Parti pirate: un succès possible en France ?

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Parti pirate: un succès possible en France ?
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Dans le sillage des Allemands, le Parti pirate français s'organise pour les législatives de 2012.

"Partout où vous avez Internet et des jeunes, il y a un parti pirate". La phrase est signée Christian Engström, leader du parti des pirates suédois, qui siège au Parlement européen depuis 2009.

Si le parti s’est implanté dans une quarantaine de pays, le succès varie selon les États. A Berlin, le parti pirate Allemand a rencontré un succès inattendu aux élections régionales le 19 septembre dernier. Piratenpartei, un mouvement jusqu'alors confidentiel, a recueilli près de 9% des suffrages, soit 15 députés au Parlement, devenant la quatrième force de la capitale allemande.

Quid du Parti pirate français ? Si en France, il est encore loin de rencontrer le succès de ses confrères d’Outre-Rhin, le mouvement commence à se structurer.

"Un noyau commun" entre les partis pirates

Créé dans le sillon du Parti pirate suédois, le mouvement français a vu le jour en 2006, en plein débat sur la loi DADVSI (droit d’auteur et droits voisins dans la société de l’information). Se positionnant clairement contre cette loi et réclamant la refonte du droit d’auteur, le parti a bénéficié, à l’époque, d’une forte médiatisation. Mais c’est surtout le projet de loi Hadopi de 2009 qui a permis de mettre en lumière les revendications du Parti pirate français.

L'ensemble des adhérents, réunis sous la bannière du Parti pirate international, rament en effet dans le même sens. Les Français, comme les autres, défendent l’assouplissement des droits d’auteur, la protection de la vie privée des citoyens, la légalisation du téléchargement, mais aussi la lutte contre les monopoles privés et la transparence des institutions. "Il existe un noyau commun. C’est formulé de façon quelque peu différente d’un PP à l’autre", précise le Suédois Rick Falkvinge, le "père" du mouvement des PP, interrogé par Owni.

2% aux législatives de 2009

C’est autour de ces thèmes que Maxime Rouquet, étudiant en école d’ingénieur informatique, a mené sa campagne pour les législatives de 2009 dans les Yvelines. L’actuel président du mouvement français avait alors recueilli un peu plus de 2% des suffrages.

Mais depuis ce succès électoral, le Parti pirate français se fait plus discret dans les débats. Même si Maxime Rouquet reconnaît que "la route reste longue avant d’obtenir des résultats comparables à ceux des Allemands ou des Suédois", le militant veut y croire. "Le Parti pirate est un mouvement tourné vers l’avenir", assure-t-il, interrogé par Europe1.fr.

Pierre Crémault, juriste de profession, et membre de la section Ile-de-France du Parti pirate, se montre, lui aussi, optimiste. Pour le militant, le succès du Piratenpartei a offert plus de visibilité au mouvement français. "Avec le succès du Parti allemand, on voit arriver pas mal de monde sur les forums. Les gens sont curieux et demandent d'adhérer", se félicite-t-il, interrogé par Europe1.fr.

Un manque d'implantation au niveau local

Pour l'heure, la communication du mouvement se fait en effet principalement sur le Web. Le compte Twitter du parti regroupe près de 10.000 abonnés, soit 2.000 de plus que celui de l’UMP. "Nous réunissons en ligne beaucoup de sympathisants, mais il est plus délicat de trouver des volontaires pour participer à des actions AFK", reconnaît Maxime Rouquet.

Le défi du Parti pirate reste donc de faire connaître son projet au grand public. Si des initiatives voient le jour pour tenter de fédérer physiquement des adhérents, organisation de pique-niques par exemple, leur succès est tout relatif. Le créneau est déjà bien occupé par différents réseaux associatifs mieux implantés au niveau local, comme la Quadrature du Net, qui surfe depuis plusieurs années sur le thème des nouvelles technologies. Mais pour Pierre Crémault, "le Parti pirate est en mesure de se distinguer du fait de ses ambitions politiques."

Peut-il franchir le cap ?

Dans cette optique, le parti se met en ordre de marche pour les législatives de 2012. Il ambitionne de présenter 10 candidats indépendants aux élections législatives. Avec son équipe de militants d'Ile-de-France, Pierre Crémault réfléchit déjà à des modèles de tracts. "Si on veut être présent aux législatives, il faut sortir du cadre d'Internet. Il faut aller vers les gens et proposer un programme adapter à chaque région".

Pour ce faire, une Assemblée générale est prévue le 16 octobre prochain. Objectif : étendre les revendications du parti et voter un programme commun. "Plusieurs thèmes nous sont particulièrement chers, notamment sur l’indépendance de la justice, le droit des citoyens, la reconnaissance des droits des couples homosexuels ou le droit au suicide digne", précise Maxime Rouquet.

Cette Assemblée générale devrait aussi être l'occasion pour le Parti pirate de s’accorder sur des propositions à soumettre aux différentes forces politiques du pays. "Notre but est de faire pression aux élections pour que les idées du parti soient appliquées, mais la finalité de notre mouvement n’est pas politique. Nous ne sommes pas là pour proposer un projet de société complet, mais pour proposer des idées et faire évoluer les points de vue sur les thèmes que nous défendons", explique le président du Parti pirate.

Des thématiques reprises par l’opposition

D'ailleurs, certaines revendications du Parti pirate français trouvent déjà un certain écho à gauche. Les Verts et les candidats socialistes à la primaire se sont prononcés par exemple pour une abrogation de la loi Hadopi.

"Mais j’ai peu d’espoir dans la volonté des politiques à mettre vraiment en place nos propositions, bien souvent ce sont de beaux discours, ils se disent parfois d’accord avec nous, mais il y a toujours un ‘mais’", reconnaît le président du mouvement.

Interrogé par Europe1.fr, Gérard Grunberg, directeur de recherche au Centre d'étude de la vie politique française (Cevipof) le confirme : "Je ne vois pas le PS se saisir des thèmes portés par le Parti pirate".

Les points de divergences entre le Parti pirate et le PS sont en effet nombreux. Les adhérents du PPF s’opposent par exemple à la taxe sur les abonnements à Internet du projet numérique socialiste en réclamant la gratuité d’accès à Internet.

Pour Gérard Grunberg, si les revendications portées par le Parti pirate s'adressent principalement aux jeunes, celles-ci restent peu porteuses à grande échelle. "Si le thème de la transparence des institutions a un vrai potentiel, notamment avec l'actualité des valises et de Karachi, le Parti pirate n'apparaît pas encore comme une offre politique qui peut conquérir."