Pasqua : "Chirac, Villepin et Millon étaient informés"

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Pasqua : "Chirac, Villepin et Millon étaient informés"
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L’ancien ministre de l’Intérieur a de nouveau chargé Jacques Chirac et Dominique de Villepin dans l’Angolagate, documents à l’appui.

"Ce n’est pas une simple affaire judiciaire, c’est une affaire d’Etat." Charles Pasqua a d’emblée donné le ton jeudi, lors de sa conférence donnée au PressClub pour présenter sa version des faits dans l’affaire des ventes d’armes à l’Angola. L’ancien ministre de l’Intérieur, condamné à trois ans de prison -dans un ferme- dans cette affaire, a longuement présenté sa défense. Et, comme prévu, le sénateur des Hauts-de-Seine, visiblement pas peu fier de son coup médiatique, a lourdement chargé d’autres personnalités, notamment Jacques Chirac et Dominique de Villepin. Mais cette fois, il a produit plusieurs documents.

Devant un parterre impressionnant de journalistes, Charles Pasqua a ainsi cité en l’exhibant une note déclassifiée de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), datée du 06 décembre 1995, intitulée Angola France Russie, détaillant l’opération illégale qui a permis la vente d’armes à l’Angola via la Russie, et qui aurait été transmise à plusieurs personnalités.

"Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Bertrand Landrieu, Jacques Foccart, (les trois derniers cités étaient conseillers à l'Elysée, ndlr) Hervé de Charette (ministre des Affaires étrangères, ndlr), et Charles Millon (Défense, ndlr) étaient informés, a affirmé Charles Pasqua. Aucune de ces éminentes personnalités, (excepté Landrieu) n’a été entendue par le magistrat instructeur. Aucune d’entre eux ne s’est opposée à ces opérations. (…) Pourquoi ne sont-elles pas poursuivies pour complicité ?"

Charles Pasqua a également évoqué l’attribution de l’Ordre national du Mérite au sulfureux homme d’affaires franco-russe Arcadi Gaydamak, pour laquelle la justice estime que l’ancien ministre a usé de son influence moyennant rétribution. Charles Pasqua, notes de la DST à l’appui, a insisté sur le rôle central de l’homme d’affaires dans la libération des deux pilotes français otages en ex-Yougoslavie à la fin 1995, qui lui aurait valu sa décoration.

"Cette opération s’est faite avec l’aval du président de la République, avec qui j’étais en contact direct. C’est sur les fonds de la présidence que s’est fait le premier versement permettant de financer cette opération. Villepin m’a personnellement remis 900.000 francs à cet effet, " a affirmé Charles Pasqua. "(…) J’ai remis un mémorandum détaillé du financement de cette opération à Jacques Chirac en janvier 1996. (…) Ce que je regrette et ce que je condamne, c’est que l’ancien président de la République n’ait jamais assumé ses responsabilités. Il en est de même pour Dominique de Villepin. Tous deux ont manqué à leur devoir."

Charles Pasqua a également redemandé la levée du secret-défense sur toutes les affaires de ventes d’armes. "Je souhaite le lancement d’une pétition de l’ensemble des parlementaires demandant la levée du secret-défense" sur tous ces dossiers depuis 2002, précisant : " s’il faut remonter plus loin, ça ne me dérange pas. Même si ça peut déranger d’autres." Et de poursuivre : Je souhaite également que soit constituée une commission parlementaire. Elle pourrait être présidée par quelqu’un de respecté et de respectable, le président de la Cour des comptes (Philippe Séguin, ndlr)."

Charles Pasqua a enfin annoncé qu’il avait déposé plainte, ce jeudi, contre le juge d’instruction Philippe Courroye, coupable selon lui d’avoir mené une "instruction à charge, et uniquement à charge" à son encontre.