Nicolas Sarkozy, un justiciable comme un autre ?

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Nicolas Sarkozy, un justiciable comme un autre ?
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DECRYPTAGE - La garde à vue de Nicolas Sarkozy était-elle justifiée ? Eléments de réponse avec Me Eric Morain, avocat pénaliste au barreau de Paris. 

>> Nicolas Sarkozy invité exceptionnel d'Europe 1 et TF1 mercredi 2 juillet

L'entourage de Nicolas Sarkozy n'a eu de cesse de dénoncer "l'acharnement" dont l'ancien président aurait été victime. Après plus de 15 heures de garde à vue, l'ancien chef de l'Etat, visage clos et trais tirés, a été mis en examen pour corruption active, trafic d'influence actif et recel de violation du secret professionnel dans le dossier des écoutes téléphoniques. La justice a-t-elle réservé un traitement particulier à Nicolas Sarkozy ? Cette garde à vue était-elle démesurée ? Eléments de réponse avec Me Eric Morain, avocat pénaliste au barreau de Paris.

Une première qui fait polémique. C'est la première fois sous la Ve République qu'un ancien président est placé en garde à vue. Nicolas Sarkozy avait été mis en examen pour abus de faiblesse dans l'affaire Bettencourt avant de bénéficier d'un non-lieu. Mais à l'époque, il avait été convoqué directement par les juges bordelais, sans passer par une garde à vue. Un autre ancien chef d'Etat, Jacques Chirac, avait lui été condamné en 2011 dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris, mais n'a jamais été placé en garde à vue.

Police plutôt que juge d'instruction. "On a des précédents où des hommes politiques ont été mis en cause sans passer par la case police : dans l'affaire Clearstream, Dominique de Villepin a toujours été convoqué par les juges d'instruction. Il y avait une sorte d'usage républicain qui n'a pas bénéficié à Nicolas Sarkozy", a fait remarquer Me Eric Morain sur Europe 1. Un point de vue partagé par Me Pierre Haik, le plan B de Sarkozy pour assurer sa défense. "Un justiciable comme un autre ne devrait pas être en garde à vue dans cette affaire, surtout un ancien président de la République. C'est quelqu'un qui représente la France. Vous imaginez ce que représente dans le monde entier l'idée qu'un ancien président soit dans les services de police. Je considère qu'il aurait dû être entendu par le juge d'instruction", a commenté le conseil remplaçant de Me Thierry Herzog.

Y avait-il d'autres solutions ? Oui. Nicolas Sarkozy aurait pu être entendue dans le cadre d'une audition libre. "Il y a une méthode retenue, elle est critiquable : on n’était pas obligés de passer par la garde à vue, ils pouvaient le convoquer, les convoquer, directement. Et c'est cette disproportion qui est pour moi la chose la plus importante", a déclaré Me Eric Morain. Seul bémol de cette mesure : dans le cadre d'une audition libre, Nicolas Sarkozy n'aurait pu être entendu que quatre heures. Les juges ont donc préféré jouer la sécurité en le plaçant sous le régime de la garde à vue, au risque de donner une couleur politique à cette affaire.


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