Nouveaux fichiers : Hortefeux veut faire taire les critiques

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Nouveaux fichiers : Hortefeux veut faire taire les critiques
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La mise en place par simple décret dimanche de ces nouvelles "bases de données" a été dénoncée par l'opposition.

Les nouveaux fichiers de la police française mis en place dimanche ne pourront "en aucun cas" comporter de données sur les origines raciales ou ethniques des personnes, a assuré dimanche Brice Hortefeux. Mais la mention de l'origine géographique, qui est contestée notamment par l'opposition, est indispensable, a ajouté le ministre de l'Intérieur.

Ces bandes de données remplacent le fichier Edvige, qui avait été retiré l'an dernier après avoir provoqué un tollé. Une première version d'Edvige prévoyait notamment de donner des informations sur l'orientation sexuelle des personnes ainsi que sur leurs origines ethniques ou raciales, des indications qui ne figureront plus dans les nouvelles bases.

En revanche, la mention de l'origine géographique est jugée indispensable par le ministère pour lutter notamment contre le terrorisme dans la mesure où "il n'est pas indifférent de savoir qu'un individu signalé est originaire, par exemple, de telle ou telle région d'Irak ou d'Afghanistan".

Cette mention inquiète pourtant la députée socialiste Delphine Batho et le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), qui estiment qu'elle pourrait permettre de contourner l'interdiction de l'origine ethnique.

La Ligue des droits de l'homme a également protesté. "On a écarté semble-t-il les homosexuels, c'est une bonne chose, mais pour continuer à ficher ceux qui ont une origine visible physiquement, on continue à ficher les enfants et on continue à ficher les syndicalistes", a déclaré sur France 3 le président de la LDH, Jean-Pierre Dubois.

La méthode des décrets est aussi contestée. Le député UMP Jacques-Alain Benisti, co-auteur d'un rapport avec Delphine Batho sur les fichiers de la police, a regretté que le gouvernement "passe en force" et "écrase" le parlement. Leur rapport, adopté à l'unanimité par la commission des Lois, imposait que "toute nouvelle catégorie de fichier ne puisse être créée que par la loi". Le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, a lui aussi réclamé lundi que le gouvernement légifère sur ces fichiers "en passant devant le Parlement".

L'association SOS Racisme a annoncé le dépôt imminent d'un recours devant le Conseil d'Etat sur le fichier relatif à "la prévention des atteintes à la sécurité publique", et a demandé de "sanctionner l'imprécision de la mention 'origine géographique'". La Ligue des Droits de l'Homme et le Mrap ont appelé à une "mobilisation à la hauteur de cette nouvelle provocation".

Seule voix dissonante à gauche, celle de Jean-Pierre Chevènement, président du MRC et ex-ministre de l'Intérieur, pour qui la police "a besoin de fichiers".

> Les nouvelles bases de données de la police