Présidentielle : les trois obstacles sur la route d'Emmanuel Macron

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Présidentielle : les trois obstacles sur la route d'Emmanuel Macron
@ MATTHIEU ALEXANDRE / AFP
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Populaire, l'ancien ministre de l'Économie doit néanmoins éviter de disparaître des radars médiatiques, se trouver une base électorale plus solide ainsi que des moyens financiers pour faire campagne.

Officiellement, il n'est pas encore candidat à la présidentielle 2017. En annonçant sa démission du ministère de l'Économie, Emmanuel Macron a simplement dit vouloir "être libre de proposer, d'agir, de rassembler autour d'un projet". Mais ce projet étant élaboré "pour 2017" avec l'appui d'un mouvement, En Marche!, qui a tout du parti politique, une candidature de l'ancien secrétaire général de l'Élysée reste une hypothèse plus que crédible.

Pour le porter vers la présidentielle, Emmanuel Macron peut compter sur sa popularité. Selon un sondage Ifop pour Europe 1 publié mercredi, 84% des Français estiment qu'il a "eu raison" de démissionner. "L'opinion lui donne très largement raison", note Frédéric Dabi, directeur du Département d'Opinion et Stratégies d'Entreprise de l'Ifop. Surtout, 47% des personnes interrogées approuvent une candidature à la présidentielle de l'ancien ministre. Un score particulièrement élevé par rapport à ceux réalisés par d'autres candidats (officiels ou potentiels) comme François Hollande (14%) ou Nicolas Sarkozy (25%), et qui réjouit les soutiens d'Emmanuel Macron, comme le maire de Lyon Gérard Collomb.



En dépit de ces sondages porteurs, Emmanuel Macron est loin d'avoir un boulevard devant lui pour la présidentielle. Au moins trois obstacles se dressent en effet sur sa route : médiatique, politique et logistique.

  • Le risque du trou d'air

L'appétence des médias pour la personnalité et le parcours d'Emmanuel Macron n'était plus à prouver, mais sa démission a remis une pièce dans la machine. Depuis que l'ancien ministre de l'Économie a quitté son bureau au troisième étage de Bercy, il occupe tout l'espace médiatique. Les images de sa navette fluviale remontant la Seine pour le mener jusqu'à l'Élysée ont été diffusées en boucle à la télévision, avant son allocution au ministère puis son intervention au journal télévisé de TF1. Le lendemain, ses soutiens, de Richard Ferrand à Gérard Collomb, étaient déployées dans les matinales pour parler de son avenir. Et ce n'est pas fini : entre une interview à Ouest-France jeudi, la une de VSD ce week-end et la première de l'émission "Questions politiques", dimanche, sur France inter, Emmanuel Macron continue d'occuper terrain.

Avec le risque, toutefois, de tomber ensuite dans un trou d'air médiatique. Sans poste ministériel, sans mandat, sans la longue carrière politique qui confère souvent une légitimité d'intervention dans les débats, l'ancien ministre de l'Économie peut disparaître des radars. Lui et son équipe en sont bien conscients et ont pris les devants. Emmanuel Macron a prévu de nombreux déplacements en région dans les prochaines semaines. Plutôt que des meetings, le fondateur d'En Marche! compte visiter des PME, des écoles, des universités et rencontrer des personnalités emblématiques. Il commence dès jeudi avec un déplacement à la foire de Châlons-en-Champagne, dans la Marne.

  • Une difficile équation politique

La popularité d'Emmanuel Macron, aussi exceptionnelle soit-elle pour quelqu'un qui a fait partie d'un gouvernement sous le quinquennat de François Hollande, cache un paradoxe. Ou plutôt, comme l'explique Frédéric Dabi, "une asymétrie", "extrêmement rare" en politique. L'ancien ministre suscite plus d'adhésion dans le camp adverse que dans le sien. De fait, le sondage Ifop montre que 37% des sympathisants de gauche souhaitent qu'il se présente à la présidentielle, soit dix points de moins que sur l'ensemble de la population. Chez les sympathisants centristes et des Républicains, ce taux grimpe à 57 et 58%.

Entendu sur Europe 1
Le défi pour Macron, c'est de transformer cette sympathie en vote réel.

Emmanuel Macron peut-il donc espérer compenser des pertes de suffrages à gauche en aspirant des voix de droite ? Rien n'est moins sûr. "Ce n'est pas du vote, c'est un souhait de candidature", rappelle Frédéric Dabi. "Le défi pour lui, c'est de transformer cette sympathie en vote réel." Sans compter que, comme le note l'Ifop, les sympathisants de droite peuvent soutenir une candidature Macron seulement pour "voir émerger à gauche une alternative à François Hollande". Et sans avoir aucune intention de voter pour l'ancien ministre de l'Économie. Celui-ci doit n'a donc aucune base électorale solide pour le moment.

Les difficultés politiques d'Emmanuel Macron se trouvent également au niveau des soutiens. Ils sont indispensables pour la présidentielle, que ce soit pour faire campagne ou obtenir les 500 parrainages nécessaires à la validation de la candidature. "Je n'ai pas vu un projet individuel qui serait fait par un individu pour lui-même", a d'ailleurs déclaré François Hollande mercredi, dans un discours à l'Élysée qui faisait clairement allusion à son ancien ministre. "On ne peut rien faire tout seul. Et donc, il faut toujours faire avec les autres."

Or, les appuis politiques d'Emmanuel Macron restent limités pour le moment. "On est maintenant 40 parlementaires, députés et sénateurs", assure à Europe 1 François Patriat, sénateur de Côte d'Or, qui arpente les couloirs de l'Assemblée et du Palais du Luxembourg pour trouver de nouvelles recrues. Derrière le plus connu d'entre eux, Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon, on retrouve notamment les socialistes Richard Ferrand, Pascal Terrasse, Arnaud Leroy, Christophe Castaner ou le radical de gauche Alain Tourret.

Entendu sur Europe 1
On est maintenant 40 parlementaires, députés et sénateurs [à soutenir Macron].

Emmanuel Macron n'a pas caché sa volonté de transcender les clivages partisans pour élaborer son projet politique. Ce qui pourrait également lui permettre d'aller chercher des soutiens dans d'autres familles politiques. Jean-Christophe Lagarde, le président de l'UDI, dont le parti a renoncé à la primaire de la droite faute d'accord avec Les Républicains, a déclaré mercredi qu'il avait "vocation à parler" avec Emmanuel Macron. "Depuis des mois, il disait des choses compatibles avec ce que défend l'UDI depuis longtemps", a-t-il souligné dans les colonnes du Parisien.

  • Le problème de la logistique

Une campagne présidentielle demande des soutiens, mais aussi une bonne organisation logistique et beaucoup d'argent. Pour cela, rien ne vaut un parti traditionnel, rompu à la gestion des militants, la mise sur pied de meetings, et qui dispose de moyens conséquents. Mais Emmanuel Macron ne peut s'appuyer sur le Parti socialiste, auquel il n'appartient pas et qui propose une primaire à laquelle il ne veut pas participer. Il va donc rapidement se confronter à quelques difficultés.

Certes, le meeting du 12 juillet dernier à la Mutualité a prouvé qu'En Marche! était capable d'organiser un rendez-vous politique en peu de temps (moins de trois semaines se sont écoulées entre l'annonce et la tenue de l'événement) et d'y attirer énormément de participants (entre 2.000 et 3.000). Le mouvement, qui revendique environ 60.000 adhérents, permet en outre à son fondateur de lever des fonds via des dons. Mais cela reste largement insuffisant pour financer une campagne présidentielle et les nombreux déplacements que cela implique. Emmanuel Macron peut, en revanche, compter sur son réseau tentaculaire pour obtenir de l'aide. Car le ministre a beaucoup de contacts dans les milieux économiques, de Claude Bébéar, fondateur d'Axa, au fondateur de Free, Xavier Niel, en passant par Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président du Medef.

Certains soutiens n'hésitent d'ailleurs pas à se transformer en mécène, à l'image d'Henry Hermand, ancien homme d'affaires multimillionnaire, qui prête régulièrement ses bureaux à En Marche!. "J'ai une certaine expérience de l'entreprise, j'ai créé 100.000 emplois dans le monde. Je peux en créer quelques dizaines au service d'Emmanuel Macron", a confié l'homme de 92 ans, non sans malice, à Europe 1. Reste à savoir si ces différents appuis seront suffisants pour permettre à l'ancien ministre de l'Économie de répondre à Manuel Valls qui, mercredi, lâchait à propos du démissionnaire : "on ne s'improvise pas candidat à la présidentielle."