Paroles de Français : l’accueil des réfugiés divise les Roannais

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :

EPISODE 3 - Jusqu'au second tour de la présidentielle, Europe 1 pose ses valises à Roanne, une ville de 35.000 habitants qui a voté comme l’ensemble de la population française au premier tour.

Roanne est une ville témoin. Ici, les 35.000 habitants ont voté comme l'ensemble de la population française au premier tour de la présidentielle. Dans cette commune de la Loire, comme ailleurs en France, la question de l'accueil des migrants interpellent les Français. Europe 1 a choisi de vous y emmener pour prendre leur pouls chaque jour jusqu'au second tour.

Solidarité et bouteille de gaz. Cela se passe sous le toit d’une ancienne chapelle de la ville. Des tapis bordeaux étendus sur le parquet, quatre lits, un réfrigérateur, et un bébé qui dort dans un landau. Christine rend visite aux deux familles qui vivent ici. Les murs ne sont pas épais, il faut chauffer la pièce. "Je viens rechanger la bouteille de gaz", explique-t-elle. Enumérant : "L'étendoir à linge c'est moi qui l'ait amené. Le vélo, c'est le mien, je l'ai prêté pour qu'elle puisse baller au collège." Un vélo pour la jeune fille qui passe bientôt son brevet. Elle a fuit l'Albanie il y a six ans avec son frère. "Notre famille était menacée, on était obligé de partir", confie ce dernier. 

Clivages animés. Au total, une trentaine de migrants sont hébergés dans sept appartements de Roanne, indique Patrick, un bénévole qui vient aussi aider ces migrants. Dans son entourage, certains amis ne comprennent pas son engagement. "Ça anime les dîners", ironise-t-il. Qui explique la teneur du discours auquel il est confronté : "Ce sont des gens qui ne parlent pas français, qui n'ont pas de papier, qui ne travaillent pas... On ne va pas les garder ici, ça ne sert à rien de les installer.  

"Pourquoi on les aide eux et pas nous ?" Et il ne faut pas bien loin pour se confronter à ce type de message pas très accueillant. Dans le voisinage, il y a par exemple ce couple, la cinquantaine, qui sort de son pavillon pour nous parler. "Qu'est-ce qu'ils font là ? Pourquoi on les aide eux et pas nous ? Pourquoi eux sont privilégiés alors que nous, on peine à joindre les deux bouts en fin de mois... Il y a tellement de problèmes sociaux en France qu'on comprend facilement que les gens puissent être facilement dégoûté de la situation", témoigne une Roannaise. 
Des simplifications qui renforcent les préjugés. Des propos qui reviennent souvent ici. Sans parler de la polémique, en 2015, lorsque le maire de la commune s’était dit prêt à accueillir des migrants à condition qu'ils chrétiens. Daniel Boitier de la Ligue des droits de l'homme s’en souvient. Il avait alors manifesté devant la mairie. "On suggère quelque part que si on en accepte d'autres que des chrétiens, cela risque d'être des terroristes. Quand on a ce genre de simplification, on ne fait que provoquer le renforcement des préjugés." Entre les deux centres d’accueil et les locaux des associations, la ville héberge pourtant moins de 300 migrants.

  • Des résultats quasi identiques

24,7 % des Roannais ont glissé un bulletin Emmanuel Macron dans l'urne lors du premier tour de l'élection présidentielle. 21,4 % d'entre eux ont voté Marine Le Pen. Ils sont 19,9 % à avoir choisi François Fillon, 19,5 % Mélenchon, 6,2 % Benoit Hamon et 4,7 % Nicolas Dupont-Aignan.

En comparaison, en France, le candidat d'En Marche ! a recueilli 23,9 %, la présidente du FN 21,4 %, le candidat de la droite 19,9%, le leader de la France insoumise 19,6 %, Benoit Hamon, 6,4% et Nicolas Dupont-Aignan 4,4% des suffrages.