Pour les médias anglo-saxons, Macron est "l'homme de Davos par excellence"

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Pour les médias anglo-saxons, Macron est "l'homme de Davos par excellence"
Emmanuel Macron devrait faire sensation à Davos, en se positionnant aux antipodes de Trump, selon la presse anglo-saxonne.@ Thibault Camus / POOL / AFP
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La presse anglo-saxonne estime que le président français pourrait bien voler la vedette à Donald Trump lors du sommet économique mondial.

REVUE DE PRESSE

Son discours est attendu mercredi en fin d'après-midi et, déjà, Emmanuel Macron enflamme la presse anglo-saxonne. Les médias de l'autre côté de la Manche et de l'Atlantique n'ont eu de cesse, ces derniers jours, de le répéter : même si Donald Trump sera aussi cette semaine au forum économique mondial de Davos, c'est bien le président français qui attirera le feu des projecteurs lors de cette édition 2018.

"Macron, dirigeant clef de l'Occident". "L'année dernière, le président chinois Xi Jinping était la star, mais cette année, tout le monde va sûrement regarder Macron comme le dirigeant clef de l'Occident", explique ainsi Antonio Barroso, analyste chez Teneo Holdings spécialiste de la zone euro, à la chaîne de télévision américaine CNBC. "Alors qu'en Allemagne, la chancelière Merkel est pieds et poings liés par la situation politique de son pays, Macron est clairement en train de se démarquer comme la figure stable de l'Europe. Il peut aussi montrer l'Europe telle que beaucoup de leaders dans la région veulent la montrer." Une Europe capable de concurrencer les Etats-Unis. Ou plutôt, de leur succéder, en adoptant une stratégie radicalement différente.

Le discours [de Macron] va probablement servir de garde-fou préventif contre le protectionnisme et la xénophobie de Trump.

Des visions diamétralement opposées. "Emmanuel Macron va parler mercredi pour proposer un contre-modèle pour l'Occident", anticipe ainsi Sylvie Kauffman dans le New York Times. Pour l'éditorialiste, Donald Trump "pilote délibérément le retrait des Etats-Unis du commandement mondial. Monsieur Macron veut être un leader à l'international, mais garde une conscience douloureuse du fait que la France, en dépit de son statut de puissance nucléaire disposant d'un siège au conseil de sécurité de l'ONU, ne peut pas rivaliser. Il entraîne donc l'Europe dans le sillage de son ambition. Du point de vue de Trump, l'Amérique ne pourra retrouver sa grandeur qu'en se mettant en retrait du monde. Du point de vue de Macron, la France ne pourra retrouver la sienne qu'en faisant de l'Union européenne un acteur mondial."

L'anti-Trump. Pour les médias anglo-saxons, les profondes divergences politiques relèvent autant d'idéologies opposées que de calculs. "Le discours [de Macron] va probablement servir de garde-fou préventif contre le protectionnisme et la xénophobie de Trump", estime Ishaan Tharoor dans les colonnes du Washington Post. "Cela pourrait former un récit opposé [à celui du président américain], et bien qu'on ne s'attende pas à ce qu'il mentionne le nom de Trump, vous pouvez lire entre les lignes." Le fait que le président français quitte la Suisse avant d'avoir pu y rencontrer son homologue américain est également scruté à la loupe par les journalistes britanniques et américains. "Certains pourraient [y] voir du snobisme", poursuit Ishaan Tharoor. Qui préfère, lui, l'interpréter comme une preuve que les deux dirigeants vont s'opposer frontalement dans leurs prises de parole.

L'ancien banquier d'affaires mué en responsable politique modernisateur est le leader occidental que les grands patrons s'arrachent.

La "force d'attraction de Macron". Et si l'un des deux doit sortir vainqueur de ce bras de fer à distance, les médias anglo-saxons misent sans hésiter sur le dirigeant français. Pour le Financial Times, le sommet de Versailles, lundi, lors duquel Emmanuel Macron a réussi à réunir, à la toute dernière minute, 140 dirigeants d'entreprises étrangers, est un indicateur parlant. "Cela en dit long sur la force d'attraction de Macron", souligne le quotidien de La City. "Apparemment, l'ancien banquier d'affaires mué en responsable politique modernisateur est le leader occidental que les grands patrons s'arrachent." Exactement le public de Davos, ce qui lui promet le succès.

Celui que Davos attend. Les commentateurs anglo-saxons s'appuient également sur le voyage en Chine d'Emmanuel Macron. Selon eux, ce déplacement a permis au chef d'État de montrer qu'il était capable d'allier un esprit d'ouverture dans le négoce international et la prudence vis-à-vis d'une mondialisation qui ne serait pas faite d'échanges réciproques. De fait, le président français avait tenté, en se rendant dans l'Empire du milieu, de lancer un avertissement à son homologue Xi Jinping. "La France et l'Europe sont de retour", avait-il prévenu, estimant à plusieurs reprises que les échanges entre l'Union européenne et la Chine devaient être rééquilibrés en faveur de la première. "Emmanuel Macron 'incarne' donc le leitmotiv d'un 'futur commun dans un monde divisé'", selon Antonio Barroso cité par CNBC. Essayiste et journaliste spécialiste de la France et de la Chine, Jonathan Fenby abonde : "Il devrait bien se débrouiller à Davos. En tant que réformiste qui a réussi à arrêter la vague populiste de Marine Le Pen et promet maintenant de réformer la politique française, il est exactement ce que les participants du forum vont saluer."

Pour Jonathan Fenby, Emmanuel Macron est "l'homme de Davos par excellence". "Il y a en France un sentiment qui pourrait être partagé à Davos : celui que [le président français] est le dernier espoir pour un changement structurel."