Montebourg et Valls, alliés de circonstance

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L'INFO POL - Le locataire de Matignon laisse volontairement son turbulent ministre de l'Economie se mettre en avant. Tant qu'il ne franchit pas la ligne rouge…

Rivalité ? Quelle rivalité ? Jeudi, c'était le show Montebourg à Bercy. Dans un discours annoncé avec force tambours et trompettes, le ministre de l'Economie a promis plus de pouvoir d'achat pour les Français et exposé ses remèdes pour redresser l'économie du pays. Mais en se mettant ainsi en avant, ne fait-il pas de l'ombre à Manuel Valls ? En réalité, selon Caroline Roux, éditorialiste à Europe 1, le Premier ministre voit cela d'un très bon œil.

Montebourg en "liberté surveillée". En effet, lorsqu'on discute avec Manuel Valls, on comprend qu'il a placé Arnaud Montebourg en "liberté surveillée", en quelque sorte. Le chef du gouvernement a pris le soin de préparer cette intervention avec son ministre : tout était donc globalement calé à l'avance. De toute façon, Manuel Valls est plutôt serein sur le "cas" Montebourg. Après ses cent premiers jours à Matignon, avec des conséquences limitées sur sa cote de popularité, le Premier ministre est suffisamment sûr de lui pour laisser ses ministres exister. "Ça ne me gêne pas", assure-t-il, car, comme il l'explique lui-même, cela ne change rien à l'essentiel. Sous-entendu : Montebourg peut toujours s'agiter, le président et le Premier ministre sont de toute façon à la barre. Et surtout, le cap est fixé.

10/07/2014 Arnaud Montebourg discours Bercy Reuters 930x620

© REUTERS

Le Premier ministre a tout de même fixé une ligne rouge à son turbulent ministre : "la limite, c'est la cohérence". Mais on ne sent pas d'animosité entre le droitier du PS et le frondeur du gouvernement, qu'en apparence tout oppose. Manuel Valls le voit comme un allié, partisan comme lui de la politique de l'offre. Il loue son "volontarisme" et sa façon de ne jamais être là où on l'attend.

Un pacte secret ? Voilà de quoi réveiller les rumeurs d'un pacte conclu entre les deux hommes, qui serait dirigé à terme contre François Hollande, à qui chacun d'entre eux se verrait bien succéder à l'Elysée. Mais Manuel Valls le dit tout net : un pacte secret, "c'est absurde". D'ailleurs, rappelle Caroline Roux, lorsqu'il parle du chef de l'Etat, le Premier ministre ne lâche jamais un mot de travers, quand Arnaud Montebourg y va en général à la sulfateuse. Et quand ils se retrouvent tous les deux, Valls doit souvent modérer les propos de son ministre. Car en réalité, Montebourg a déjà choisi son terrain de jeu : la présidentielle, avec Hollande en ligne de mire. Alors que de son côté, le locataire de Matignon est tenu à la loyauté, en tant que Premier ministre comptable des résultats de la politique de l'exécutif.

Valls et Montebourg, deux alliés aujourd'hui, mais sûrement deux rivaux demain. Ils le savent, mais pour l'instant, chacun construit sa trajectoire, son calendrier, en veillant à ne jamais aller trop loin. Manuel Valls a réuni les siens en Camargue le week-end dernier. Arnaud Montebourg l'a fait jeudi à Bercy. Tour à tour, tous les deux ont donc grillé la politesse au président qui, lui, s'exprimera le 14 juillet, à l'occasion de la traditionnelle interview présidentielle. Cette fois, Montebourg et Valls ne pourront que l'écouter.

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