Pour le politologue Jean-Yves Camus, Marine Le Pen a "raison" de ne pas centrer le débat sur les questions de société

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S'il y a bien deux lignes au sein du FN pour le politologue Jean-Yves Camus, le principal enjeu du parti frontiste va être de faire une campagne sociale contre le programme libéral de François Fillon.

INTERVIEW

A quelques semaines de l'entrée en campagne de la présidente du Front National, le politologue Jean-Yves Camus revient sur les différentes lignes du parti dans l'émission C'est arrivé demain : une ligne identitaire et traditionaliste portée par Marion Maréchal-Le Pen et la ligne officielle, celle de Florian Philippot dans le sillage de Marine Le Pen.

"Petite friction". Marion Maréchal-Le Pen et Marine Le Pen - nièce et tante - se sont opposées cette semaine sur la question du déremboursement envisageable de l'IVG. Un événement que la présidente du FN a qualifié "de petite friction". Ce que Jean-Yves Camus confirme : "C'est une friction qui est liée à des sensibilités différentes." Mais il voit les deux femmes d'accord sur l'objectif principal de "gagner cette présidentielle, ou du moins très bien y figurer. Il y a toujours eu deux sensibilités différentes sur les sujets sociétaux. Là où Marine Le Pen me semble avoir raison, c'est en pensant que les débats sur le mariage pour tous et de l'IVG ne seront pas centraux dans la décision des Français."

Pour Jean-Yves Camus, Florian Philippot a néanmoins fait une erreur en considérant que Marion maréchal était seule sur cette ligne. "Les manifestations en France contre la loi Taubira ont mobilisé énormément de monde. Elle n'est pas seule sur cette ligne non seulement à l'intérieur du FN mais également chez ceux qui auraient pu être tentés par le vote frontiste."

Viser les classes populaires. Si Marion Maréchal Le Pen fait entendre sa voix, c'est d'abord pour affirmer "des convictions. Ensuite, elle a vu émerger François Fillon comme vainqueur de la primaire de la droite, qui s'est positionné sur ces questions d'une manière assez ferme. Il y a nécessité pour le FN d'avoir un contre-discours. Le choix de François Fillon donne des ailes à la tendance dite nationale républicaine, celle qui veut, autour de Marine Le Pen et Florian Philippot, faire campagne sur les sujets économiques et sociaux en expliquant que le programme de François Fillon est ultra libéral. Et il l'est !", souligne le politologue qui voit les classes populaires "pas vues à la primaire" se déplacer à la présidentielle.

"Campagne sociale". La montée en puissance de François Fillon est considérée comme dangereuse par Marion Maréchal puisque le candidat issue de la primaire a fédéré un électorat catholique, traditionaliste. A l'inverse Marine Le Pen considère François Fillon comme son meilleur ennemi. "Je ne dis pas qu'il n'y a pas de danger, mais dans une présidentielle, élection reine où se déplace le plus grand nombre d'électeurs", la question du vote traditionaliste "se jouera à la marge pour le spécialiste. "Cela me paraît moins important pour le FN que de faire une campagne sociale pour expliquer qu'il est le meilleur".

Le plus grand risque pour le parti, donné comme l'un des deux accédants au second tour depuis plusieurs mois "est que les esprits soient tellement bien préparés que la mobilisation s’affaiblisse, souligne le politologue. Si la gauche veut avoir une chance d'accrocher Marine Le Pen au second tour, il lui faut un positionnement différent. Désunie, elle n'a pas de chance."