux précédentes campagnes présidentielles, les stars françaises ne roulent plus officiellement pour un candidat.
L'ENQUÊTE DU 8H

Il n'est pas rare, au cours des campagnes présidentielles, de voir s'afficher les stars au bras des candidats (ou l'inverse). Mais cette année, l'époque a changé. Les artistes français ont-ils déserté le terrain politique ? 

La mode est passée. Lundi soir, Line Renaud, Catherine Lara ou encore Pierre Arditi, engagés politiquement depuis des décennies, ont été aperçus au meeting d'Emmanuel Macron à Bercy. Une image particulièrement rare dans cette campagne présidentielle. "On se souvient de l'effervescence autour de Valéry Giscard-d'Estain en 1974, ou du mouvement "Tonton laisse pas béton", initié par Renaud en 1988 (pour l'élection de François Mitterrand, ndlr). Là, on voit au contraire que ce n'est plus la mode. Les Français n'attendent pas ça. Ils attendent d'un candidat qu'il regarde la France au fond des yeux, une sorte de proximité identificatoire : 'l'homme politique me ressemble, il est comme moi', plutôt que 'il est proche de tel ou tel acteur'", indique Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop.

Peu de stars aux meetings des candidats. Au grand rassemblement de Benoît Hamon, mercredi soir, ne vous attendez pas à voir débarquer Yannick Noah ou Benjamin Biolay. À l'affiche, on compte Tahiti 80, un membre du groupe Kassav ou la chanteuse Clarika… Un choix pleinement assumé par l'équipe du candidat, qui explique que ces groupes sont "à l'image de la France", qu'ils représentent la diversité culturelle et le métissage. 

Le ras-le-bol des people, François Fillon en a carrément fait une stratégie : pas de paillettes dans sa campagne ! Dans les rangs des soutiens de Marine Le Pen, cette année, on compte une célébrité : Franck de Lapersonne, cet éternel second rôle aux cheveux roux que vous avez forcément vu dans un film de Claude Chabrol ou de Bertrand Blier. 

Les stars ne veulent plus y aller. Même les artistes en ont assez. Il faut dire que certains y ont perdu des plumes, comme le chanteur Faudel ou le rappeur Doc Gyneco, surexposés lors de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. L'acteur Charles Berling, soutien de gauche, présent à un meeting de François Hollande en 2012, est résolu à ne plus s'afficher avec un candidat. "Les politiques vous demandent si ça vous intéresse de les rencontrer. Vous dites oui. Mais dès lors, vous avez quinze micros et quinze caméras autour de vous, et vous apparaissez directement comme 'un soutien à'. Maintenant, c'est ça qui me gonfle, et je ne veux pas y retourner", assure-t-il.

Rien à y gagner. Et si désormais, les politiques se passent de la présence d'artistes dans leur campagne, c'est aussi parce qu'aucune enquête d'opinion ne permet de dire si cela rapporte des voix. Quand les sondeurs demandent aux électeurs si les marionnettes des Guignols pèsent dans leur vote, la réponse est non. Et personne ne cite un acteur ou un chanteur qui l'aurait influencé. Le 21 février dernier, dans le studio d'Europe 1, le comédien Nicolas Bedos déclarait : "Je pense que si je disais ce que je vais voter, ça ferait beaucoup de bien aux autres candidats. L'élection de Trump a achevé de prouver à tout le monde que l'avis des bobos, des artistes, des auteurs dont on s'imagine, pas à tort, qu'ils sont bien lotis dans un petit appartement parisien, ça énerve plus que tout, donc je suis pour Marine Le Pen", a-t-il déclaré, arguant du fait que "c'était le meilleur moyen de lutter contre elle."

En effet, démonstration a été faite aux Etats-Unis : Hillary Clinton avait derrière elle les plus grandes stars de la chanson et du cinéma, qui huaient d'une même voix Donald Trump. Preuve qu'ils n'influencent que peu d'électeurs.