Pourquoi le FN a déjà gagné les municipales

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Pourquoi le FN a déjà gagné les municipales
Marine Le Pen peut déjà préparer ses discours de victoire. Le contexte est idéal pour que le FN soit l'un des grands gagnants des municipales.@ Reuters
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ANTICIPATION - Au soir du 30 mars, les leaders du parti frontiste auront forcément le sourire. Explications.

S’il est un parti qui aborde les élections municipales de 2014 en confiance, c’est bien le Front national. C’est que la formation de Marine Le Pen sait qu’au soir du 30 mars 2014, les occasions de se réjouir seront légions pour le FN. La présidente du FN ne devrait d’ailleurs pas cacher son optimisme ce week-end, lors de la convention de son parti sur les élections municipales. "On peut d’ores et déjà dire que le FN sera l’un des grands gagnants, voire le grand gagnant des élections municipales", anticipe ainsi Steeve Briois, secrétaire général du parti, joint par Europe1.fr. Sur Europe1, samedi matin, le vice-président du FN, Florian Philippot, a, par ailleurs, fait valoir que son parti était "le seul capable de mobiliser les abstentionnistes" lors d'élections.

Point de fanfaronnade dans ses propos. Tous les voyants sont en effet au vert pour le FN. Démonstration.

Le FN part de zéro, ou presque. Difficile de savoir combien le FN compte actuellement de conseillers municipaux sur les 519.417 recensés dans tout le pays. 85, croit savoir le Huffington Post. "170", avance de son côté Steeve Briois. Dans les deux cas, le nombre est ridiculement faible pour celui qui se revendique le premier parti de France. "En 2008, le dernier scrutin municipal arrivait un an après la présidentielle et les législatives de 2007, qui avaient été catastrophiques pour le Front national", rappelle Jérôme Fouquet, directeur du département Opinons de l’Ifop, interrogé par Europe1.fr. "Ses voix avaient été siphonnées par Nicolas Sarkozy et donc par l’UMP".

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Cette fois, la donne est différente. La gauche au pouvoir est contestée comme jamais, et l’UMP ne se remet pas de sa guerre des chefs de novembre 2012. "Les gens en ont marre de 'l’UMPS'", a alors beau jeu de plastronner Steeve Briois. Du coup, le FN compte bien investir le plus massivement possible les conseils municipaux. "L’objectif serait d’avoir environ 1.000 élus municipaux sur tout le territoire", avance ainsi le secrétaire général du FN. Ce nombre resterait faible par rapport au poids politique que revendique le parti, mais la progression serait incontestable et sera forcément soulignée par les cadres frontistes.

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Un maillage territorial nouveau. Il s’agit là d’une des différences fondamentales entre la stratégie de Marine Le Pen et celle de son père, ancien président du FN. "Elle est entourée de ‘mégretisites’, qui privilégient la démarche de long terme et l’enracinement local", explique Jérôme Fouquet, de l’Ifop. Jean-Marie Le Pen privilégiait lui les scrutins nationaux, ceux où il pouvait mettre sa personnalité en avant. Marine Le Pen veut pour sa part des relais locaux, le plus possible et aux plus grand nombres de territoires. Résultat : le FN présentera le plus possible de listes, même si le parti peine parfois à les constituer. Elles étaient 623 mi-octobre, un chiffre qui pourraient bien gonfler. Là encore, il ne s’agit que de 15% des 3.000 communes de plus 3.500 habitants, rappelle lemonde.fr. Mais comparé aux 82 listes investies en 2008, le progrès est là encore spectaculaire.

"On va réussir notre maillage territorial, et pas seulement dans une partie du pays, mais sur tout le territoire", s’enflamme Steeve Briois, qui cible particulièrement le Grand Ouest, traditionnellement hostile au FN, contrairement au Sud-Est ou au Nord, par exemple. "Même si les candidats FN ne font que 15-20% au second tour dans certaines villes, cela leur permettra d’envoyer des conseillers municipaux", analyse Jérôme Fouquet. "Donc vous avez des personnalités identifiées qui peuvent commencer à s’enraciner localement, ouvrir une permanence, disposer de moyens et avoir accès aux débats municipaux." Et relayer efficacement le discours de Marine Le Pen.

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© MaxPPP

Une droite forcément embarrassée. A coup sûr, le Front national sera au cœur des débats de l’entre-deux-tours. "Au vu du seuil très bas de maintien au second tour (10% des voix exprimées), on aura de très nombreuses triangulaires avec le FN", pronostique Jérôme Fouquet. "Dans de nombreuses villes, le Front national jouera donc les trouble-fêtes. Il n’aura aucune chance, mais pourra par exemple empêcher des villes de gauche de basculer à droite. Le parti en tirera alors un prestige et une utilité politique parce qu’il gênera la droite et c’est un de ses objectifs politiques", poursuit le directeur du département Opinions de l’Ifop. Qui résume la stratégie frontiste : "dans certaines villes, on casse les reins à la droite, dans d’autres on s’allie avec elle pour alimenter le débat. La pression sera donc des deux côtés." Jean-François Copé, président de l’UMP, doit donc s’attendre à passer de mauvais moment entre le 23 et le 30 mars.

Le risque du zéro maire. Finalement, le FN n’a qu’une chose à perdre : "être en deçà de ses propres annonces", explique Jérôme Fouquet. "Aux dernières élections cantonales de 2011, fort de ses quelque 400 candidats présents au second tour, le FN avait évoqué le chiffre de 50 élus, pour n’en avoir au final que 2. Alors que leur percée avait été spectaculaire, le résultat avait été présenté comme un revers par les médias", rappelle-t-il. Dans cette optique, l’objectif des 1.000 conseillers municipaux semble largement raisonnable.

Mais si d’aventure le FN ne remportait aucune mairie, alors il sera difficile pour ses leaders de crier victoire. Car le parti compte bien installer plusieurs maires, même s’il refuse de donner un chiffre. "Zéro maire, c’est un scénario que je n’envisage pas", affirme ainsi Steeve Briois. "Il y a des villes que nous sommes quasiment certains de gagner", lâche encore le secrétaire général du FN.  C’est finalement là le seul écueil qui s’annonce pour le Front national : pêcher par excès de confiance.