Otages : Le Pen persiste sur son "malaise"

POLÉMIQUE - La patronne du FN a répété dans un communiqué son "malaise" devant les images des ex-otages du Mali.

La polémique. L’arrivée des otages sur le tarmac de l’aéroport de Villacoublay, mercredi, a ému les Français. Mais pas Marine Le Pen, visiblement. Invitée d’Europe 1 jeudi matin, la patronne du Front national a fait part de "son malaise" devant ces images. Elle a assuré par ailleurs que la France devrait prendre le risque de ne jamais payer de rançon pour ne pas encourager d’éventuels ravisseurs. Un peu plus tard, Marine Le Pen a reconnu avoir commis "une maladresse".

"J’ai ressenti un malaise" en voyant les otages. Thierry Dol, Daniel Larribe Marc Féret et Pierre Legrand sont des hommes libres. Mais plutôt que de se féliciter de cette nouvelle, Marine Le Pen a préféré revenir sur les premières images du retour des otages. "Elles m’ont laissé dubitative. Je les ai trouvées étonnantes. J’ai trouvé cette extrême réserve étonnante, j’ai trouvé leur habillement étonnant, j’ai ressenti un malaise en voyant ces images. Je pense que je n’ai pas été la seule. On avait l’impression de voir des images d’hommes qui étaient très réservés, deux portaient la barbe taillée de manière étonnante… Et cet otage avec le cheich sur le visage, cela mérite peut-être quelques explications de leur part", a-t-elle déclaré, mystérieuse.


"Je suis dans l'allusion". Est-ce une façon de laisser penser que les quatre Français sont revenus "islamisés" de leur capture de plus de trois ans ? "Non, écoutez… Je ne suis pas psychiatre… Je ne suis pas dans l’allusion, je vous exprime le sentiment que j’ai eu, dont je pense qu’il a été partagé par un certain nombre de Français ! Je n’irai pas jusqu’à faire des théories, je ne serais pas dans mon rôle", a-t-elle éludé.

"Une maladresse". Un peu plus tard dans la journée, sentant bien que ses propos avaient fait naitre une polémique, Marine Le Pen a cru bon clarifier sa position, évoquant "une maladresse". "Manifestement, je me suis exprimée de manière maladroite puisqu'il ne s'agissait en aucun cas dans mon esprit, d'émettre la moindre critique à l'égard des otages", a-t-elle assuré sur RTL. "Dont, tout à fait évidemment je me réjouis de la libération".

Une "instrumentalisation politique des libérations d'otages". Marine Le Pen a ensuite expliqué dans un communiqué qu'elle avait dans son viseur non pas les otages, mais leur "'instrumentalisation politique" par les gouvernements. "Les images livrées en pâture d'otages encore affublés des symboles de leur détention, manifestement encore sous le choc d'une détention longue et pénible, tirés devant les caméras de télévision par la manche par le ministre des Affaires étrangères, ont indubitablement laissé aux Français un sentiment de malaise", affirme l'eurodéputée. "Il faut rompre avec ce qui est devenu une tradition française profondément malsaine d'instrumentalisation politique des libérations d'otages. Elles ne sont ni des meetings électoraux ni des émissions de téléréalité", tance-t-elle. "Il serait bon que nos dirigeants s'en souviennent".

"C’est problématique de payer une rançon". Interrogé par ailleurs sur Europe 1 sur la possibilité que la France ait versé une rançon pour obtenir cette libération, la présidente du parti d’extrême droite a d’abord estimé que "c’est très difficile de parler de ces choses là car à chaque fois, la France paye et à chaque fois, elle dit qu’elle ne paye pas." Marine Le Pen a ensuite été plus loin, estimant que "c’est problématique de payer une rançon, d’autres pays ont fait le choix inverse, car plus vous payez de rançon et plus vos compatriotes sont ‘bankables’, c’est-à-dire qu’ils deviennent une cible de choix pour les fondamentalistes qui se disent que c’est là un bon moyen de trouver un financement assez facile. On paye les rançons aujourd’hui, mais ne paye-t-on pas aussi les enlèvements de demain ?", s’est-elle interrogée.

Et Marine Le Pen de détailler sa façon de voir les choses si elle était aux responsabilités : "ne pas payer de rançon ne veut pas dire que les otages vont mourir. C’est un risque qu’il faut prendre, d’autant que nous avons des services de renseignement et une armée capables de récupérer nos otages sans verser des rançons qui sont une incitation à réitérer à l’infini ces enlèvements de compatriotes français."

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