Présidentielle 2017 : comment les candidats gèrent-ils leur budget de campagne ?

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Les candidats vont entrer officiellement en campagne en avril prochain. Chacun a mis au point ses petites astuces pour respecter les règles budgétaires.

L'ENQUÊTE DU 8H

À un peu plus de deux mois du premier tour de la présidentielle, les candidats commencent à faire leurs comptes. Les règles sont strictes : le plafond de dépenses autorisées pour les candidats entre avril 2016 et le 1er tour (le 23) est fixé à 16,8 millions d'euros et à 22,5 millions d'euros jusqu'au second tour. Si ce solde est dépassé, le candidat est dans l'illégalité. Mais ces règles sont-elles vraiment respectées par les candidats ?

Tous les candidats ne sont pas aussi transparents. Sur le plan financier, certains candidats sont transparents comme Benoît Hamon qui a indiqué avoir dépensé environ 1,5 million d'euros jusqu'ici, des dépenses qui couvrent également celles de la campagne pour la primaire. Jean-Luc Mélenchon a lui aussi déclaré avoir dépensé 1,5 million d'euros. Quant à François Fillon, il en serait à plus de 4 millions d'euros, là aussi primaire incluse.

Mais certains candidats sont plus cachottiers. Du côté de Marine Le Pen, Europe 1 n'a ainsi obtenu aucune information malgré ses demandes. Il n'y a pas non plus de chiffre global fourni par Emmanuel Macron. Mais le candidat d'En Marche ! a fait deux grands meetings à plus de 400.000 euros chacun, des déplacements en Algérie, au Liban et en Jordanie et une tournée aux Antilles. Ce qui a quand même dû coûter un peu d'argent...

Des dépenses cohérentes à deux mois du premier tour. Selon Régis Juanico, trésorier de la campagne de Benoît Hamon et très longtemps trésorier du PS, les dépenses rendues publiques restent raisonnables à la mi-février. "Les dépenses s'accélèrent surtout à la fin de la campagne, avant le premier tour. Là, il reste le mois de mars et le mois d'avril, soit un peu plus de deux mois. Donc il ne faudrait pas qu'ils aient dépassé 5 à 6 millions d'euros, maximum", pour espérer rester dans les règles.

À chacun ses astuces pour limiter les frais

Des équipes dédiées plutôt que des prestataires. Pour éviter de laisser les dépenses s'emballer à la veille de la première échéance, chaque équipe de campagne a sa technique pour limiter les coûts. Elles font notamment des efforts sur les meetings. En moyenne, ces manifestations représentent entre un tiers et la moitié du budget de la campagne.

Alors, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ont par exemple intégré dans leur équipe de campagne un pôle qui s'occupe de la mise en scène, de la captation des images, de leur transmission, des lumières. Cela leur évite d'embaucher une dizaine de personnes chez un prestataire à chaque meeting. À la fin de la campagne, l'économie se chiffre à plusieurs centaines de milliers d'euros.

Des petites salles plutôt que des Zénith. Les candidats privilégient aussi les salles municipales, moins chères, pour les "petits" meetings. À Périgueux, Jean-Luc Mélenchon a ainsi payé la location de la salle quelques centaines d'euros à peine, quand on peut monter à 50.000 voire 100.000 euros pour un Zénith. Les candidats s'appuient également sur le travail des bénévoles pour diminuer le poids des salaires. Ce poste de dépense ne représente que 10% du budget chez Benoît Hamon, quand il est le plus important, par exemple, dans la campagne du Front national.

Quelles sources de financements pour les candidats ?

Des budgets confortables pour Fillon et Hamon. Pour engager toutes ces dépenses, les candidats doivent compter sur des financements. Pour François Fillon, l'obtention d'un prêt n'est qu'une formalité puisque la cagnotte de la primaire lui a assuré 9 millions d'euros. Au PS, les victoires électorales passées ont permis le versement de grosses dotations de l'État. Le parti a donc 11 millions d'euros à sa disposition et 200.000 euros supplémentaires de dons. Le reste se négociera sous la forme d'un prêt.

Des prêts à obtenir pour Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Pour Jean-Luc Mélenchon, la tâche est plus difficile : il a reçu 1,7 million d'euros de dons jusqu'à présent, mais il en a déjà dépensé presque autant. Son équipe vise un budget à 8 millions d'euros. Elle est actuellement en pleine discussion pour contracter un emprunt.

C'est compliqué aussi pour Marine Le Pen, qui table sur un budget à 12 millions d'euros. Le FN lui prête 2 millions et Cotelec, l'association de financement de Jean-Marie Le Pen, fournit 6 millions. Il reste donc au moins 4 millions à trouver. Un casse-tête puisque les banques françaises refusent de lui prêter.

Une campagne uniquement financée par des dons ? Quant à Emmanuel Macron, ses ressources restent obscures. Son équipe répète que sa candidature est financée uniquement par des dons, soit 5 millions d'euros reçus jusqu'ici. Mais ses adversaires, comme Benoît Hamon, mettent en doute la transparence de ce financement puisque le candidat d'En Marche ! refuse catégoriquement pour l'instant, de donner l'identité de ses plus gros donateurs.