Présidentielle : quatre raisons qui devraient inciter Macron à la prudence

  • A
  • A
Présidentielle : quatre raisons qui devraient inciter Macron à la prudence
@ Patrick KOVARIK / AFP
Partagez sur :

Le candidat d’En marche !, arrivé en tête du premier tour dimanche soir et favori des sondages, aurait tort de penser qu’il a déjà partie gagnée. Car sa marge n’est pas si élevée. 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux finalistes de l’élection présidentielle suivent en ce début d’entre-deux-tours des stratégies diamétralement opposées. D’un côté le favori, Emmanuel Macron, d’une grande discrétion depuis dimanche soir et un dîner dans une brasserie parisienne qui fait polémique. De l’autre, Marine Le Pen, le challenger, qui est très vite repartie sur le terrain et tente de marquer les esprits à coups de punchlines. Mais 2017 n'est pas 2002, et le candidat d'En Marche ! aurait tort de faire comme Jacques Chirac en son temps et d’enjamber le second tour. Plusieurs signaux devraient l’inciter à la prudence et à ne pas négliger les dix jours de campagne qui s’annoncent.

  • Une abstention et un report de voix incertains

Si pour l’heure, les sondages, donnent Emmanuel Macron large vainqueur, et si une très grande majorité de responsables politiques a appelé à voter pour l’ancien ministre, il n’est pas certain que les électeurs suivent mécaniquement. A ce titre, l’exemple de la droite est frappant. Selon l’Ifop, 33% de ceux qui avaient voté pour François Fillon affirment vouloir apporter leur voix à Marine le Pen au second tour. Et 26% sont tentés par l’abstention. Soit une petite moitié pour Emmanuel Macron.  

Reste aussi l’inconnue Mélenchon. Le candidat de la France insoumise, quatrième du premier tour mais tout près de la qualification, a refusé pour l’heure de donner son sentiment, préférant lancer une consultation auprès des partisans de La France insoumise. Du coup, chez ses électeurs, l’incertitude règne. Si 51% d’entre eux affirment qu’ils voteront pour Emmanuel Macron, toujours selon l’Ifop, l’autre moitié penche pour Marine Le Pen (19%) ou l’abstention (30%).

L’enjeu de l’"abstention différenciée". Et si ceux qui veulent se reporter sur Emmanuel Macron semblent pour l’heure largement plus nombreux, la tentation de l’abstention pourrait gonfler pendant l’entre-deux-tours, surtout si l’ancien ministre de l’Economie rate sa campagne. Une abstention qui pourrait d’ailleurs être le vrai arbitre de ce second tour. Une campagne a été lancée sur Twitter avec le hashtag #SansMoiLe7Mai, et elle rencontre un certain succès.

Or, une abstention forte favoriserait à coup sûr Marine Le Pen, dont les électeurs sont les plus mobilisés. Au final, cette "abstention différenciée" (abstention d’un électorat face à une forte mobilisation d’un autre), théorisée par le physicien Serge Galam, membre du Cevipof, (centre de recherches politiques de Sciences Po) pourrait faire s’approcher la candidate frontiste de la victoire.

  • La campagne offensive de Marine Le Pen

Dès lundi, Marine Le Pen est reparte sur le terrain. Ella a arpenté dans la matinée un marché à Rouvroy, dans le Pas-de-Calais, résolument offensive. "Je suis venue pour démarrer cette campagne de second tour de la seule manière que je connaisse, à savoir sur le terrain, avec le peuple français, pour attirer (son) attention sur des sujets éminemment importants, aujourd'hui celui du terrorisme islamiste", sur lequel, "le moins que l'on puisse dire, est que M. Macron est faiblard", a lancé la candidate.

Le vieux front républicain tout pourri
Marine Le Pen

Puis elle a lâché cette punchline, probablement savamment pensé, au sujet des nombreux ralliements enregistrés par son adversaire : "Le vieux front républicain tout pourri, dont plus personne ne veut, que les Français ont dégagé avec une violence rare, essaie de se coaliser autour de M. Macron. J'ai presque envie de dire tant mieux!".

Dans la soirée, elle annonçait sur France 2 qu’elle se mettait en congé de la présidence du FN. "Ce soir, je ne suis plus la présidente du FN, je suis la candidate à la présidentielle, celle qui souhaite rassembler autour du projet d'espoir, de prospérité, de sécurité, l'ensemble des Français", a-t-elle expliqué. Une démarche avant tout symbolique, mais qui pourrait marquer les esprits. Emmanuel Macron est prévenue : son adversaire se battra jusqu’au bout.

  • Le débat d’entre-deux-tours

C’est toujours un rendez-vous crucial de l’entre-deux-tours. Et cette fois, contrairement à 2002, quand le Front national était, déjà, qualifié pour le second tour, il aura bien lieu. L’équipe d’Emmanuel Macron a en effet confirmé que le candidat acceptait le débat face à Marine Le Pen, prévu pour le 3 mai. Clairement, l’ancien ministre de l’Economie aura le plus à perdre. D’abord parce que c’est toujours le cas pour le favori. Ensuite parce que Marine Le Pen peut s’avérer redoutable dans l’exercice du face-à-face. La présidente du FN est en effet, depuis son entrée en politique, rompue à l’exercice. Et elle peut s’avérer une redoutable bretteuse.

En face, Emmanuel Macron, plus novice en politique, est fatalement plus inexpérimenté. S’il préparera sans aucun doute avec un soin extrême le rendez-vous, il devra aborder ce débat avec prudence s’il veut consolider son avance dans les sondages.

  • Gare à l’excès de confiance

Et si c’était là le principal danger qui guette Emmanuel Macron. Dimanche soir, après l’annonce des résultats, sa prise de parole avait tout d’un discours de vainqueur. "Je mesure l'honneur et l'insigne responsabilité qui me revient. En une année, nous avons changé le visage de la vie politique française", avait notamment lancé l’ancien ministre. Dans la foulée, sa soirée à la brasserie La Rotonde, avec des célébrités, a fait polémique, certains la comparant à la fameuse soirée du Fouquet’s de Nicolas Sarkozy en 2007, après sa victoire… au deuxième tour.

Evidemment, le Front national s’est engouffré dans la brèche. Ce sera l’un des credo de Marine Le Pen dans l’entre-deux-tours. "Emmanuel Macron avance sur un tapis de roses, avec tous les compliments de la presse, dans une forme d'unanimité", a-t-elle taclé lundi soir sur France 2. "L'ensemble des Français ont bien compris qu'Emmanuel Macron avait le sentiment d'avoir déjà gagné. C'est assez peu respectueux pour la démocratie, pour les électeurs", a affirmé la candidate frontiste mardi matin à l'issue d’une visite au marché de Rungis. "Ces gens sont entre eux, ils font de la politique pour eux. Ils font la démonstration de cette caste arrogante qui pense qu'elle a déjà gagné et qu'elle pourra faire tout ce qui lui plaît avec le pays", a poursuivi l'eurodéputée.

Une élection présidentielle n’est jamais gagnée à l’avance
François Bayrou

Conscient du danger, les soutiens d’Emmanuel Macron appellent à la prudence. "Une élection présidentielle n’est jamais gagnée à l’avance", a rappelé François Bayrou sur RTL. "C'est vrai qu'on s'est peut-être vus un peu trop beaux trop vite", admet un proche du candidat dans Le Parisien, mardi. Qui promet : "on se remet vite au travail... et on va aller à la rencontre de cette France rurale, populaire, tentée par le vote Le Pen".

Du coup, après un début d’entre-deux-tours timide, avec pour seule sortie un dépôt de gerbe devant le monument commémorant le génocide arménien, mardi, le candidat vas appuyer sur l’accélérateur. Mardi, après l’hommage national au policer tué sur les Champs-Elysées, il doit se rendre dans un hôpital, à Garches. Avant une grosse journée mercredi, au cours de laquelle il ira dans la Somme puis dans le Pas-de-Calais, avec une réunion publique prévue à Arras.