Pourquoi "l'affaire Morano" gêne Sarkozy aux entournures

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Pourquoi "l'affaire Morano" gêne Sarkozy aux entournures
@ LIONEL BONAVENTURE / POOL / AFP
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Le chef de l'Etat a tout tenté pour sauver la tête de son ancienne protégée.

"Morano, c'est juste une amoureuse éconduite". L'analyse est signée d'un proche de Nicolas Sarkozy. Déçue de ne pas avoir été rappelé aux côtés du patron lors de son retour aux affaires, en 2014, Nadine Morano a décidé de se présenter à la primaire des Républicains. Ce qui n'a pas plu à Nicolas Sarkozy. Puis elle a dit et répété que "la France est de race blanche". Ce qui a encore moins plus à Nicolas Sarkozy. Mais ce dernier a du mal à sanctionner son ex-protégée. Explications.

Sarkozy a attendu, attendu, attendu… Quand Nadine Morano a dérapé sur le plateau de France 2, nombre des ténors de son parti se sont désolidarisés d'elle dès le lendemain : NKM, Le Maire, Juppé, Fillon etc. Mais Nicolas Sarkozy, lui, a attendu cinq jours avant de se positionner. Le patron des Républicains espérait que la polémique pourrait disparaître d'elle-même, que les choses pourraient se tasser. Mais quand Nadine Morano a "maintenu ses propos" sur Europe 1, alors l'ancien chef de l'Etat a dû se résoudre à trancher dans le vif : les régionales en Meurthe-et-Moselle, ce sera sans elle !

"Le président Sarkozy lui a tendu la main". Sauf que depuis, Nicolas Sarkozy semble avoir mis de l'eau dans son vin. Pendant une semaine, il a chargé Brice Hortefeux, son bras droit, de lui faire avaler l'idée d'une lettre d'excuses. Nadine Morano a un temps accepté. Puis reculé. Mardi soir, lors du bureau politique, Nicolas Sarkozy lui a donné une nouvelle chance de sortir par le haut dans cette affaire : "le président Sarkozy lui a tendu la main. Il lui a proposé, sous 24 heures, d'adresser une lettre d'excuses", a expliqué Christian Estrosi sur Europe 1 mercredi matin, alors que la commission d'investitures du parti - dont il est le président - doit se réunir en fin de journée pour statuer sur le cas Morano.


Estrosi : "Sarkozy a tendu la main à Morano"par Europe1fr

"J’ai reçu au moins 10.000 mails pour m’encourager !" Si Nicolas Sarkozy tente jusqu'au bout d'épargner son ancienne ministre, c'est aussi parce qu'il a de la mémoire. Qui, chaque 6 mai, organisait, dans sa ville, une réunion pour célébrer la victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle ? Nadine Morano. Qui était la trésorière de l'Association des amis de Sarkozy ? Nadine Morano. Et qui a continué à défendre son champion sur les plateaux télés quand les ennuis judiciaires s'amoncelaient au-dessus de sa tête ? Toujours Nadine Morano ! "Sarkozy est un sentimental, c'est pour cela qu'il lui a tendu une dernière perche. Il sait qu'elle a toujours été là", confirme un proche de l'ancien président. Une loyauté dont Nadine Morano a fait un argument de défense lors du bureau politique : "je t'ai défendu même lorsque tu étais en garde à vue !", a-t-elle lancé devant des ténors médusés par l'outrecuidance.

"Les militants de la base, ils aiment bien quand on se lâche". Autre argument qui a poussé Nicolas Sarkozy à temporiser : la crainte d'une rupture avec la base militante. "Chez moi, tous les adhérents soutiennent Morano. Sarkozy va y laisser beaucoup de plumes", confie un sénateur de Bourgogne dans Paris Match. "Attention à ne pas en faire une martyre", prévient un autre élu. "Les militants de la base, ils aiment bien quand on se lâche", assure un membre de la commission d'investitures du parti. "Si on va à la sanction, ça va être une hécatombe chez les militants sarkozystes", appuie un député. Cette situation, Nadine Morano en joue à outrance : "Je peux remplir des valises de ces mails de soutien. Comme je voyage en TGV, je ne peux pas transporter quinze valises, mais j’ai reçu au moins 10.000 mails pour m’encourager !", fanfaronne-t-elle.

Au siège des Républicains, on admet à mots couverts l'existence de lettres de soutien. Et même si ce n'est pas massif, cela reste significatif. Pour preuve, "on les a tous appelés", explique-t-on au cabinet de Nicolas Sarkozy. Pas question de leur laisser croire que la parole de la droite allait "s'affadir". Recadrer Morano, oui, mais avec les formes.

Sarkozy ? "Je le dézinguerai !" L'exclure n'a jamais été une option sur la table de Nicolas Sarkozy. Car une Nadine Morano blacklistée, c'est une grenade dégoupillée prête à lui exploser à la figure à n'importe quel moment. Trop dangereux alors que la bataille s'annonce plus rude que prévue lors de la primaire de 2016. "Nicolas Sarkozy, ce n'est même pas la peine qu'il songe à se présenter à la présidentielle, je le dézinguerai !", a-t-elle lâché dans Le Point.