Parrainages des petits candidats : "Laisser une chance à ceux qui en ont le moins"

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Parrainages des petits candidats : "Laisser une chance à ceux qui en ont le moins"
Jean Lassalle, Michèle Alliot-Marie, Philippe Poutou et Pierre Larrouturou veulent figurer sur la ligne de départ de la présidentielle. @ Montage Europe 1 via AFP
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Avant la liste officielle des qualifiés pour la présidentielle, publiée samedi, les maires qui ont parrainé des candidats peu connus expliquent leur choix.

Il y a les candidats des grands partis politiques, assurés de figurer au premier tour de l’élection présidentielle, et il y a eux. Eux, ce sont les hommes et les femmes qui luttent pour avoir les 500 parrainages et se présenter devant les Français, au mois d’avril. Certains n’auront même qu’une poignée de soutiens locaux apportés au Conseil constitutionnel et quitteront la scène présidentielle dès l’annonce, samedi, à 11 heures, de la liste des qualifiés par les Sages. Europe1.fr a contacté ces maires de petites communes pour connaître les raisons qui les ont poussés à parrainer des candidats de l’ombre.

"Une campagne faite par les médias". Dès le premier coup d’oeil à la liste des parrainages de ces candidats, un constat s’impose : les communes dont les maires ont parrainé Antoine Waechter, Michèle Alliot-Marie ou Oscar Temaru sont toutes inconnues, riches tout au plus de quelques milliers d’habitants. "Les maires des grandes communes parrainent les grands candidats car ils font partie de la même mouvance", souligne Céline Drague-Pazican, maire de Glorianes et ses 21 habitants dans les Pyrénées-Orientales, qui a parrainé Pierre Larrouturou, le fondateur de Nouvelle Donne. Selon elle, donner sa présentation (l’autre nom du parrainage) à un "petit" candidat relève de la bonne action en faveur du pluralisme : "Il faut laisser une chance à ceux qui en ont le moins. Et la population doit pouvoir faire comme nous et comparer les programmes."

L’argument du pluralisme est partagé par Brigitte Octon, maire de la petite commune girondine de Saint-Magne et marraine de Michèle Alliot-Marie. "Je voulais donner mon parrainage à ceux qui ont le moins de chances d’y arriver. Tant que les personnes n’auront pas les 500 signatures, elles ne seront pas entendues." Injuste, d’après l’édile SE (sans étiquette) : "Les candidats dont on parle le plus ont déjà reçu leurs parrainages. Les petits candidats, on ne les voit jamais sur TF1 et France 2." Chez beaucoup de maires, accorder son parrainage à un "petit" candidat est une manière de reprocher aux médias nationaux de ne pas en parler davantage. Ou de trop mettre en avant les têtes d’affiche. "La campagne a été faite par les médias avant le début de la période des parrainages. Cela fausse la vision des électeurs", regrette Céline Drague-Pazican.

"Aucun grand candidat ne m’a emballé". Mais les raisons qui poussent ces maires à donner leurs parrainages sont aussi nombreuses que les candidats inconnus, ou presque, à les recevoir. Pour l’heure, ils sont 40 à ne pas avoir franchi la barre fatidique des 500 présentations. Parmi ces candidats, Paul Mumbach, maire "en colère" de Dannemarie, dans le Haut-Rhin, 13 parrainages dont 12 dans son département. "On s’est regroupés autour de lui car on a pleinement adhéré à sa démarche de résistance à la réforme territoriale. Nous sommes en train de perdre notre identité locale", justifie Bernard Schlegel, de la commune voisine de Liebsdorf. "Autant soutenir quelqu’un de local car on est dans le même canton", appuie son collègue Philippe Huber, de Muespach. "Et on connaît le larron", résume Bernard Schlegel.

Il y a besoin d’hommes neufs. Vous avez vu ce qu’il se passe dans le débat public ?

Ne leur dites pourtant pas qu’ils parrainent des petits candidats. "Il n’y en a pas, tout comme il n’y a pas de petits maires", tempête Jean-Luc Soller, maire SE de Laperrière-sur-Saône. Lui a parrainé Olivier Régis, cinq parrainages au compteur. "Il y a besoin d’hommes neufs. Vous avez vu ce qu’il se passe dans le débat public ? C’est dramatique. Quel choix a le citoyen…", lâche-t-il, amer.

Dans une campagne phagocytée par les affaires judiciaires des principaux candidats, beaucoup confient leur désespoir. "Je comprends mes pauvres électeurs, qui ne savent plus pour qui voter", se désole l’Alsacien Philippe Huber. "Aucun grand candidat ne m’a emballé. Alors j’ai préféré la sensibilité locale, avec une écologie adaptée à la ruralité", avance François Cohendet, maire SE de Ferrette, dans le Haut-Rhin, et parrain d’Antoine Waechter, établi non loin de sa commune. Le centriste a également été parrainé par Alain Bertrand, maire SE de Jouy-Mauvoisin, dans les Yvelines. Ce maire se dit "particulièrement sensible au thème de l’écologie" et aurait pu se pencher pour Yannick Jadot.

Un centriste parraine Poutou. Maires ruraux, tous remettent en cause la pertinence du clivage gauche-droite dans leur grille de lecture : "Pour moi qui suis un maire jeune de 35 ans, il faut une vision plus moderne de la politique car les gens n’ont plus confiance dans les partis", analyse Olivier Lecomte, maire SE de Jallans, dans l’Eure-et-Loir, qui a accordé son parrainage à la gagnante de la primaire citoyenne, Charlotte Marchandise. Difficile de lui donner tort : d’après la dernière enquête du Cevipof, seulement 11% des Français ont confiance dans les formations politiques en général.

Certains n'hésitent même pas à soutenir un candidat de "l'autre bord", comme Thierry Simelière, maire UDI de Saint-Quay-Portrieux, dans les Côtes-d’Armor. Il a décidé de parrainer… Philippe Poutou, qui espère défendre les couleurs du Nouveau parti anticapitaliste comme en 2012. "Avec les employés, les ouvriers représentent 52% de la population et il faut qu’une candidature porte leur voix, que ce discours soit entendu. Mon geste est certes un petit peu provocateur. Mais un centriste qui parraine un ouvrier, c’est aussi revenir à l’essentiel : il faut que les thèmes du logement, de l’emploi et de la Sécurité sociale reviennent au cœur du débat", défend-il fièrement, lui-même fils d’ouvriers.

Les candidats en chair et en os. Parfois, en plus des mails et des coups de fil que tous disent recevoir par dizaines, les maires reçoivent la visite des candidats eux-mêmes. C’est le cas de Jean Lassalle, venu dans la commune vosgienne de Remiremont fin février pour y défendre la maternité locale, menacée de fermeture.

De quoi faire pencher la balance pour des maires indécis : "J’avais dit que le premier qui venait pour me rencontrer et me soutenir, je lui aurais donné mon parrainage", explique Jean Hingray, maire de la petite ville de 7.800 habitants. Résultat : avec ce parrainage et celui de 452 autres élus locaux, Jean Lassalle est aujourd’hui tout près du but. Un des (très) rares "petits candidats" à espérer porter la voix de ces maires ruraux au-delà des étagères du Conseil constitutionnel.

"Coup de gueule". Sont-ils résignés de ne pas voir leurs "poulains" se qualifier ? "On est lucides sur le fait qu’il n’arrivera pas au premier tour. Mais grâce à notre démarche et à ce coup de gueule contre la réforme territoriale, des gens nous interpellent", se rassure Bernard Schelgel, l’ami du "maire en colère" Paul Mumbach. "Honnêtement, je pensais vraiment qu’elle pourrait accéder au premier tour. Malheureusement, elle a reçu beaucoup de promesses qui ne se sont pas concrétisées", raconte Olivier Lecomte, un des 71 parrains de Charlotte Marchandise, qui n’imaginait pas s’abstenir d’envoyer sa présentation aux Sages de la rue de Montpensier : "Dans tous les cas, c’est un devoir d’élu de donner son parrainage."