People et politiques, mariage d’intérêt

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People et politiques, mariage d’intérêt
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Dans un livre, Yves Azeroual analyse les relations entre stars et politiques. Décryptage.

Pour le meilleur, et parfois pour le pire… Les relations entre les hommes politiques et les stars du show-business ne datent pas d’hier. On se souvient par exemple de Renaud qui soutient la candidature de François Mitterrand en 1981. Plus près de nous, Christian Clavier ou Jean Reno n’ont jamais caché leur proximité avec Nicolas Sarkozy, comme Cali ou Jamel Debbouze avec Ségolène Royal. Un ouvrage, people politicus, d’Yves Azéroual, analyse ces relations souvent ambigües.

En 2007, lors du grand meeting de l’entre-deux-tours de Nicolas Sarkozy à Bercy, les vedettes étaient pléthore dans la grande salle parisienne. Certaines, comme Henri Salvador, Christophe Dominici, Véronique Genest ou Dominique Farrugia, avaient même publiquement pris la parole pour soutenir l’actuel président de la République.

Regardez cet extrait du meeting** :

Et parmi les peoples les plus emblématiques de la campagne de 2007, il y avait, au côté de Nicolas Sarkozy, Doc Gyneco, qui y a laissé quelques plumes. Plusieurs de ses concerts ont été annulés, son dernier disque s’est mal vendu, et le rappeur peine aujourd’hui à retrouver son public. Mais aujourd'hui, il affirme ne pas regretter cet engagement, et il raconte, comment, à l'époque, l'entourage du candidat l'a contacté. La rencontre paraît totalement improbable, mais sur le sujet des banlieues, le courant passe.

"J’ai dit "OK je te suis", malgré ce que je risquais derrière", affirme l’artiste. "Mais c’est ma nature. Tu ne peux pas agir avec juste des chansons. Je me suis reconnu dans la France de Sarkozy, et je l’ai fait de bon cœur". Et s’il fallait remettre le couvert en 2012 ? "Mais bien sûr", répond Doc Gyneco. "Je n’ai jamais lâché un ami. Donc si il m’appelle, oui je vais devoir le suivre."

Quand les réseaux sont activés…

Mais si Doc Gyneco parle de Nicolas Sarkozy comme d’un ami, les deux hommes n’ont aujourd’hui plus aucune relation. "Je suis dans le groupe, mais à l’extérieur", reconnaît le rappeur. "Je sais que ce n’est pas ma place. Il a deux fois mon âge. Je ne vais pas traîner avec lui, et il ne va pas faire semblant que je suis son pote." Mais d’autres ont plus mal vécu cet après présidentielle... Faudel, lui aussi recruté par Nicolas Sarkozy, a ainsi ouvertement regretté d'avoir joué "l'arabe de service".

Parmi les people qui s’engagent au côté d’un candidat, il n’y a pas que les amis de longue date, comme Christian Clavier ou Jean Reno, ou les militants de toujours, comme Pierre Arditi, à gauche. En période électorale, les équipes cherchent à recruter, à allonger les listes des comités de soutien. Certains réseaux sont activés, des dîners sont organisés, autour de Monique Lang, l'épouse de Jack Lang, par exemple, ou autour de producteurs, comme Eric Ghebali, le mari de Daniela Lumbroso. C'est ce dernier qui a présenté à Ségolène Royal les chanteurs de la nouvelle scène française.

Dati a cherché à recruter Jamel

Dans son livre, Yves Azéroual raconte aussi comment, en 2005, Rachida Dati, alors au cabinet du ministre de l'Intérieur, cherche à rallier Jamel Debbouze, et lui propose un marché : des financements pour le film Indigènes, en échange d’un soutien de l'humoriste lors d'un déplacement de Nicolas Sarkozy en banlieue. Jamel refusera, et rejoindra Ségolène Royal.

Si beaucoup de célébrités s’engagent d’abord par sincérité, certains ont en revanche compris que bien s'entendre avec le pouvoir, dans un pays où l'Etat finance beaucoup la culture, peut faciliter certains projets. Et puis il y a, raconte également l'auteur, quelques petits arrangements, des récompenses, des légions d'honneur, quelques personnalités emmenées en voyage officiel. Et en échange, c'est... "Dis du bien, ou tais-toi!", résume Yves Azéroual.

"Dès qu’il sort de son rôle, on le flingue", assure l’auteur. "Le cas typique, c’est un Dominique Besnehard, qui a recruté pour Ségolène Royal beaucoup d’acteurs. Or, dès qu’il a commencé à commenter les tribulations du Parti socialiste, il a été "excommunié". Aujourd’hui, il ne parle quasiment plus avec Ségolène Royal, il s’est fait laminer."

2012 a déjà commencé

En coulisse, les manœuvres ont déjà commencé pour 2012. Carla Bruni-Sarkozy a présenté à son mari les artistes qu'elle côtoie, généralement plutôt à gauche, au moins pour les convaincre de ne pas dire de mal du président. Mais l'auteur explique que beaucoup de people, qui ont mal vécu 2007 - trop instrumentalisés - seront sans doute plus difficiles à convaincre. Beaucoup préfèrent aujourd'hui se battre pour une cause, et plus forcément pour un candidat ou un parti.

*People politicus, d’Yves Azéroual, aux éditions du Moment

**Parmi les peoples présents, on aperçoit sur la vidéo Henri Salvador, Johnny et Laeticia Hallyday, David Douillet, Christian Clavier, Jean-Marie Bigard, Arthur, Roland Magdane, Carlos, Philippe Candeloro, Richard Virenque, Christophe Dominici, Henri Leconte, Mansour Barami, Jean Reno, Basile Boli, Yves Renier, Véronique Genest, Daniel Bravo, Dominique Farrugia, et Enrico Macias. Etaient également présents, entre autres, Stéphane Collaro, Gilbert Montagné, Jean-Pierre Camus, Charlotte Rampling ou encore Charles Villeneuve.