Patrimoine des ministres: du laisser-aller?

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Patrimoine des ministres: du laisser-aller?
La publication des déclarations de patrimoine des 37 ministres, lundi après-midi, permet de un peu plus clair sur ce qu'ils gagnent.@ MaxPPP
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Beaucoup d'experts jugent que leur patrimoine est peu varié et faible, comparé à leur profil.

Ceux qui gèrent le pays gèrent-ils bien leur fortune ? Depuis lundi soir, date de publication du patrimoine des membres du gouvernement, on sait que huit ministres sont millionnaires, que trois payent l'ISF, mais aussi que tous ne sont pas propriétaires d'un logement et que certains possèdent un patrimoine à peine plus élevé qu'un Français moyen. Un côté "monsieur tout le monde" qui ne rassure pas tout le monde. "Ce qui est choquant, ce n'est pas l'importance mais l'absence de leur patrimoine. Il est très lisse pour la plupart. L'image qu'ils donnent de la réussite est très surprenante", tacle ainsi Serge Buchaca, gestionnaire de patrimoine au cabinet Experia.

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Un patrimoine qui contraste avec leur "niveau". À part quelques rares exceptions (Frédéric Cuvillier, Laurent Fabius), tous les experts interrogés par Europe1 s'étonnent de la faible diversité des investissements des ministres. Ils investissent majoritairement dans l'immobilier, disposent plutôt de livrets bancaires ou de livrets réglementés qui rapportent peu d'intérêts. "Ce n'est pas normal que des gens de ce niveau d'éducation, diplômés, avec des responsabilités, aient un patrimoine de chef d'une petite entreprise, d'une profession libérale ou d'un pharmacien", constate ainsi Serge Buchaca, qui voit dans les publications de lundi "globalement des patrimoines très basics, très simples, et même limités compte-tenu de leur compétence et de leur savoir-faire".
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Un mauvais exemple pour la jeunesse ? "Il est normal lorsqu'on a un métier, lorsqu'on a fait des études, lorsqu'on travaille sept jours sur sept, d'avoir un patrimoine. C'est le contraire qui n'est pas normal. Les ministres risquent de désespérer la jeunesse", renchérit Serge Buchaca. Et de conclure : "si l'on montre que les élites d'un pays ne sont pas capables de se constituer un patrimoine, les jeunes peuvent se dire : 'à quoi ça sert de faire des études et de travailler'?"

L'étonnant cas Moscovici. Pour beaucoup de spécialistes, Pierre Moscovici est la plus grosse surprise de ces publications. Celui qui est à la tête des finances du pays se situe dans le bas du classement des ministres les plus fortunés, malgré une carrière dense. "Il possède un appartement à Montbéliard, un compte titre et un portefeuille titre avec 17.000 euros… et c'est tout. Or, il est depuis un certain nombre d'années Conseiller maitre à la Cour des comptes, ce qui est un vrai job, et il est depuis longtemps un homme politique de premier plan. Ce n'est pas un poussin de la veille. Il y a un problème. Soit il a caché des choses, soit il est très dépensier", s'interroge ainsi Patrice Ponmaret, président de la Chambre des indépendants du patrimoine, au micro d'Europe1.
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"Je pense qu'il est plutôt consommateur de ses revenus. Cela peut très bien se comprendre : les hommes politiques n'ont pas la problématique de préparer leur retraite. Ils en ont une d'assurée, qui va leur garantir un niveau de vie satisfaisant", ajoute de son côté Stéphane Chenderoff, associé de Cyrus Conseil, dans une interview au site des Echos.

De l'argent qui dort. Autre élément qui a surpris les experts : les ministres n'investissent pas dans l'économie productive. De manière général, leurs placements et leurs actions n'apportent, en effet, que peu d'argent frais aux entreprises. Ils placent dans l'immobilier, ou sur des comptes "dormants" tels que le livret A, préférant la sécurité d'un placement qui rapporte peu mais reste aussi peu risqué. À l'exception notable de quelques-uns, comme Laurent Fabius, qui a investi dans deux FCPI (Fonds commun de placement dans l'innovation) et détient 1,28 millions d'euros d'actions diverses.