Marine Le Pen privée de son immunité ?

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C.B avec Lucas Briot et AFP , modifié à
Le vote du Parlement européen en charge des affaires légales ouvre la voie à des poursuites.

Marine Le Pen bientôt poursuivie par la justice française ? Une Commission du Parlement européen s'est prononcée cette semaine, lors d'un vote à huis clos, pour la levée de l'immunité parlementaire de la présidente du Front national français. Ce vote a valeur de recommandation. La décision finale sera en effet ratifiée par le Parlement en session plénière le 11 juin prochain. Mais si cet avis est seulement consultatif, il devrait être sans doute largement suivi, selon des informations de la BBC.

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Les prières de rue, "une occupation". La France avait demandé en novembre 2012 au Parlement européen de lever l'immunité parlementaire de Marine Le Pen. En cause, des déclarations tenues en 2010, où l'eurodéputé comparait les prières de rue des musulmans à l'Occupation allemande.

"Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde guerre mondiale, s'il s'agit de parler d'occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c'est une occupation du territoire (...) Certes y'a pas de blindés, y'a pas de soldats, mais c'est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants", avait-elle alors déclaré.

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Marine Le Pen

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Plusieurs plaintes déposées. Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) avait aussitôt déposé une plainte. Une enquête préliminaire pour "incitation à la haine raciale" avait ensuite été ouverte par le parquet de Lyon en janvier 2011. Mais la présidente du Front national avait à l'époque affirmé que cette enquête avait été classée sans suite par le parquet.

Finalement, une plainte avec constitution de partie civile pour "provocation à la discrimination, à la violence et à la haine envers un groupe de personnes en raison de leur religion", émanant cette fois du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), a déclenché l'ouverture d'une information judiciaire.

"Attendre le vote définitif". La commission des Affaires juridiques du Parlement a donc examiné le dossier et donné un premier avis consultatif. Son rôle n'était pas de se prononcer sur le fond mais sur les motivations qui ont conduit les autorités françaises à engager ces démarches. D'après une source proche du dossier, le vote a été "très défavorable" à la présidente du FN.

De son côté, Florian Philippot, vice-président du FN se veut rassurant pour Marine Le Pen. Prudent, il dit faire confiance à la justice. "Si Marine Le Pen doit aller devant la justice, elle se défendra. Et j'espère qu'on peut faire confiance à la justice française", a-t-il déclaré sur Europe 1. "Qu'un responsable politique, candidat à la présidentielle française, président de l'un des principaux partis, ne puisse pas s'exprimer sur des problèmes gravissimes d'atteinte à la laïcité, ce serait très problématique pour le débat démocratique. Ils ne veulent pas qu'on parle de ce sujet, eh bien on va en parler. On va faire le point. Où en est-on ? Est-ce qu'il y a encore des rues où il y a des prières illégales ? Est-ce que la laïcité est partout respectée en France ? A l'évidence, non", dénonce le vice-président du FN.

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Pas une première au FN. Si Marine Le Pen perdait son immunité parlementaire, elle connaîtrait donc le même sort que son ancien rival pour la présidence du Front national, Bruno Gollnisch. Ces dernières années, ce dernier, lui aussi député européen FN, s'était vu privé de son immunité parlementaire à deux reprises, après des propos qui avaient donné lieu à des poursuites en France.

Cette procédure avait aussi touché Jean-Marie Le Pen en 1998, après ses propos, un an plus tôt à Munich, où il avait assimilé les chambres à gaz nazies à "un détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale".