Polanski : Cohn-Bendit critique le soutien de Mitterrand

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Polanski : Cohn-Bendit critique le soutien de Mitterrand
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"C'est un problème de justice", a dit l'eurodéputé, qui estime trop rapide la réaction du ministre de la Culture.

Au milieu du choeur de soutien à Roman Polanski qui crie au scandale depuis l'arrestation en Suisse du cinéaste franco-polonais samedi, quelques voix discordantes commencent à se faire entendre.

Lundi soir sur RTL, le réalisateur producteur Luc Besson a estimé que la justice devait "être la même pour tout le monde". Je ne connais rien à cette affaire, mais je pense que quand on ne se présente pas à un procès, on se met en faute, et c'est un risque", a précisé Luc Besson. Interrogé sur la mobilisation du monde du cinéma en faveur de Roman Polanski, le cinéaste français a répondu : "J'ai beaucoup d'affection pour lui, c'est un homme que j'aime beaucoup, que je connais un petit peu, nos filles sont très amies. (...) Mais je sais que j'ai une fille, elle a 13 ans. Si elle se faisait violer, je ne penserais pas tout à fait la même chose".

Daniel Cohn-Bendit s'en est, lui, pris à la prise de position immédiate du ministre de la Culture français, Frédéric Mitterrand. L'affaire Polanski est un "problème de justice" dans la mesure "où il y a eu viol sur une jeune fille de 13 ans", a estimé l'eurodéputé au micro de Diane Shenouda :













A Hollywood, la prudence est de mise. Ni le syndicat des réalisateurs, la Directors Guild of America, ni les acteurs américains célèbres qui ont joué dans les films de Polanski ne se sont encore exprimés sur le sujet. Pour l'heure, seuls les réalisateurs Woody Allen, Martin Scorsese et David Lynch ont signé la pétition internationale demandant la mise en liberté du cinéaste qui a été mise en ligne sur le site de la SACD.

Circulant depuis dimanche soir, ce texte avait été paraphé mardi à la mi-journée, par quelque 110 personnalités du 7e Art, parmi lesquelles le réalisateur américain Darren Aronofsky, les Belges Luc et Jean-Pierre Dardenne, ou le Britannique Terry Gilliam. Les signataires y jugent "inadmissible qu'une manifestation culturelle internationale, rendant hommage à l'un des plus grands cinéastes contemporains, puisse être transformée en traquenard policier". "Les festivals de cinéma du monde entier ont toujours permis aux oeuvres d'être montrées et de circuler et aux cinéastes de les présenter librement et en toute sécurité, même quand certains États voulaient s'y opposer" disent-ils.

Parmi les premiers signataires figurent le président du Festival de Cannes Gilles Jacob et son délégué général Thierry Frémaux, ainsi que les réalisateurs Costa-Gavras, Claude Lanzmann, Michael Mann, Jonathan Demme, Wim Wenders, Julian Schnabel, Pedro Almodovar, Alejandro Gonzalez Inarritu, Wong Kar Waï, Walter Salles, Ettore Scola, Bertrand Tavernier ou Claude Lelouch. Les actrices Jeanne Moreau, Monica Bellucci, Tilda Swinton, Tonie Marshall et Asia Argento, l'auteur de théâtre Yasmina Reza sont aussi sur la liste.

Bernard-Henri Levy a, lui aussi, publiquement apporté son soutien à Roman Polanski. Lundi sur Europe 1, il a crié au "scandale".

Le cinéaste franco-polonais était en Suisse pour recevoir un prix couronnant l'ensemble de sa carrière au Festival du film de Zurich. La direction de l'évènement a maintenu la soirée en son hommage avec une rétrospective de ses films les plus connus, déplorant que la culture se soit "malheureusement transformée en politique". Des affiches placardées devant le cinéma Corso réclamaient: "Libérez Polanski", "Pas d'extradition", ou "Nous voulons voir M. Polanski".

En France, le ministre de la Culture, s'en est pris à une "Amérique qui fait peur". "Si le monde de la culture ne soutenait pas Roman Polanski, ça voudrait dire qu’il n’y a pas de culture dans notre pays", a estimé Frédéric Mitterrand dimanche soir sur Europe 1. Le ministre de la Culture a parlé d'une "chose épouvantable et totalement injuste". Il a assuré que Nicolas Sarkozy suivait le dossier personnellement.

"De la même manière qu’il y a une Amérique généreuse, il y a une Amérique qui fait peur", avait quant à lui affirmé Frédéric Mitterrand, sur Europe 1 :













"Tout ça n'est pas très joli", a réagi de son côté le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, lundi sur France Inter. "Avec le ministre des Affaires étrangères polonais, nous avons écrit à Hillary Clinton" pour plaider la clémence envers le cinéaste, a-t-il annoncé.

Jack Lang a également exprimé son soutien amical à Roman Polanski, qualifiant son arrestation d'acte "inimaginable et disproportionné". "J'espère qu'une solidarité active s'organisera au cours des prochaines heures pour que la liberté soit rendue à ce grand créateur européen", a déclaré le député PS du Pas-de-Calais.

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