Batho et Duflot trop bavardes pour leur ex-collègues

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Batho et Duflot trop bavardes pour leur ex-collègues
@ Reuters
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POLÉMIQUE - Cécile Duflot et Delphine Batho racontent chacune dans un livre les coulisses du quinquennat. Une démarche qui choque certains autres ex-ministres.

Dure rentrée littéraire pour François Hollande. En plus du livre de son ex-compagne Valérie Trierweiler, qui a cartonné en librairies, le président de la République doit affronter les ouvrages rédigés par Cécile Duflot et Delphine Batho, ses anciennes ministres. Et celles-ci n'y vont pas de main morte. Non contentes d'épingler celui qui "a oublié ceux qui l'ont porté à l'Elysée", selon Duflot, elles racontent par le menu des conversations privées avec le chef de l'Etat et leurs collègues. Ainsi, Delphine Batho dévoile les SMS échangés avec François Hollande et Jean-Marc Ayrault le jour de son limogeage, tandis que Cécile Duflot dépeint un Jérôme Cahuzac "odieux" ou un Arnaud Montebourg "comédien".

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Mais qu'en pensent les autres "ex" du gouvernement ? Ceux qui ont été éjectés, mais n'ont pas pris la plume pour autant ? "Ecrire un livre, j'aurais pu le faire", sourit Philippe Martin. Le successeur de Delphine Batho à l'Ecologie, lui-même remplacé par Ségolène Royal moins d'un an après, avait même trouvé un titre, confie-t-il à Europe1.fr : "j'aurais pu appeler ça 'Je serai là l'année prochaine'. C'est ce que j'avais lancé aux journalistes en janvier dernier, avant le petit-déjeuner que prennent traditionnellement les ministres en début d'année. Comme quoi, il faut toujours tourner sa langue sept fois dans sa bouche…"

"LA POLITIQUE EST DEVENUE EXHIBITIONNISTE"

Philippe Martin
Philippe Martin (photo) a lu les deux livres, "qui m'ont été envoyés et dédicacés Mpar leurs auteurs", précise-t-il. Conclusion : l'ex-ministre trouve la démarche déplacée. "On n'est pas nommé ministre pour faire une carrière littéraire. Personnellement, je considère qu'on ne peut pas critiquer comme cela des personnes qui vous ont fait l'honneur de vous nommer au gouvernement", assène-t-il.

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"De manière générale, je trouve que la politique est devenue exhibitionniste. Si on veut conserver de la majesté à la République, il ne faut pas l'abîmer", poursuit Philippe Martin. Certes, Cécile Duflot et Delphine Batho "ont encore un long parcours politique devant elles, d'où une volonté de se prendre date", analyse celui qui est redevenu député du Gers.

Pour autant, Philippe Martin dénonce l'individualisme de leur démarche : "désormais, chaque personne qui a été quelqu'un veut qu'on en retienne quelque chose, même si le collectif s'écroule. Ca me paraît absurde". Et ce fan de rugby de conclure par cette métaphore : "quand on est sorti par l'entraîneur, soit on tape du pied dans la bouteille sur le bord du terrain, soit on tape dans la main de ses équipiers. J'ai opté pour la seconde option".

"C'EST COMME LE SECRET MÉDICAL"

delaunay
Autre ministre écartée du gouvernement en avril dernier, Michèle Delaunay (photo), qui était en charge des Personnes âgées, a mal vécu son limogeage - elle l'a confié à plusieurs reprises. Pour autant, la députée socialiste de Gironde ne s'est pas épanchée en librairie. "Je pense que les ministres sont tenus à une clause de confidentialité morale. Pour moi, c'est comme le secret médical", affirme cette cancérologue de métier.

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Michèle Delaunay n'a pas lu les livres de Cécile Duflot et Delphine Batho - "ni celui de Valérie Trierweiler". "Ce ne sont pas les premiers sur la pile", sourit l'ex-ministre. Sur la démarche de ses anciennes collègues, elle aussi se montre critique. "J'estime ces deux femmes et le fait qu'elles livrent leur réflexion, notamment sur la cause de l'écologie. Toutefois, je trouve qu'il est regrettable de faire des révélations sur des personnes qui sont encore aux affaires", explique-t-elle.

"UNE FORME DE THÉRAPIE"

Michèle Delaunay, qui tient un blog avec assiduité, reconnaît avoir pris "quelques notes" lorsqu'elle était au gouvernement. Mais si elle écrit un ouvrage, ce ne serait pas pour faire des révélations, mais pour livrer "une réflexion sur ce qui rend la politique aimable ou détestable". Ne comptez pas non plus sur Philippe Martin pour faire trembler la République. "Bien évidemment, j'ai plein de choses en tête", glisse-t-il. "Il n'est pas impossible que j'écrive, mais ce serait pour-moi-même. C'est aussi une forme de thérapie".

Hamon Montebourg
François Hollande peut-il craindre que parmi les ministres qui ont quitté le gouvernement fin août, certains se sentent aussi des envies littéraires ? Aurélie Filippetti a récemment assuré sur RTL qu'elle ne préparait pas de livre. Arnaud Montebourg n'a rien dit sur ce sujet. Quant à Benoît Hamon, il indique à Europe1.fr n'avoir pas lu les livres de ses ex-collègues, mais ne précise pas ses intentions.

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